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Kryštof Mařatka : le passé, le présent, l’avenir

À emporter, CD, Musique d'ensemble

Kryštof Mařatka (ne en 1972) : Praharphona ; Hypnózy. Ensemble Calliopée, Kryštof Mařatka (direction). 1 CD DUX. Référence DUX 0784. Code barre : 590247007847. Enregistré au Conservatoire de Paris les 22 janvier 2009 et 20 mai 2010. Notice trilingue (polonais, anglais, français). Durée 52’34

 

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Pour s’être établi à Paris il y a presque 20 ans, , natif de Prague, est parfois trop rapidement comparé à Bohuslav Martinů. Pourtant, son travail s’inscrit plutôt dans la continuité de celui de Leoš Janáček. Mais là où le maître morave arrêtait ses recherches philologico-psychologiques à sa langue maternelle et aux musiques populaires de son pays (ou plutôt, d’une partie de son pays), Mařatka va beaucoup plus loin. Son étude du langage va jusqu’aux babillements non-articulés des enfants et autres onomatopées tandis que son intérêt pour les musiques ethniques concerne les « folklores » du monde entier (comme il l’a montré dans Luminarium, chef-d’œuvre concertant pour clarinette) et remonte jusqu’à la préhistoire. Bien que l’esthétique de cet esprit curieux soit singulière, radicale et personnelle, elle pousse également très loin l’exploration de l’intime et possède la « passion de la vérité » que décelait chez Janáček. Le Tchéco-français écrit à aujourd’hui 40 ans les pages importantes de la future histoire de la musique (si l’on nous passe l’oxymore).

Œuvres majeures, Praharphona pour harpe, quatuor à cordes et percussions (2009) et Hypnózy pour quintette à vents (2006) possèdent chacune une portée aussi personnelle qu’universelle. La plus récente, qui ouvre le programme, est une « musique pour l’ancienne et la nouvelle Prague », ville dont les pierres et les habitants portent le poids de l’Histoire intellectuelle et politique. C’est là, sous un régime communiste qu’il ne cesse de « dénoncer » (on trouve en l’occurrence une section intitulée 2+2=5 (démagogie, totalitarisme, manipulation)) que le compositeur passa ses années d’enfance et d’adolescence, sous le regard des œuvres de son grand-père, Josef Mařatka, assistant et ami de Rodin ayant organisé dans la ville la première exposition du Français à l’étranger (1904) –au nombre de ses réalisations célèbres, les mélomanes retiendront particulièrement le buste de Dvořák trônant au Rudolfinum de Prague. Structurée en 8 parties comportant chacune un nombre variable (mais certainement pas hasardeux) de sous-sections toutes désignées par un cryptogramme évoquant un lieu, une atmosphère ou un morceau d’histoire, cet absolu chef-d’œuvre captive d’un bout à l’autre. Au nombre des intitulés « codés », on trouve ^C (Lune au-dessus de la cathédrale St. Guy), lLLaAbiiyRrinnnTtT (exils), ^ ^ ^ ^ ^ ^ ^ ^ ^ (fleuve, inondations) ou encore, comme pour mieux se rattacher à l’histoire (de la musique) de son pays, d d d d e c c e (Hussites, interprétations de l’histoire), d’après les lettres désignant les premières notes du fameux choral Kdož jste boží bojovníci [Vous qui êtes les combattants de Dieu] utilisé par la plupart des compositeurs tchèques (de Smetana à Kabeláč en passant par Dvořák, Janáček, Novák, Suk, Martinů, Hůsa, etc.) comme étendard patriotique censé appeler à la résistance ou à la lutte contre les oppresseurs (des triomphateurs de la bataille de la Montagne Blanche aux Soviétiques en passant par les Habsbourgeois et les Nazis). Sous la direction de l’auteur, la prestation de Sandrine Chatron (harpe solo) et de l’ est particulièrement remarquable et offre une point de vue imprenable sur cette évocation musicale de Prague (celle d’hier, d’aujourd’hui et, esthétiquement, de demain).

C’est l’intérêt pour l’hypnose de Zdeňek Mařatka, éminent médecin et père de Kryštof, qui est à la source de l’inspiration du Quintette pour vents de 2006 structuré en 5 « séances ». Si le travail sur Luminarium avait déjà permis au compositeur de repousser les limites techniques de la clarinette, il poursuit ici son exploration en expérimentant un certain nombre de modes de jeu plutôt inhabituels pour un résultat parfois troublant et toujours passionnant. Ici encore, force est de saluer l’excellente prestation d’Anne-Cécile Cuniot (flûte), Catherine Coquet (hautbois), (hautbois), Takenori Nemoto (cor) et Valerie Granier (basson). Un album chambriste absolument fascinant qui fera date dans la carrière de . Indispensable !

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