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Pierre Boulez chez lui avec l’Orchestre de Paris

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Salle Pleyel. 21-XII-2011. Arnold Schoenberg (1874-1954) : La Nuit transfigurée op.4. Béla Bartók (1881-1945) : Concerto pour piano n°2, Sz 95 ; Concerto pour orchestre, Sz 116. Bertrand Chamayou, piano. Orchestre de Paris, direction : Pierre Boulez.

A l’occasion de ses 35 ans de collaboration avec l’, nous plongeait en plein cœur d’un répertoire qui lui a toujours réussi, Schoenberg d’abord avec la très romantique Nuit transfigurée, Bartók ensuite avec le très rythmique Concerto pour piano n°2 précédant le fameux Concerto pour orchestre. C’est le jeune pianiste français , qui sort d’un joli succès, aussi bien au concert qu’au disque, avec Les années de pèlerinage de Liszt, qui avait la lourde tâche de la partie soliste du concerto pour piano. Notons qu’à l’exception de ce concerto, orchestre et chef offrirent la veille les deux autres œuvres dans le cadre d’un concert gratuit à la Pyramide du Louvre.

S’il n’est pas devenu à maintenant 86 ans un chef romantique au sens où certains chefs austro-germaniques, pour ne citer qu’eux, savaient l’être, nous a semblé mettre un peu de vin dans l’eau parfois glacée de ses interprétations passées, du moins l’avons nous ressenti ainsi en écoutant cette Nuit transfigurée au lyrisme certes pudique, mais plus ronde, plus libre, plus sensuelle qu’autrefois. Pour autant, pour rassurer les fans du chef, l’aspect moderniste de l’œuvre, dans sa forme mais surtout dans le rapport entre les lignes musicales, parfaitement mis en valeur par l’art de la transparence dont le chef est un maitre, l’emporte encore sur la pure expressivité. Ainsi entend-on plus souvent poindre le Schoenberg à venir que la luxuriance encore straussienne du romantisme finissant (cette version orchestrale a été composée en 1917 et révisée en 1943). L’orchestre, concentré, suit son chef comme un seul homme dans cette vision sans épanchements.

Puis vint ce qui pour nous fut un cas de conscience qui aurait pu se finir par une ligne abrupte autant que probablement injuste dans le présent compte-rendu, expédiant aux oubliettes cette interprétation confuse, cotonneuse, sans ligne directrice du deuxième concerto de Bartók. In fine elle l’était quand même un peu, mais pas autant que perçue de notre place d’orchestre, fort bonne pour un concerto pour violon, beaucoup moins pour un concerto pour piano, car ce bel et encombrant instrument expédie vers le ciel le son de toute la petite harmonie cachée derrière lui et même d’une partie des cuivres. Et à Pleyel, le son une fois dans les cintres ne revient pas vraiment. Malchance, nous étions ce soir dans ce trou acoustique (qui existe plus ou moins dans toutes les salles), et nous avons attendu d’entendre ce que les micros de France Musique avaient capté pour avoir une meilleure idée de ce que pianiste, chef et orchestre avaient réalisé. Et comme on s’en doute, le début de l’Allegro initial retrouvait clarté, tonus et vivacité mais pas autant qu’on l’avait rêvé, alors que le piano nous semblait quelque peu effacé, impression qu’il nous laissa tout au long du premier mouvement. Du coup ce concerto perdait une partie de son percussif spectaculaire, sa rythmique s’estompant quelque peu derrière une certaine rondeur, pour autant pas spécialement convaincante. Evidemment les parties lentes s’en tirèrent mieux, et le final Allegro molto avec un qui nous sembla moins contracté, acheva l’œuvre  mieux qu’elle n’avait débuté.

Par contre on peut dire que le Concerto pour orchestre tint toutes ses promesses, et fut l’incontestable sommet de la soirée. Bien sur on ne s’étonnera pas que le chef n’exacerbe pas les différences de climats traversant les cinq mouvements de ce concerto ni ne fasse sentir le second degré qui le parsème de-ci de-là. C’était du sérieux sans esbroufe mais brillamment exécuté qui ne se départit jamais d’une certaine élégance. Ainsi l’Elégie centrale se déploya avec noblesse et grandeur tout en conservant une tension et une motricité exemplaire, et l’Intermezzo joua moins sur l’humour qu’avec d’autres. Et si le final, qui contient des morceaux de bravoure virtuose pour l’orchestre, peut être encore plus époustouflant, il fut impeccablement réalisé et emporta l’enthousiasme bien mérité des spectateurs de la salle Pleyel comme ceux du Louvre la veille.

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