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Debussy relégué en division d’honneur

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Claude Debussy (1862-1918) : Le martyre de Saint-Sébastien. Isabelle Huppert, récitante ; Sophie Marin-Degor, soprano ; Kate Aldrich, mezzo-soprano ; Christine Knorren, mezzo-soprano ; Chœur de Radio-France, direction : Matthias Brauer ; Orchestre National de France, direction : Danielle Gatti. 1 coffret Radio France FRF 007. Enregistré en concert en avril 2009. Notice de présentation en : français et anglais. Durée : 62’58

 

En 2009, cette interprétation avait été présentée comme l’un des évènements de la saison musicale de Radio-France. Dans le cadre de l’année Debussy, la Maison -ronde édite, dans un coffret luxueux, la bande radiophonique de ce concert dirigé par , le directeur musical de la phalange radiophonique hexagonale. Publié en même temps qu’un nouveau disque désastreux centré sur les grands chefs d’œuvres symphoniques du même Debussy (RCA), ce Martyre de Saint-Sébastien n’avait pas à apparaître en CD tant le résultat artistique est miteux.

Cette partition hybride, pas inintéressante au concert, peine à passer la rampe du disque. La plupart des chefs, et non des moindres (Abbado, Salonen, Monteux, Cantelli, Wand), se limitent à une  stricte sélection souvent exclusivement symphonique. La discographie de cette version « longue » avec chœurs, solistes et récitant, adaptation de Germaine Inghelbrecht,  est une relative rareté au disque. Seules deux versions peuvent être considérées comme des références : la captation de concert de Désirée-Emile Inghelbrecht, en 1960, avec ce même (ou orchestre national de la radiodiffusion française tel qu’il se nommait alors), éditée chez Montaigne et celle de Michael Tilson Thomas (Sony) à la tête des forces de l’orchestre symphonique de Londres.

La présente version souffre de nombreux défauts à commencer par la récitante qui semble déchiffrer le texte assez naïf (niais serait le terme exact) du poète d’Annunzio. Le timbre d’ est atrocement laid et sa déclamation ne rend pas le côté extatique attendu : c’est du haché menu tronçonné à la syllabe et énoncé avec le rythme narratif d’un marteau-piqueur s’attaquant à une chape de béton.

Du côté de l’orchestre, Gatti ne semble pas avoir d’idées directrices. Il est également avare de mystère, de magie et de couleurs ; son Debussy est éteint et morne. Certains effets appuyés, surtout dans les fortissimos, ressemblent même à une procession wagnérienne. L’acoustique redoutable du Théâtre des Champs-Elysées assèche méchamment les vents et les cordes, qui sonnent avec une repoussante aigreur. Au fil des années, tout comme l’orchestre national de Lyon, l’ONF semble avoir perdu toute culture debussyste. Les solistes vocaux sont parfois plus que limites en tessiture et en justesse. Le chœur de Radio-France, fait bonne figure même si certaines notes tenues dans les aigus sonnent de manière très délicates !

La prise de son, agrémentée d’une batterie de tousseurs, est pauvre en couleurs et en reliefs. Elle sonne également de manière fortement superficielle avec de curieux gros plans sur les pupitres et une relégation du chœur à l’arrière-plan.

Les défauts de cet album sont bien trop importants pour recommander cette navrante captation. Cette parution du tandem Gatti-ONF, insipide et médiocre, a de quoi inquiéter quant à l’avenir de ce tandem qui semble bien bancal et face à la baisse du niveau d’un orchestre que Kurt Masur avait pourtant laissé en bon état de marche.

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Claude Debussy (1862-1918) : Le martyre de Saint-Sébastien. Isabelle Huppert, récitante ; Sophie Marin-Degor, soprano ; Kate Aldrich, mezzo-soprano ; Christine Knorren, mezzo-soprano ; Chœur de Radio-France, direction : Matthias Brauer ; Orchestre National de France, direction : Danielle Gatti. 1 coffret Radio France FRF 007. Enregistré en concert en avril 2009. Notice de présentation en : français et anglais. Durée : 62’58

 
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