Le jardin secret de Jehan Alain

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Jehan Alain (1911-1940) : Première fantaisie ; Deuxième fantaisie ; Suite pour orgue ; Deux danses à Agni Yavishta ; Trois mouvements pour flûte et orgue ; Variations sur un thème de Clément Jannequin ; Le jardin suspendu ; Litanies. Marion Ralincourt, flûte. Yoann Tardivel à l’orgue Victor Gonzalez de l’église Saint-Jacques de Dieppe. 1 CD Hortus 092. Code barre 3487720000928. Enregistré en 2011. Livret bilingue en français et anglais. Durée totale 61’12’’

 

Telle la queue d’une comète, ce CD arrive avec quelque retard après l’année . Mais qu’importe, il est toujours temps de célébrer ce compositeur français hors pair dont on a le sentiment que l’on pourra toujours l’enregistrer en proposant à chaque fois des idées nouvelles, un peu comme Bach. Tel est le cas de ce nouveau « Alain », résolument tourné vers le rêve, comme nous l’indique le titre « Jardin suspendu ». Tout a été dit ou presque sur cet auteur, et pourtant, à chaque fois, la magie de sa musique opère à coup sûr. Après une récente intégrale remarquée de Jean Baptiste Robin parue chez Brilliant Classics, il est agréable d’entendre ici quelques extraits de son œuvre d’orgue, agrémentés de Trois mouvements pour flûte, composés à l’origine pour le piano et la flûte, et transcrits pour l’accompagnement de l’orgue par Marie-Claire Alain en 1975. L’orgue utilisé, assez inédit au disque, fut édifié par Victor Gonzalez au moment même où Alain s’apprêtait à écrire ses œuvres. Victor Gonzalez fut le grand facteur d’orgue de cette époque, acteur du courant dit néo-classique. Un orgue idéal alors ? Sans doute… En tout cas, possible et logique. De nos jours, notre vision de l’orgue a évolué, on pense parfois à tort que l’entre deux guerres n’a connu en France que des orgues de moindre valeur. Et pourtant quelques spécimens restent les témoins d’une facture qui soutiennent l’inspiration de . C’est bien le cas de l’orgue de Saint-Jacques de Dieppe, qui aux côtés de quelques autres (Soissons) magnifie cette musique. Il ne faut pas oublier que ce sont ces orgues là en priorité qu’on joué ces compositeurs.

L’interprétation de est résolument engagée, à la fois dans ce que le discours doit au rythmes, souvent complexes (Scherzo, Litanies), et à la rêverie (le Jardin suspendu), dans ce côté planant, inimitable et parfois irréel, tout ceci magnifiquement rendu ici. La flûte raffinée de vient souligner toute la rhétorique que renferme la musique d’Alain, son mariage avec l’orgue est une trouvaille, que Marie-Claire Alain a su concrétiser. Renfermant la plupart des œuvres majeures pour l’orgue d’Alain (sauf les trois danses), ce disque est un complément indispensable aux intégrales déjà connues. C’est l’approche ici qui passionne, par son éclairage original, et envoutant.

Il faut également remercier Hortus, d’éditer ainsi des disques d’orgue « à programme », maillons discographiques majeurs dans la compréhension des époques, des auteurs, et de leur jardin secret.

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