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Gergiev et le London Symphony Orchestra : rendez-vous annuel

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Salle Pleyel. 28,29-XI-2011. Robert Schumann (1810-1856) : Concerto pour piano et orchestre en la mineur op.54. Dmitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n° 10 en mi mineur op.93. Anatole Liadov (1855-1914) : Le Lac enchanté, légende. Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : Concerto pour violon et orchestre en ré majeur op.35. Wolfgang Rihm (né en 1952) : Lichtes Spiel, ein Sommerstück für Violine und kleines Orchester [Une pièce estivale pour violon et petit orchestre]. Dmitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n° 6 en si mineur op.54. Hélène Grimaud, piano. Anne-Sophie Mutter, violon. London Symphony Orchestra, direction : Valery Gergiev

Habitués de la salle Pleyel où ils donnent plusieurs concerts chaque année, et le nous revenaient pour deux soirées articulées chacune autour d’une symphonie de Chostakovitch, reprenant ainsi, après la « parenthèse » Mahler de l’an passé, la suite des deux concerts de novembre 2009. Ils partageaient l’affiche avec deux artistes à forte personnalité musicale dont on peut attendre des interprétations engagées et personnelles, au risque assumé de déplaire à certains, puisque nous allions retrouver le premier soir la pianiste française , et le lendemain la violoniste allemande .

Reconnaissons que, de ce point de vue, la partie concertante, au moins pour les deux œuvres classiques, fut conforme à nos prévisions avec une forte empreinte des deux interprètes, d’ailleurs pas si éloignées l’une de l’autre puisque toutes deux usèrent de larges contrastes de tempos reliés par de franches accélérations ou décélérations, des envolées urgentes et virtuoses alternant avec des moments au temps suspendu, bref, deux versions souples, animées, contrastées au risque de flirter parfois avec le trop d’intentions et de bousculer un poil le flux musical. Mais, à part un ou deux moments surprenants dans les deux concertos, ce fut fait avec cohérence et ne nous a pas semblé gratuit. L’autre point commun entre ces deux concertos était l’absence de séduction par le timbre instrumental. Assez classique avec dont on a retrouvé ici la neutralité un peu tristounette de timbre, ça l’était un peu moins avec qui, si elle réussit toujours quelques pianissimos impalpables parfaitement timbrés et du coup simplement émouvants, produisit un son moins plein et charnel dans les passages vifs d’autant que la main gauche sembla avoir perdu une partie de sa souveraineté légendaire. Les deux artistes défendirent une conception romantique de ces deux opus, en parfaite harmonie avec l’accompagnement soigné ne manquant ni d’intensité ni d’ampleur que leur offrit Gergiev et son LSO. Joué ainsi par le duo Grimaud Gergiev, le concerto de Schumann, parfois (sinon souvent) indolent ailleurs, perdait en intimité et cohésion ce qu’il gagnait en intensité et contrastes, avançait avec rebond, lorgnait parfois vers Chopin dans le final, avec une plus convaincante que dans d’autres répertoires, qui enchaîna pour un solide bis, à la plus grande joie du public avec les sept Danses populaires roumaines de Bartok. Quant au Tchaïkovski il nous parut un cran moins heureux en particulier dans le premier mouvement qui manqua de fluidité et de continuité, alors que la Canzonetta très lente prit un ton presque crépusculaire, avant un Allegro vivacissimo un poil bousculé lancé à toute allure. Si la violoniste ne nous parut pas ici à son meilleur, elle nous sembla bien plus à son aise dans le Lichtes Spiel de dont elle fut la créatrice. Peut-être moins sollicitée en pure virtuosité, elle retrouva un ton plus simple et harmonieux, et une expression tout en douceur, plus constante, parfaitement adaptée à cette œuvre.

La partie purement symphonique comprenait une jolie pièce de Liadov, Le Lac enchanté, où Gergiev montra qu’il est parfaitement à l’aise avec des oeuvres très épurées tout en nuances comme celle-ci. Là où tous les auditeurs l’attendaient sans doute, c’était dans la fameuse Dixième de Chostakovitch, un de ses plus grands opus, et si cette version ne manqua pas de qualités, elle fut en deçà de nos espérances en particulier dans le premier mouvement qui nous sembla au niveau de la lecture fort maitrisée sans vraiment la dépasser et faire ressentir tous les climats et les émotions constitutifs de ce long Moderato. Du fait de leur constitution moins complexe, les autres mouvements furent moins pénalisés mais conservèrent un aspect un peu « extérieur ». Mais si le chef-d’œuvre attendu nous laissa sur notre faim, la Symphonie n°6 donnée le lendemain fut mémorable, avec toutes les qualités techniques et expressives requises pour Chostakovitch. Le chef et son orchestre, irréprochable les deux soirs, donnèrent au Largo initial ces couleurs sombres et denses qui lui vont si bien, tout en maintenant une tension palpable. Ils réussirent tout aussi bien les deux mouvements suivants, pourtant de ton radicalement différent, tout en conservant la parfaite cohérence de l’entière symphonie, une vraie gageure pour tout interprète, achevant ce nouveau rendez-vous annuel avec le couple Gergiev LSO de la plus belle manière qui soit.

Crédits photographiques : © Fred Toulet ; Hélène Grimaud © Mat Hennek

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