Festivals, La Scène, Musique de chambre et récital

Clairvaux, un festival d’espoir humain et artistique

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Réfectoire des moines, 24-IX-2011. Alain Carré, comédien et adaptation, François-René Duchâble, piano : Les Pierres Sauvages, d’après le roman de Fernand Pouillon.
Chapelle Sainte-Anne, 25-IX-2011. Lidija Bizjak, piano : Concert alla breve, musiques de nuit. Gabriel Fauré (1845-1924) : Nocturne pour piano n° 1 en mi bémol majeur ; Frédéric Chopin (1810-1849) : Nocturne pour piano op. 48 en ut mineur ; Franz Liszt (1811-1886) : Sonate pour piano en si mineur.
Réfectoire des moines, 25-IX-2011. Francis Poulenc (1899-1963) : Sept Chansons pour chœur a capella sur des poèmes de Paul Eluard et de Guillaume Apollinaire) ; Thierry Machuel (né en 1962) : Les Parloirs, Oratorio pour chœur et instruments, création mondiale, sur des textes mis en livret par le compositeur d’Adrien, Christophe, Djamel, Dumè, Franck, F.D., Jean-Pierre, Neimo et Pascal, personnes détenues à la maison centrale de Clairvaux. Max Bonnay, accordéon et bandonéon ; Bernard Cazauran, contrebasse ; François-René Duchâble, piano ; Michel Michalakakos, alto ; Régis Pasquier, violon. Ensemble vocal Aedes, direction Mathieu Romano.

La huitième édition du festival de Clairvaux, comme les précédentes, s’est inscrite au sein d’un projet culturel et humain. À l’initiative de sa directrice artistique Anne-Marie Sallé, le festival s’appuie sur l’histoire du lieu, qui mêle silence monastique et univers pénitentiaire – les locaux étant partagés entre les ministères de la Culture et de la Justice. Dans cet espace de sérénité, le spectateur est frappé par la beauté des bâtiments, mais aussi par la hauteur des murs.

Le passé monastique a été évoqué par le concert-lecture Les Pierres sauvages, conçu à partir d’une adaptation du roman de Fernand Pouillon : en alternance avec le piano, le comédien a conté à la première personne la fondation en 1161de l’abbaye cistercienne de Thoronet. Sans mise en espace ni jeux de scène, c’est par un travail sur la voix, sur l’expressivité du timbre, qu’ a restitué la réalité du métier d’architecte bâtisseur, alors pensé à la gloire de Dieu. Le programme musical était composé de nombreuses pièces de Liszt et de Bach, notamment des transcriptions d’œuvres pour orgue, mais aussi de quelques morceaux Schumann exécutés avec poésie. On a presque regretté que l’éclairage n’ait pas été plus sobre, afin de favoriser l’immersion dans ces jeux de résonnance de , dans ce halo qui a laissé le public rêveur.

Le lendemain après-midi, dans le cadre du récital « Musiques de nuit », la pianiste a su tirer parti au mieux de l’acoustique de la petite chapelle Sainte-Anne. Son jeu sensible, simple dans la virtuosité, donnant même une impression de facilité – illusion ! – pour la redoutable Sonate de Liszt, a su rendre toute la délicatesse du Nocturne de Fauré, avec des phrasés très bien sentis.

Le festival s’est achevé sur une création mondiale, celle de l’oratorio Les Parloirs du compositeur – compositeur lauréat, entre autres, du Grand Prix Lycéen des compositeurs 2011, et qui devra prochainement être très connu de ce public scolaire et bachelier. a réalisé son livret directement à partir des textes des détenus de la maison centrale voisine, sans en changer un mot, mais en construisant un parcours à partir d’extraits. Le style est direct, souvent poignant. Solitude, espoir, amour, oubli, silence… tels sont les mots qui habitent les textes des détenus. L’écriture musicale s’appuie sur des textures variées, tantôt en tutti, tantôt isolant un dialogue, tantôt opposant quelques solistes entre eux ou à un instrument (comme le violon du chœur de femmes « Monologue I », qui semble symboliser la solitude). Ces changements étaient associés à quelques déplacements des chanteurs, autour d’une table sensée représenter le parloir.

, à son habitude, s’est livré à un travail poussé sur l’art choral et sur la prosodie, alternant ou superposant cantillation, voix parlée, chantée, chuchotée ou même hurlée – par exemple dans le « Choral du sans-ami ». La musique est souvent contemplative, avec des harmonies suspendues, ou un travail sur le souffle. On y distingue quelques traces fauréennes ou debussystes au même titre que l’influence du tango – notamment dans l’interlude instrumental introduit par le bandonéon solo. Ces traces sont cependant assimilées et fondues dans un langage personnel, avec ses agrégats d’accords bien particuliers. Certains moments sont presque gais (« Aujourd’hui je me lève tôt ») voire très lumineux, avec le climax de la rencontre au parloir entre un fils et son père.

Les textes sont restés perceptibles malgré les multiples lignes superposées, grâce à une prosodie d’une grande souplesse, épousant la prononciation naturelle des textes, mais aussi grâce à l’ensemble vocal Aedes. Dirigé par Mathieu Romano, cet ensemble a apporté une touche de fraîcheur et de jeunesse dans l’interprétation claire et limpide des Parloirs. Tous ces artistes réunis ont contribué à incarner cette vision à la fois réaliste, humaine et onirique de l’univers carcéral. On en ressort ému et profondément touché. Espérons que le développement du festival de Clairvaux, déjà bien amorcé, pourra se poursuivre. Festival artistique, mais aussi, ce qui est plus rare, d’une grande humanité.

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Réfectoire des moines, 24-IX-2011. Alain Carré, comédien et adaptation, François-René Duchâble, piano : Les Pierres Sauvages, d’après le roman de Fernand Pouillon.
Chapelle Sainte-Anne, 25-IX-2011. Lidija Bizjak, piano : Concert alla breve, musiques de nuit. Gabriel Fauré (1845-1924) : Nocturne pour piano n° 1 en mi bémol majeur ; Frédéric Chopin (1810-1849) : Nocturne pour piano op. 48 en ut mineur ; Franz Liszt (1811-1886) : Sonate pour piano en si mineur.
Réfectoire des moines, 25-IX-2011. Francis Poulenc (1899-1963) : Sept Chansons pour chœur a capella sur des poèmes de Paul Eluard et de Guillaume Apollinaire) ; Thierry Machuel (né en 1962) : Les Parloirs, Oratorio pour chœur et instruments, création mondiale, sur des textes mis en livret par le compositeur d’Adrien, Christophe, Djamel, Dumè, Franck, F.D., Jean-Pierre, Neimo et Pascal, personnes détenues à la maison centrale de Clairvaux. Max Bonnay, accordéon et bandonéon ; Bernard Cazauran, contrebasse ; François-René Duchâble, piano ; Michel Michalakakos, alto ; Régis Pasquier, violon. Ensemble vocal Aedes, direction Mathieu Romano.

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