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Macbeth à Lille : Rire ou ne pas rire …

La Scène, Opéra, Opéras

Lille. Opéra. 7-V-2011. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Macbeth, opéra en 4 actes sur un livret de Francesco Maria Piave d’après William Shakespeare. Mise en scène, Richard Jones, reprise à Lille, Geof Dolton ; Scenographie et costumes, Ultz ; Lumières, Wolfgang Göbbel, reprise à Lille, Paul Hastie ; Chorégraphie, Linda Dobell, repise à Lille, Anjali Mehra. Avec : Dimitris Tiliakos, Macbeth ; Susan Maclean, Lady Macbeth ; Dimitri Ivaschenko, Banco ; David Lomeli, Macduff ; Bruno Ribeiro, Malcom ; Miriam Murphy, Julie Pasturaud, suivantes de Lady Macbeth ; Patrick Schramm, médecin, serviteur, héreaut ; Vincent Vantyghem, un assassin ; Irène Candelier, Isabelle Rozier, Jérôme Savelon, apparitions ; Diego Ruiz Marmolejo, Duncan ; Luke Owen, Fléance ; Claudine Gamand, Hécate. Chœur de l’opéra de Lille (chef de chœur : Yves Parmentier), Orchestre National de Lille, direction : Roberto Rizzi Brignoli

Les anglais l’avait trouvé «délirant», d’une «imagination rafraîchissante» et n’avaient pas ri comme ça depuis vingt ans. Ce n’est pas de l’excellent Élixir d’amour de Donizetti, donné à Lille en janvier, qu’il s’agit. Mais de Macbeth de Verdi mis en scène par qui clôt la saison lyrique de l’opéra de Lille.

La vedette de ce revival lillois n’est pourtant pas la mise en scène mais la musique. Une direction remarquable porte les protagonistes (une distribution pleine de qualités) au cœur du drame. Dans ses couleurs les plus sombres, son lyrisme fébrile, ses pianissimi livides et ses graves terrifiantes. avait déjà tiré le meilleur de l’ dans Rigoletto il y a trois ans et il renouvelle la performance en lui insufflant beaucoup de caractère.

Ce dernier est une ligne directrice et un véritable appui psychologique pour une production qui joue sur le registre de l’humour. Les chanteurs, affublés de costumes sortis de Brigadoon, jonglent avec une mise en scène à l’ironie persistante et ne savent trop à quel Saint se vouer : la tragédie, la comédie… ? Jones brouille les pistes, atténue la portée du drame et perturbe l’empathie en créant de la distance : du ridicule, du rire… Comment Macbeth peut-il soumettre son avenir à ces diseuses de bonne aventure dans leurs roulottes, fagotées de reliquats communistes? Comment sa crédulité peut-elle déclencher une hécatombe pour la course au pouvoir… ? Le fantastique de l’histoire se mue en farce. Cela a le mérite d’être lisible, simpliste même. Cela change aussi des affres d’une production de Warlikowski mais, dans l’ensemble, le drame n’est plus ce qu’il est. On écoute Verdi différemment mais trop d’énergie est dépensée pour faire cohabiter dans notre esprit les deux univers.

Les solistes font leur maximum pour rendre leur personnage crédibles dans ces limbes humoristiques (un grand smiley s’invite sur le rideau de scène… ). , timbre aux accents caverneux et au spectre large, est un Macbeth aguerri. Il épouse toutes les facettes du personnage, sa frilosité comme sa virilité, et nous ravit dans ses hallucinations («Va’, spirto d’abisso»). Susan Maclean est une diabolique Lady Macbeth, armée aussi d’une voix généreuse, de graves sonores qui rachètent un aigu parfois crispé, d’un légato soutenu et d’une rythmique de caractère qui la fait briller (sous une boule disco par ailleurs) dans «Si colmi il calice». (Banco) comme David Lomeli (Macduff) marquent aussi cette production de leur empreinte, l’une ténébreuse et angoissante, la seconde noble et solaire.

Le chœur, sollicité comme jamais, se prête à toutes les chorégraphies. Il est un élément clé dans l’humour et malgré la complexité de ses tâches, il est remarquable d’homogénéité et de rigueur vocale. Si cette production ne laisse malheureusement pas d’effet durable, l’opéra de Lille continue sur sa lancée qui vise l’innovation à portée populaire et invite des artistes qui font les riches heures de la scène internationale.

Crédit photographique : – Chœur de l’opéra de Lille © Frédéric Iovino

 

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