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Un Mahagonny vraiment « historique »

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Kurt Weill (1854-1928) : Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny. Gisela Litz, Leokadja Begbick ; Peter Markwort, Fatty ; Horst Günter, Moïse la Trinité ; Lotte Lenya, Jenny Hill ; Heinz Sauerbaum, Jimmy Mahoney ; Fritz Göllnitz, Jakob Schmidt ; Georg Mund, Bill ; Sigmund Roth, Joe ; Fritz Göllnitz, Toby Higgins ; Richard Munch, Le Récitant. Norddeutscher Radio-Chor (chef des chœurs : Max Thurn). Orchestre, direction : Wilhelm Brückner-Rüggeberg. 2 CD Sony Opera House 8697856212. Code barre : 886978562128. Enregistré à Hambourg en 1956. Notice trilingue (anglais, français, allemand), pas de livret. Durée : 138’26’’

 

Sony remet au catalogue dans sa série économique The Sony Opera House l’enregistrement « historique » d’origine CBS de l’opéra de Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny puisqu’il s’agit du premier enregistrement audio complet de l’œuvre et qu’on peut y entendre la créatrice du rôle de Jenny, et précédemment de la fameuse chanson Alabama Song, , à la ville épouse du compositeur. Même si l’enregistrement est postérieur de plus d’un quart de siècle à la création de l’œuvre en 1930 à Leipzig il a incontestablement sa place dans l’Histoire.

A part le découpage des plages de ces deux CD et un court synopsis, l’acheteur de cet album ne saura rien du compositeur, de l’œuvre ou des interprètes. Rappelons donc que le Mahagonny de existe essentiellement sous deux formes, un Songspiel d’une trentaine de minutes comprenant six numéros (dont l’Alabama Song) créé le 17 juillet 1927 à Baden-Baden, et l’opéra en trois actes et vingt et un numéros (reprenant largement le matériau du Songspiel). C’est cette seconde version qui nous est proposée ici, dont les enregistrements sont plus rares que ceux du Songspiel, même si l’arrivée récente de versions vidéo de l’opéra complet renverse un peu la balance.

Pour raconter cette histoire quasi allégorique sur un livret de Brecht, le compositeur revoit l’équilibre classique entre les chanteurs et l’orchestre, comme entre les mots et la musique, le texte et le chant. Comme le fit Wagner à la fin du siècle précédent, mais dans un sens très différent, moins épique et peut-être plus théâtral, réclamant des voix moins de puissance ou de lyrisme mais plus de vérité dramatique et surtout une parfaite clarté d’élocution car le verbe doit toujours être parfaitement compris. Le volume sonore réclamé au interprètes est donc loin de Siegfried, et le style d’émission vocale est plus proche du sprechgesang contemporain ou de la comédie musicale, même si on est, dans l’esprit, à l’opposée de la comédie.

L’orchestre est assez original puisque faisant appel à 6 violons, 4 altos, 3 violoncelles, 2 contrebasses, 2 flûtes, 1 hautbois, 1 clarinette, 2 bassons, 3 saxophones, 2 cors, 3 trompettes, 2 trombones, 1 tuba, timbales, percussions, un piano, un banjo, une guitare basse, un bandonéon. Dans cet enregistrement dirigé par (qui grava également pour CBS L’Opéra de quat’sous et Les Sept péchés capitaux du même Kurt Weill) le son est volontiers cru, tranchant, jazzy voire bastringue (écouter le piano au n°9) ce qui donne à l’œuvre une force expressive désespérée en même temps que très second degré nous faisant sentir dès le départ poindre la décadence sous la grandeur. Ce style va comme un gant à cette œuvre où l’ironie est permanente, d’autant que le chef y maintient un rythme soutenu, ne relâchant jamais la tension, faisant progresser inexorablement l’action vers sa fin tragique.

La distribution est parfaitement dans le ton, avec en point d’orgue l’incarnation de Jenny par qui, n’étant pas une cantatrice, n’en a ni la voix ni a technique, mais elle possède le personnage sur le bout des doigts. Elle est entourée de chanteurs d’opéra qui réussissent à domestiquer leur instrument pour rester dans le ton, comme Gisela Litz qui participa à des Ring à Bayreuth, Peter Markwork qu’on peu entendre dans le Siegfried milanais de Furtwängler, ou encore le ténor Heinz Sauerbaum Florestan chez Naxos dirigé par Gerhard Pfluger, et du coup, les nombreux ensembles de cet opéra fonctionnent très bien. On peut sans doute envisager cette œuvre autrement, mais cette version contient incontestablement une vérité sur cette œuvre, et fait forcément figure de « référence » aujourd’hui encore.

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Kurt Weill (1854-1928) : Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny. Gisela Litz, Leokadja Begbick ; Peter Markwort, Fatty ; Horst Günter, Moïse la Trinité ; Lotte Lenya, Jenny Hill ; Heinz Sauerbaum, Jimmy Mahoney ; Fritz Göllnitz, Jakob Schmidt ; Georg Mund, Bill ; Sigmund Roth, Joe ; Fritz Göllnitz, Toby Higgins ; Richard Munch, Le Récitant. Norddeutscher Radio-Chor (chef des chœurs : Max Thurn). Orchestre, direction : Wilhelm Brückner-Rüggeberg. 2 CD Sony Opera House 8697856212. Code barre : 886978562128. Enregistré à Hambourg en 1956. Notice trilingue (anglais, français, allemand), pas de livret. Durée : 138’26’’

 
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