Somptueux transferts de gravures du chef espagnol Arbós

À emporter, CD, Musique symphonique

Enrique Fernández Arbós dirige Arbós et d’autres Compositeurs Espagnols. Manuel de Falla (1876-1946) : El Sombrero de tres Picos (Le Tricorne), trois danses. Isaac Albéniz (1860-1909) : Iberia, trois extraits ; Navarra (arrangement Arbós). Enrique Granados (1867-1916) : Danza Española n°6 ; Goyescas (Intermedio). Joaquín Turina (1882-1949) : La Procesión del Rocío ; deux Danzas Fantásticas. Enrique Arbós (1863-1939) : Noche de Arabia. Tomás Bretón (1850-1923) : Polo Gitano ; En la Alhambra. Orchestre Symphonique de Madrid, direction : Enrique Fernández Arbós. 1 CD Dutton CDBP9782. Code barre : 765387978228. Enregistré en avril et juin 1928, et avril 1929. ADD. Notices unilingues succinctes (anglais). Durée : 75’17

 

Après une certaine accalmie dans la réception des CDs du label anglais Dutton, en voici plusieurs qui nous parviennent simultanément, dont celui-ci de la belle série consacrée à des compositeurs – chefs d’orchestre dirigeant leurs propres œuvres. Pour , l’éditeur précise en outre « d’autres Compositeurs Espagnols », et il fait bien, car d’Arbós compositeur, nous n’avons ici que Noche de Arabia et ainsi que des extraits de ses arrangements orchestraux bien connus de pages d’Albéniz.

Chef d’orchestre, violoniste et compositeur espagnol, (1863-1939) fit d’abord ses études au Conservatoire de Madrid, puis, grâce à une pension que lui accorda la famille royale, alla se perfectionner à Bruxelles auprès de Vieuxtemps (violon) et de Gevaert (composition), puis à Berlin avec Joachim (violon). Il débute comme violon solo en 1889 dans l’Orchestre de Glasgow, puis à la Philharmonie de Berlin et à l’Orchestre Symphonique de Boston. Après sa nomination comme professeur de violon au Royal College of Music de Londres (1894-1916), il se tourne vers la direction d’orchestre et est nommé à la tête du nouvel dont il sera le chef permanent jusqu’à la guerre civile (1904-1936) : c’est avec cet orchestre qu’il créera les très célèbres Nuits dans les Jardins d’Espagne de (1916) et qu’il gravera toutes les interprétations rassemblées sur ce CD.

Et c’est une véritable révélation ! Car ce splendide CD Dutton nous présente Arbós non seulement comme chef d’orchestre remarquable dans un répertoire espagnol dans lequel il ne pouvait être plus à l’aise, mais également comme compositeur de talent avec la très évocatrice et mélodieuse Noche de Arabia (Nuit d’Arabie). Sont également à l’honneur de Falla avec trois danses de la 2de suite du ballet Le Tricorne (Danse des Voisins, Danse du Meunier, Danse Finale) ; avec Navarra et des parties d’Iberia (El Corpus en Sevilla, Triana, El Puerto), dont Arbós lui-même fut l’habile orchestrateur (on regrettera seulement que l’édition Dutton n’ait pas inclus la superbe Evocación, contrairement à VAI audio au programme pratiquement analogue) ; avec la Danse espagnole n°6 « Rondalla Aragonesa » (orchestrée par Joan Lamote de Grignon) et l’Intermezzo de l’opéra Goyescas ; avec deux Danzas Fantásticas (Ensueño, Orgía) et La Procesión del Rocío, et enfin le moins connu avec les très typiques Polo Gitano et En la Alhambra.

Voilà donc un programme fait pour divertir l’auditeur au maximum avec de la musique d’un grand raffinement, parfois envoûtante et toujours attachante. Les interprétations du chef–compositeur Arbós sont tout autant précieuses et attachantes, non seulement par le fait qu’elles ont été parmi les premières à introduire la musique espagnole à un vaste public grâce à des enregistrements électriques Columbia de la fin des années 20, mais également pour leurs propres qualités intrinsèques : bien sûr le Symphonique de Madrid ne peut évidemment se comparer à la Philharmonie de Berlin, mais la chaleureuse élégance, la naturelle subtilité, le raffinement exquis, font de ces exécutions des documents essentiels et exemplaires.

Les transferts parfaits de ces précieux 78 tours en CD, supérieurs à ceux des éditions précédentes VAI audio et Verso, ont été réalisés par Michael J. Dutton avec un goût musical et une honnêteté irréprochables, respectant le bel équilibre sonore et les basses onctueuses des gravures originales : c’est un plaisir de tous les instants d’écouter cette belle réussite à laquelle on ne peut qu’applaudir. Signalons une curiosité : Triana et Noche de Arabia étant trop longs pour une face 78 tours, mais trop courts pour deux faces, Arbós a répété la section centrale de ces deux pages au changement de face. Dutton dans son transfert a choisi de respecter le disque original en nous donnant intégralement ces « reprises » qui n’existent évidemment pas dans les partitions.

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