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Thomas Beecham : Musique oblige !

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L’année 2011 marque les cinquante ans de la mort du chef d’orchestre anglais . Alors qu’il commence à être injustement oublié, il est intéressant de se replonger dans le parcours d’un artiste qui fut l’égal de , ou .

Avant de raconter la vie de Sir (1879-1961), il est essentiel de rendre hommage à l’incroyable animateur de la vie musicale anglaise qu’il fut ! En effet, le chef d’orchestre fut le fondateur de trois orchestres, dont deux restent encore des piliers de la vie musicale anglaise : le Beecham Symphony (1909), le London Philharmonic (1932) et enfin de Royal Philharmonic (1946). Son répertoire était immense et couvrait une amplitude qui commençait à Haendel pour se terminer avec des compositeurs de son temps comme Sibelius, Strauss ou son compatriote . On retrouve cette même boulimie dans le domaine lyrique avec près de 90 opéras à son répertoire dont neuf de Wagner, huit de Verdi et six de Mozart.

Thomas Beecham vit le jour à St-Helens dans le Lancashire. Sa famille était très aisée car son grand-père avait fait fortune en inventant une pilule laxative et était le propriétaire des laboratoires Beecham. Cette aisance pécuniaire fut un atout pour financer ses activités et surtout, très souvent d’ailleurs, résoudre les problèmes de déficits endémiques des institutions qu’il dirigeait. Après des études dans l’un des meilleurs collèges anglais, et un rapide passage à Oxford, il apprit la musique, en amateur, auprès de professeurs comme Charles Wood à Londres et Moritz Mozkowski à Paris. En matière de direction d’orchestre, il fut un autodidacte. Travailleur acharné qui annotait méticuleusement ses partitions, Thomas Beecham présentait une gestique très personnelle. Il lui arrivait d’oublier de battre la mesure, mais il corrigeait ces carences par un engagement physique de tous les instants et un magnétisme hors du commun, capable de galvaniser orchestre et public.

Le jeune homme fit ses débuts de chef d’orchestre, en 1899, dans sa ville natale, à la tête d’un orchestre ad hoc composé de musiciens du de Manchester et de l’Orchestre philharmonique de Liverpool. Cependant, ses vrais débuts, en tant que chef d’orchestre professionnel, eurent lieu en 1902 pour l’Imperial Grand Opera Company. Les résultats étaient satisfaisants, il fut engagé comme assistant sur une tournée, qui comprenait, entre autre, Carmen de Bizet dont il gravera ultérieurement une intégrale discographique majeure (EMI).

En 1906, Beecham est à la tête du New Symphony Orchestra à Londres et des autres orchestres de la capitale. Fuyant la recherche du succès public, il ne cessa de programmer des œuvres rares, du passé (Méhul, Paer, Lalo) ou de son temps (d’Indy, Smetana, Strauss). C’est de cette époque qu’il se lia d’amitié avec le compositeur Delius dont il fut le plus éminent défenseur et dont il disait, avec son sens de la formule unique, que sa musique était : «aussi séduisante qu’une femme rebelle qu’on décide d’apprivoiser».

En 1909, il fonda le Beecham Symphony Orchestra avec des musiciens expressément choisis par ses soins. Si l’enthousiasme de ce jeune orchestre permit au chef d’affronter les plus redoutables partitions, les caisses restèrent désespérément vides car, comme toujours, Beecham refusa les compromis artistiques et fuyait le box office. L’entreprise ne survit que grâce à un renflouement tiré sur les finances familiales. En 1910, bénéficiant de l’appui de son père, Beecham devint le directeur du Covent Garden. Entre 1910 et 1939, la scène londonienne brillait comme jamais. Beecham programme des premières anglaises : Salomé et Elektra de mais aussi des Maîtres Chanteurs de Nuremberg de Wagner. L’un de ses grands coups d’éclats résida dans la venue des Ballets russes de Diaghilev. Ainsi le Sacre du printemps, fut créé à Londres, seulement six semaines, après Paris. Il est intéressant de noter que l’un de ses jeunes assistants se nommait et que Beecham invita les meilleurs chefs de son temps comme , ou .

Continuant sa carrière de chef international, en se produisant avec le New-York Philharmonic, il va se lancer dans la formation d’un nouvel orchestre. En 1932, il fonda, en liens avec le jeune chef , le London Philharmonic tout en poursuivant la direction de Covent Garden où tous les plus grands artistes continuèrent de se produire.

En 1936, Beecham et son LPO entama une tournée, très controversée, dans l’Allemagne nazie. La propagande nazie instrumentalisa cette tournée, qui fut d’autant plus mal comprise en Grande-Bretagne que le chef accepta de retirer, à la demande des autorités nazies, la Symphonie écossaise de Mendelssohn. Même si Beecham refusa d’autres invitations à diriger dans l’Allemagne d’Hitler, il honora deux contrats, en 1937 et 1938, pour diriger, à la tête de l’Opéra de Berlin, la Flûte enchantée.

La guerre éclatant, Beecham traversa les océans pour répondre à différentes invitations en Australie et aux Etats-Unis. Il accepta même la direction de l’orchestre de Seattle, en 1941. Il se produisit également au où il retrouva Bruno Walter, son ancien assistant. Au long des années de guerre, il fut l’hôte de dix-huit orchestres américains. Cet exil doré, lui fut reproché, en Grande Bretagne, après guerre.

À son retour en Angleterre, en 1944, il se lança dans l’édification d’un nouvel orchestre : le Royal Philharmonic. Cette nouvelle formation donna son premier concert en 1946. Des résidences à Londres, au festival de Glyndebourne mais aussi des contrats d’enregistrements aux conditions avantageuses, étaient des arguments imparables pour attirer la crème des instrumentistes. Ainsi, le RPO des premières années compta dans ses rangs le corniste ou le clarinettiste Jack Brymer. Dans les années 1950, le chef atteignit une reconnaissance internationale et ne s’économisa pas. Il se produisit, avec son nouvel orchestre, en Angleterreet à travers le monde : une tournée aux USA affiche 49 concerts qui se suivirent quotidiennement. Beecham passa même par l’Argentine pour une série d’opéras. Il enregistra à tour de bras pour HMV et British Columbia tout en continuant de soutenir la création avec la première mondiale de l’opéra Irmelin de Delius (1953) et l’exploration des œuvres oubliées comme Zémire et Azor du Belge Grétry (1955).

Sir Thomas Beecham décéda, en 1961, à l’âge de 81 ans, des suites d’une thrombose.

Personnalité hors normes, séducteur, facétieux, drolatique, Beecham était adoré de ses musiciens et du public à défaut d’être en très bons termes avec ses collègues chefs d’orchestre britanniques (sa relation avec le jeune Barbirolli était orageuse). Ses bons mots, à l’emporte pièce, faisaient le bonheur des auditoires. Ainsi, à propos de Bruckner, il déclara «la seule chose qui m’intéresse c’est de savoir qui, du public, ou de moi-même s’endormira le premier», quant à Mahler, il s’exclama à propos du Chant de la terre «pourquoi m’avoir infligé ce monstrueux placenta, fruit des amours illicites de Tristan et Isolde».

L’importance de Thomas Beecham est donc considérable, et il peut être présenté comme le premier chef d’orchestre anglais internationalement reconnu. Son legs discographique est impressionnant et EMI, vient, judicieusement, de ressortir ses grands enregistrements. En guise de résumé d’une vie dédiée à la musique, on peut, encore, citer cette formule du chef : «le nécessaire est mon superflu. Seul le luxe m’est nécessaire».

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