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Intégrale des symphonies d’Aulis Sallinen, rendez-vous incontournable

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Aulis Sallinen (né en 1935) : CD1 : Ouverture solennelle (Roi Lear), op. 75 ; Symphonie n° 1, op. 24 ; Chorali ; Symphonie n° 7, op. 71 « Les Rêves de Gandalf ». CD 2 : Symphonie n° 4, op. 49 ; Symphonie n° 2, op 29 « Dialogues symphoniques » ; Concerto pour cor, op. 82 ; Mauermusik, op. 7. CD 3 : Symphonie n° 3, op. 35 ; Symphonie n° 5, op. 57 « Washington Mosaics ». CD 4 : Symphonie n° 6, op. 65 « From a New Zealand Diary » ; Concerto pour violoncelle, op. 44. CD 5 : Shadows, op. 52 ; Symphonie n° 8, op. 81 « Autumnal Fragments » ; Concerto pour violon, op. 18 ; The Palace Rhapsody, op. 72. Esa Tapani, cor ; Martin Orraryd, percussion, Jan-Erik Gustafsson, violoncelle ; Jaakko Kuusisto, violon. Deutsche Staatsphilharmonie Rheinland-Pfalz ; Orchestre symphonique de Norrköping, dir. Ari Rasilainen. Coffret de 5 CD CPO. Référence : 777 640-2. Code barre : 76120376402 0 Enregistrements 2002, 2003, 2004, 2007. DDD. Notice trilingue (anglais, allemand, français). Excellentes présentations. Durée : 330’06.

 

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Rien de plus logique et justifiable que de regrouper les huit symphonies et d’autres pièces orchestrales composées par Aulis Sallinen en un coffret. Le compositeur âgé de 76 ans mérite une grande attention et un regard synthétique tant ses réalisations au cours des années ont confirmé sa position prééminente de maître incontesté de l’orchestration mêlant diversement, et souvent génialement, l’humour, l’ironie, l’inventivité et le respect du passé.

Les Symphonies n° 1, op. 24 (1971-1972) et n° 3, op. 35 (1974-1975) permettent une entrée fracassante et très remarquée d’ au sein de la grande famille des symphonistes de talent. Il s’appuie sur le développement de brefs motifs génialement disposés, variés, entrecroisés, créant un tissu sonore mobile, dense et souple, assez monolithique cependant, respectivement en un seul et bref mouvement (16’) et en trois mouvements où flux et reflux entraînent la fascination de l’auditeur. En dépit de ce pointillisme intense Sibelius n’est guère éloigné aux plans du coloris et des longues notes (pédales). Cette découverte si individuelle et authentique avait suscité notre enthousiasme lors de leur parution en LP (BIS) dans les années 1970. Les Chorali (op. 22, 1970), commande du Festival d’Helsinki, exploitent la même veine le montrant déjà très personnel, de retour vers la tonalité après une période sérielle et sans modernisme de principe, avec un expressionnisme à visage humain débarrassé de tout rigorisme excessif et rebutant. Longtemps éclipsé par ses voisines immédiates Dialogue symphonique (Symphonie n° 2, op. 29, créée en 1973) se rapproche d’un concerto pour percussion et orchestre et s’appuie sur l’opposition de blocs sonores disparates et bouillonnants, protéiformes souvent, avec de furieuses sections dominées par des percussions opposées aux fanfares solennelles des cuivres et aussi à un thème de valse hésitant. La Symphonie n° 4, op. 49 (1979) adopte un climat moins sombre, nettement plus parodique et satirique, plus lumineux, sans pour autant vraiment abandonner l’utilisation habituelle de blocs orchestraux. L’abondance des trouvailles, des enchaînements, des climats participe à la constitution d’un tissu orchestral multiforme typique du Finlandais. Ni moderniste ni académique cette musique inspirée ne raconte pas une histoire au sens des 18e et 19e siècles mais parle, avance, expose et continue son chemin au gré d’une fantaisie à nulle autre pareille. Les éléments d’apaisement et de puissance se partagent ou se disputent l’espace et le temps conçus par notre compositeur. La Symphonie n° 5, op. 57 (1984-1985) «Washington Mosaics» façonne un état d’esprit proche de celui manifesté dans le Quatuor à cordes n° 5 «Pieces of Mosaic» (1983). Un petit nombre de motifs infiltrent chacun des cinq mouvements à l’image des pièces d’une mosaïque. Sallinen lance ses idées, les oppose, les fait se contraster, tout cela avec force, détermination et subtilité, se permettant mille inventions rythmiques, thématiques, instrumentales, associatives… L’élégiaque, la valse, les dissonances, la fermeté n’affichent qu’un unique objectif : la validité du déroulement symphonique. Le sixième volet du cycle (Symphonie n° 6, op. 65, 1990) résulte des impressions perçues par le compositeur lors d’un voyage lointain comme l’indique le sous-titre : «D’un journal en Nouvelle-Zélande».

Une fois encore, l’écoute achevée, on ne peut que s’exclamer «quel maître de l’orchestre !» Jamais enfermé dans une grammaire figée, ses métamorphoses créatrices nous paraissent bien être le reflet généreux d’un artiste guidé par les évènements du monde et de son monde. Son art de la croissance symphonique se déguste à chaque nouvel opus. L’avant-dernière symphonie du cycle, la Symphonie n° 7, op. 71, est stimulée par un argument littéraire comme l’indique son sous-titre «Les Rêves de Gandalf», personnage fictif bien connu dû à l’imagination de J. R. R. Tolkien. Après une impressionnante introduction aux percussions Sallinen allège son orchestre et évite toute illustration du roman mais s’inspire de son atmosphère et de sa poésie à travers un assortiment de pages contrastées ce qui n’est pas sans rappeler certaines partitions de son contemporain et compatriote Rautavaara. Son riche langage inimité, brille, varie et flatte l’auditeur au plus haut niveau de sa perception. Le dernier volet symphonique de Sallinen à ce jour (Symphonie n° 8, op. 81), baptisé «Fragments d’automne», correspond à l’inévitable influence, parfois douloureuse, du temps, de l’âge, de la perspective de la mort. Il répond aussi aux évènements dramatiques du 11 septembre à New York. Elaborée pour l’essentiel en 2001, le compositeur nous renseigne : «J’ai cherché à combiner deux éléments contrastants… l’un fragmentaire et sommaire, l’autre conservant une discipline et une cohérence symphoniques». Les idées distinctes, souvent des blocs, alternent ou se fécondent au profit d’une narration où le disparate devient unité, où le fragmentaire s’érige en identité. On ne peut que recommander la rencontre avec cet authentique symphoniste a-dogmatique de notre temps. Les Concertos pour violon (1968), violoncelle (1976) et cor (2002) à l’image des autres pièces pour orchestre explorent et exposent d’autres facettes, complémentaires, passionnantes de ce musicien de premier plan.

L’ensemble orchestral du catalogue Sallinen contrebalance magnifiquement son incontournable corpus opératique et contribue amplement à le positionner comme l’un des compositeurs les plus intéressants de notre époque. De ces écoutes on se convainc de l’union synergique, avantageuse et splendide, du traditionaliste, d’une voix originale, jamais iconoclaste, méditative et extravertie, statique et dynamique, où l’humour et l’ironie le partagent au sérieux et à l’élevé.

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Aulis Sallinen (né en 1935) : CD1 : Ouverture solennelle (Roi Lear), op. 75 ; Symphonie n° 1, op. 24 ; Chorali ; Symphonie n° 7, op. 71 « Les Rêves de Gandalf ». CD 2 : Symphonie n° 4, op. 49 ; Symphonie n° 2, op 29 « Dialogues symphoniques » ; Concerto pour cor, op. 82 ; Mauermusik, op. 7. CD 3 : Symphonie n° 3, op. 35 ; Symphonie n° 5, op. 57 « Washington Mosaics ». CD 4 : Symphonie n° 6, op. 65 « From a New Zealand Diary » ; Concerto pour violoncelle, op. 44. CD 5 : Shadows, op. 52 ; Symphonie n° 8, op. 81 « Autumnal Fragments » ; Concerto pour violon, op. 18 ; The Palace Rhapsody, op. 72. Esa Tapani, cor ; Martin Orraryd, percussion, Jan-Erik Gustafsson, violoncelle ; Jaakko Kuusisto, violon. Deutsche Staatsphilharmonie Rheinland-Pfalz ; Orchestre symphonique de Norrköping, dir. Ari Rasilainen. Coffret de 5 CD CPO. Référence : 777 640-2. Code barre : 76120376402 0 Enregistrements 2002, 2003, 2004, 2007. DDD. Notice trilingue (anglais, allemand, français). Excellentes présentations. Durée : 330’06.

 
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