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Un concerto de Dvořák à retenir avec Gautier Capuçon

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Salle Pleyel. 18-V-2011. Thierry Escaich (né en 1965) : La Barque solaire, pour orgue et orchestre (création française). Antonin Dvořák (1916-1983) : Concerto pour violoncelle et orchestre en si mineur op. 104. Camille Saint-Saëns (1835-1921) : Symphonie n°3 en ut mineur « avec orgue » op. 78. Thierry Escaich, orgue. Gautier Capuçon, violoncelle. Orchestre de Paris, direction  : Paavo Järvi

Fidèle à sa méthode de programmation en trois opus par concert, nous proposait ce soir deux pièces de musique française encadrant le plus fameux concerto pour violoncelle du répertoire, et si on met le concerto à part, la cohérence du programme était donnée par la présence de l’orgue dans la La Barque solaire de et bien sûr dans la Symphonie n°3 de Saint-Saëns.

Composée en 2008 et créée à Berlin par le compositeur et Lothar Zagrosek dirigeant l’orchestre du Konzerthaus de Berlin, La Barque solaire est un poème symphonique d’une quinzaine de minute évoquant «la barque qu’emprunte chaque jour le Dieu Soleil de la mythologie égyptienne, Râ, pour cheminer sur la voûte céleste dans le cycle éternel de la naissance, de la vie et de la mort», comme nous dit la brochure d’accompagnement. L’œuvre est vigoureuse, tumultueuse, fiévreuse, physique pour les musiciens dont certains transpiraient à grosses gouttes. La surprise, pour une œuvre composée par un organiste, pouvait être le traitement totalement intégré de l’orgue, finalement assez discret et peu spectaculaire. Dans cette œuvre qui n’avait donc rien d’un concerto pour orgue, l’orchestre, sollicité souvent en énergiques tutti avec relativement peu de moments de détente, produisait un son assez dense et compact, où il manqua peut-être de quelques arrêtes plus saillantes et d’un peu plus de différentiation des plans sonores pour mieux nous emporter avec lui dans cette bouillonnante Barque solaire.

Vint ensuite le Concerto pour violoncelle de Dvořák où on se réjouissait d’y écouter de nouveau Paavo Jârvi dont la très originale Nouveau monde nous avait ici même fort intéressés. Mais il faut reconnaître que cette fois c’est bel et bien le soliste qui emporta le morceau, alors que le chef nous sembla un peu plus réservé que dans la symphonie, plus accompagnateur, moins leader, et moins imaginatif aussi. , manifestement inspiré par cette œuvre la joua avec une remarquable éloquence jamais démentie, une impeccable tenue des phrasés qui restèrent sobres et expressifs, un engagement et une projection sonore qui lui permirent de se faire entendre sans problème et de bien équilibrer la puissance acoustique de l’orchestre, le tout dans un climat animé tendance romantique mais sans exagération. De la bel ouvrage, parfaitement en situation pour cette œuvre pleine de panache, où à notre sens l’Allegro initial et l’Adagio furent un cran au dessus du final dans la pure émotion musicale. Dommage que l’accompagnement, qui resta honorable, n’ait pas retrouvé cette liberté de ton et la couleur orchestrale (un peu épaisse ce soir) qui avaient si bien marché dans la Nouveau monde. Saluons enfin la belle idée qu’a eu de faire revenir l’organiste pour jouer en duo et en bis un extrait du Samson et Dalila, nous épargnant ainsi les trop classiques «encore» du répertoire.

La Symphonie avec orgue de Saint-Saëns qui termina la soirée fut une relative petite déception tant il nous a semblé que le chef, peut-être cherchant à éviter les effets faciles, avait finalement un peu trop évité les effets tout court, retirant un peu du spectaculaire et du purement jouissif intrinsèque à cette partition qui ne nous semble jamais aussi bien réalisée que lorsqu’on la joue fièrement et franchement. Néanmoins, si cette interprétation ne nous a pas soulevés de notre siège, elle ne nous a pas fâchés pour autant car la prestation instrumentale y était de bon niveau et la conduite du discours sans faute de gout. Il manquait juste un peu d’éclat !

Crédit photographique : Gautier Capuçon © M. Tammaro / Virgin classic

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