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Paavo Järvi, des USA à la Mer Baltique

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L’orchestre de Cincinnati, orphelin depuis la faillite de son label associé Telarc, a décidé de se lancer dans l’aventure d’un label autoproduit, nommé CSO Media (à ne pas confondre avec le CSO du Chicago Symphony Orchestra !). Si l’aventure n’est pas particulièrement novatrice, la ligne éditoriale mérite le respect avec deux premiers volumes consacrés à des compositeurs étasuniens et aux musiques des rives de la Mer baltique, sous la direction de Paavo Järvi, son ancien directeur musical.

 

Charles Coleman (né en 1968) : Streetscape, Jennifer Higdon (née en 1961)  Fanfare Ritmico ; Carter Pann (né en 1972) : Slalom ; Jonathan Baily Holland (né en 1974) : Halcyon Dim ; Kevin Puts (né en 1972) : Réseau. , direction : Paavo Järvi.

Le premier volume nous emporte à la découverte de la  génération des compositeurs américains quarantenaires. Quasiment tous nés dans les années 1970, ils témoignent d’une belle synthèse entre l’héritage virtuose et étincelant d’un John Adams et le post-modernisme jouissif et rutilant d’un Michael Daugherty, sans oublier la dimension naturellement narrative et illustrative de la musique américaine. Point d’expérimentation frelatée et éventée ou de néo-classicisme stérile, mais des compositeurs enthousiastes, maîtres de la science orchestrale, qui écrivent pour le plaisir d’exploiter les facettes du grand orchestre. Motoriques et endiablées ces musiques déménagent sec ! Les percussions ont un rôle moteur majeur dans ces scherzos diaboliques, que dynamite par son charisme et grâce à la virtuosité de ses musiciens. On avoue aimer particulièrement la Fanfare Ritmico, véritable concentré d’énergie de la compositrice Jennifer Higdon ou le Slalom entre des citations de la Symphonie n°9 de Beethoven de Carter Pann. La quasi-totalité des compositeurs hexagonaux ferait bien d’en prendre des leçons…

(né en 1959) : Fireflower ; (né en 1935) : Symphonie n°8, Op 81 ; (né en 1958) : Gambit ; Arvo Pärt (né en 1935) : Cantus in memoriam Benjamin Britten : Lepo Sumera (1950-2000) : Symphonie n°6. Cincinnati Symphony Orchestra, direction : Paavo Järvi.

Le tout récent volume n°2 est encore plus intéressant en termes éditoriaux car il offre une belle carte postale de différentes influences contemporaines des deux rives estoniennes et finlandaises de la mer Baltique, à travers des compositeurs de deux générations. On retrouve les fondateurs et les sages : Arvo Pärt et , qui se mêlent aux cinquantenaires : , ou feu Lepo Sumera.

Décédé prématurément, en 2000, Lepo Sumera, était, avec Arvo Pärt, le grand compositeur de l’Estonie, pays natal du chef d’orchestre. Il avait d’ailleurs gravé, à la tête de l’Orchestre national d’Estonie, pour Bis, la Symphonie n°6 qui clôt ce programme. Cette introspection orchestrale aux timbres irisés et chatoyants est transportée par l’acuité et la cursivité de la direction du chef ! La pièce combine l’exploration des pupitres, avec un côté Concerto pour orchestre inexorable, au creusement émotionnel. On atteint ici la quadrature du cercle de l’excellente musicale.

De l’autre côté de l’Estonie, la Finlande est représentée par deux compositeurs aux styles opposés : Aulis Sallinen et Esa-Pekka Salonen. ResMusica a déjà noté, à plusieurs reprises, l’importance d’Aulis Sallinen, immense symphoniste. Sa Symphonie n°8 « fragment d’automne » nous emmène vers des contrées orchestrales minérales et décharnées. La maîtrise de l’écriture orchestrale permet au compositeur d’exploser les émotions avec une parcimonie exemplaire dans l’utilisation des pupitres ! Tirant vers la noirceur dramatique de l’ultime Chostakovitch, cette pièce s’affirme comme une sorte de rêverie funèbre et décantée. Changement radical avec le Gambit de Salonen, qui doit plus aux climats ensoleillé de la Californie qu’aux ombres des forêts finnoises ! Concentré de tonus, sorte de boisson énergisante symphonique, la pièce est emportée dans un tourbillon d’énergie, par le chef et les musiciens. En introduction, on avait pu se délecter d’une miniature de l’ex rocker Erkki Sven Tuur, avant de gouter aux teintes épurées et planantes du Cantus in Memoriam Benjamin Britten d’Arvo Pärt.

Avec ces deux volumes, incontestablement majeurs, pour notre connaissance des répertoires contemporains, on ne peut que saluer l’initiative de CSO Media. Ces deux titres, sont disponibles en téléchargement, sur les plates-formes légales connues dans les pays francophones.  Des éditions en CD devraient suivre.

 

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L’orchestre de Cincinnati, orphelin depuis la faillite de son label associé Telarc, a décidé de se lancer dans l’aventure d’un label autoproduit, nommé CSO Media (à ne pas confondre avec le CSO du Chicago Symphony Orchestra !). Si l’aventure n’est pas particulièrement novatrice, la ligne éditoriale mérite le respect avec deux premiers volumes consacrés à des compositeurs étasuniens et aux musiques des rives de la Mer baltique, sous la direction de Paavo Järvi, son ancien directeur musical.

 
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