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Endless eleven de Bertrand Dubedout en création mondiale à la Biennale Musiques en Scène

La Scène, Spectacles divers

Lyon, ENSATT, Théâtre Laurent Terzieff. 02-III-2012. Dans le cadre de la Biennale Musiques en Scène. Bertrand Dubedout (né en 1958) : Endless Eleven pour un percussionniste et environnement électronique interactif sur des textes d’Emmanuel Kant. Jean Geoffroy, percussions, Frédéric Fachéna, collaboration artistique; Christophe Bergon, vidéo, scénographie, conception lumières. Christophe Lebreton, électronique et programmation.

On connaissait l’intégrité et l’engagement de pour mener à terme un projet compositionnel, qu’il s’agisse de l’imposant cycle Fractions du silence porté par la poésie d’André du Bouchet ou l’étonnante fresque acousmatique Nara célébrant les mystères du temple Todai-ji. Tout aussi pensé – durant plusieurs années – et magistralement accompli, le projet d’Endless Eleven (Onze à l’infini) est un spectacle multimédia éblouissant mettant à l’œuvre les développements technologiques de pointe; dans le cadre de la Biennale Musiques en Scène, il s’est donné en création mondiale à l’ENSATT de Lyon, dans le tout nouveau Théâtre Laurent Terzieff, et se pare cette fois d’une bonne dose d’humour délirant. Quoique…

Tout est ici régi par le chiffre 11, hautement symbolique dans le cheminement spirituel du compositeur: 11 instruments à percussion, 11 propositions musicales, 11 textes de Kant (K est la 11ème lettre de l’alphabet), 11 chats de Schrödinger (le public est mis à contribution pour tenter de retrouver a trace visuelle ou auditive des petites bêtes) …  jusqu’à la durée du spectacle de 5324 secondes, soit 11 x 44 x 11; avec autant de propositions scénographiques et vidéographiques conçues et superbement réglées par qui joue sur les illusions optiques avec les effigies de  l’interprète/performer qu’il fait murmurer au début du spectacle ou l’effet magique de sa main pulvérisant les images de la vidéo en une constellation colorée.

L’idée, nous dit , est « de déborder », à la fois le statut de musicien/interprète et le cadre initial du concept ayant valeur de référence. Seul sur scène et confronté à des situations improbables, , percussionniste de haut vol, fait sonner le marimba, les mokubios et les gongs ou joue avec la peau du tambour de bois ; mais il est aussi comédien lorsqu’il cite Kant au « lever de rideau », joueur de squash avec des capteurs sur la main droite pour déclencher l’impact d’une balle virtuelle, ou célébrant bouddhiste sur son tabouret de méditation. Les pistes s’interfèrent – de Kant à la physique quantique – et l’humour gagne lorsqu’apparaissent sur l’écran vidéo Gaby, la voisine de palier d’Emmanuel Kant dont elle tente de brosser le portrait ou cet étudiant japonais, Takaya, s’échinant, sur fond de Gagaku, à dire en allemand les mots de Kant sur lesquels il trébuche plus d’une fois; les choses tournent au tragique, enfin, pour le cow-boy Philippe, incapable de rétablir la vérité quant (Kant) au prénom de « Koltrane ».

Passeur, maître à jouer et à penser, en but aux difficultés de la transmission que questionne inlassablement Dubedout dans Endless eleven, , immense, relayé par le dispositif électronique sans faille de , fait fonctionner le spectacle avec une intensité rare : tout est chez lui d’une efficacité et d’un investissement total dont témoignait la qualité de l’écoute d’un public littéralement happé par le flux énergétique qu’il faisait circuler.

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