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Raretés historiques allemandes chez Dutton

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Eduard Künneke (1885-1953) : Tänzerische Suite, concerto en cinq mouvements pour jazz-band et grand orchestre. Franz Schreker (1878-1934) : Kleine Suite pour orchestre de chambre. Max von Schillings (1868-1933) : Mona Lisa, extraits symphoniques. Werner Egk (1901-1983) : Joan von Zarissa, suite d’orchestre. Richard Wagner (1813-1883) : Tristan und Isolde – Vorspiel und Liebestod. Orchestre Philharmonique de Berlin, direction : Eduard Künneke, Franz Schreker. Staatskapelle Berlin, direction : Max von Schillings. Orchestre du Théâtre National de l’Opéra de Paris, direction : Werner Egk. Orchestre du Staatsoper Berlin, direction : Siegfried Wagner. 1 CD Dutton CDBP9787. Code barre : 765387978723. Enregistré entre octobre 1926 et juillet 1942. ADD. Notices unilingues succinctes (anglais). Durée : 74’51.

 

Voici un CD Dutton supplémentaire de la belle série consacrée à des compositeurs – chefs d’orchestre dirigeant leurs propres œuvres. En l’occurrence, ce disque est consacré à des compositeurs allemands se dirigeant eux-mêmes, sauf évidemment qui rend hommage à son illustre père par le disque. Il s’agit d’un excellent aperçu, très divers sinon disparate, de ce que des musiciens allemands pouvaient confier au disque dans l’entre-deux-guerres.

(1885-1953) est l’auteur de certaines opérettes (Der Vetter aus Dingsda, en français Le Cousin de Nulle Part, 1921) encore parfois représentées en pays germaniques, mais pratiquement inconnues chez nous. Il était également excellent chef d’orchestre, et en pionnier fit confiance aux balbutiements du phonographe en gravant notamment la Symphonie n°39 de Mozart et la Symphonie n°94 « La Surprise » de Haydn en 1912. Ce disque Dutton nous le présente comme compositeur – chef d’orchestre de cette Tänzerische Suite (1929), sorte de mini concerto pour jazz-band et grand orchestre : attrayante et roborative, cette Suite dansante comporte cinq parties dont deux fox-trots, un blues et une valse-boston, tout cela bien typique de cette époque. Là encore, Künneke est le sympathique pionnier d’un genre assez restreint mais que l’on retrouvera plus tard sous la baguette du grand avec le Concerto pour jazz-band et orchestre (1954) de (Sony-RCA), ou sous celle de Seiji Ozawa avec les Three Pieces for Blues Band and Symphony Orchestra op. 50 (1968), et la Street Music, A Blues Concerto op. 65 (1979) de William Russo (Deutsche Grammophon).

(1878-1934) et (1901-1983) connurent un destin bien différent : si le premier fut considéré en tant que juif comme « artiste dégénéré » par le régime nazi naissant, le second s’en est apparemment accommodé et n’en fut guère inquiété, même s’il ne joignit jamais le parti… La Petite Suite pour orchestre de chambre de , spécialement écrite pour la radio en 1928, fut diffusée de Breslau l’année suivante puis gravée commercialement en 1931. Même en Angleterre où elle fut jouée en 1933, elle reçut un accueil plutôt hostile, et il faut bien reconnaître que son écriture ascétique, son orchestration raréfiée et son contrepoint anguleux la rendent a priori rébarbative, bien qu’elle ne soit pas atonale, et malgré un orchestre « moderne » dit de chambre, qui n’en comporte pas moins, en plus des cordes et vents habituels, des saxophones ténor et alto, clarinette basse, célesta et toute une multitude de percussions dont des Stabglocken…

Initialement présenté au Staatsoper de Berlin en 1940, le « Tanzspiel » Joan von Zarissa de connut une certaine notoriété entre 1942 et 1944, surtout due à la chorégraphie de Serge Lifar, dans un Paris occupé, et c’est d’ailleurs avec l’Orchestre du Théâtre National de l’Opéra de cette ville que fut réalisée la présente gravure. Cette musique de ballet évoquant le XVIe siècle espagnol est d’un intérêt tout relatif, malgré les grands moyens déployés au départ pour une œuvre exigeant récitant, chœur et orchestre. On peut toutefois se demander quel pouvait être l’état d’esprit des musiciens français jouant et enregistrant la musique de l’occupant…

Max von Schillings (1868-1933) était d’une tout autre envergure, et la notice du CD nous apprend qu’il accomplit une multitude d’enregistrements tant en procédé acoustique qu’électrique, dont il ne reste pas grand chose de nos jours au catalogue, et on accueillera bien volontiers ces extraits symphoniques de Mona Lisa (1915), l’un de ses quatre opéras, même si pour accroître son influence en tant que puissant administrateur de maisons d’opéra, il s’allia à divers éléments nazi… La musique de Mona Lisa est une habile association d’un langage straussien à des accents de vérisme italien.

Le visuel du CD représente (1869-1930) sous forme de caricature, et c’est hélas bien également comme tel que Dutton nous le présente sous l’aspect sonore : contrairement aux autres chefs d’orchestre de ce disque, non seulement il ne dirige pas l’une de ses œuvres, mais bien de son illustre père, et curieusement, très certainement par manque de place, mais sans aucune justification de sa part, Dutton ne nous offre que les deux dernières des quatre faces 78 tours gravées par Siegfried du Prélude et Mort d’Iseult de , ce qui nous prive de tout le Prélude, ne nous laissant que la brève citation da capo de son début, court intermède précédant la Mort d’Iseult… Cette fin de disque est donc inappropriée et décevante : il eût mieux valu y substituer une page courte mais complète d’un autre chef – compositeur allemand, afin de rendre le disque vraiment homogène ; et par la même occasion, profiter de l’opportunité de consacrer éventuellement un CD entier aux précieuses gravures de Siegfried Wagner.

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Eduard Künneke (1885-1953) : Tänzerische Suite, concerto en cinq mouvements pour jazz-band et grand orchestre. Franz Schreker (1878-1934) : Kleine Suite pour orchestre de chambre. Max von Schillings (1868-1933) : Mona Lisa, extraits symphoniques. Werner Egk (1901-1983) : Joan von Zarissa, suite d’orchestre. Richard Wagner (1813-1883) : Tristan und Isolde – Vorspiel und Liebestod. Orchestre Philharmonique de Berlin, direction : Eduard Künneke, Franz Schreker. Staatskapelle Berlin, direction : Max von Schillings. Orchestre du Théâtre National de l’Opéra de Paris, direction : Werner Egk. Orchestre du Staatsoper Berlin, direction : Siegfried Wagner. 1 CD Dutton CDBP9787. Code barre : 765387978723. Enregistré entre octobre 1926 et juillet 1942. ADD. Notices unilingues succinctes (anglais). Durée : 74’51.

 
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