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« Prima Donna », ou les rivales des castrats

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Metz. Arsenal. 16-IV-2011. Antonio Vivaldi (1678-1741) : Concerto n°2 pour deux violons en sol mineur RV 578 ; concerto pour basson et cordes en sol majeur RV 493 ; airs et ritournelles extraits des opéras ou oratorio Juditha triumphans, Orlando furioso, Arsilda regina di Ponto, L’Olimpiade, Il Giustino, La costanza trionfante dell’amor e dell’odio, Il Teuzzone et Andromeda liberata. Avec Nathalie Stutzmann, contralto. Orfeo 55, direction : Nathalie Stutzmann.

et à l’Arsenal

Destiné avant tout à démontrer l’amour d’ pour la voix de contralto opposée dans cette optique à celle, de loin plus prisée en son temps en raison de son caractère plus spectaculaire, de celle de castrat, le programme choisi par et son ensemble a enchanté à nouveau le public de l’Arsenal de Metz. Ne montrant aucune trace d’usure malgré le passage des ans, l’instrument se déploie majestueusement tout au long de ces pages, qui semblent toutes écrites sur mesure pour la contralto française. Tout au plus pourrait-on reprocher à Nathalie Stutzmann un certain manque de puissance naturelle dans les pièces les plus agitées, comme par exemple dans l’»Agitat infido flatu» de la Juditha triumphans proposé en début de programme, où la voix est assez facilement couverte par l’orchestre. Sinon, que de finesse dans ces phrasés un ineffable «Sovvente il sole» de l’Andromeda liberata, que de beautés dans ce presque impeccable legato à peine gâché par une tendance, déjà observable en début de carrière et seulement partiellement corrigée depuis, à un vibrato pas encore tout à fait stabilisé. Mais si dans l’ensemble les graves sont encore plus ronds et plus chauds qu’autrefois, le haut médium révèle quant à lui les douceurs nouvelles d’une radieuse maturité.

Si Nathalie Stutzmann excelle, comme elle le montre depuis de nombreuses années, dans son registre de chanteuse, sa performance de chef d’orchestre est presque plus remarquable encore. Autant dans les pièces vocales qu’instrumentales, elle parvient à imposer à la tête de son ensemble Orfeo 55 sa vision d’un Vivaldi doux, serein et mélancolique, à l’opposé des déferlements d’énergie et de passion proposés aujourd’hui par certains de ses collègues. Ceux qui voudront se délecter de cette solarité toute vénitienne, tempérée néanmoins par les douceurs lunaires d’une lecture résolument plus «féminine» et de la plus grande sensibilité, retrouveront ce beau programme sur le beau CD que l’on doit aux mêmes interprètes, et dont la sortie dans les bacs des disquaires coïncide presque exactement avec la date de ce fort agréable concert.

Crédit photographique : Nathalie Stutzmann © Simon Fowler

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