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Frieder Bernius, un Requiem de Brahms trop humain

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Fribourg, Eglise du Collège Saint-Michel. 8-VII-2012. Franz Schubert (1797-1828), Gesang der Geister über den Wassern. Johannes Brahms (1833-1893), Schicksalslied op. 54 ; Ein Deutsches Requiem. Kammerchor und Klassische Philharmonie Stuttgart. Direction : Frieder Bernius. Avec Birgid Steinberger, soprano ; Hans-Christoph Begemann, baryton.

Le Deutsches Requiem de Brahms est un chef d’œuvre d’humanité, dont le message universel est tout entier contenu dans les extraits bibliques qui le composent, agencés en une vaste fresque musicale. Sous les ors de l’Eglise du Collège Saint-Michel de Fribourg, le chef en a livré dimanche soir une vision très personnelle mais difficile à suivre, dans le cadre du Festival international de musiques sacrées de Fribourg.

Avec les superbes voix d’hommes du bouillonnant Gesang der Geister über den Wassern de Schubert et le prenant Schicksalslied de Brahms donnés en première partie, tout avait cependant commencé sous les meilleurs auspices. Mais si ce Requiem s’amorce avec une lenteur que l’on voudrait spirituelle, ce sont surtout les changements marqués de tempi qui déconcertent, conférant à l’ensemble un aspect disparate fort peu à même de rendre la cohérence musicale de l’œuvre. Les articulations internes sont escamotées par la nécessité de rassembler les troupes ; le chef déploie une énergie impressionnante à rallier les excellents musiciens de la Klassische Philharmonie de Stuttgart à sa cause, n’empêchant néanmoins pas quelques décalages surprenants. Heureusement, les fugues – enlevées à une allure débridée – font montre d’une belle unité, qu’on aurait aimé voir régir les mouvements plus recueillis.

Parmi ceux-ci sont les numéros avec voix solistes. Le baryton Hans-Christoph Begemann est de ces présences qui irradient, déclamant sa plainte avec une ferveur puissante, servie par un timbre agréablement boisé. Moins habitée par le propos, Birgid Steinberger, soliste de l’Opéra de Vienne, surmonte les difficultés de son « Ihr habt nun Traurigkeit » avec un vibrato serré dans lequel on ne devine que trop peu la tendre consolation qui se dégage du texte biblique. Excessivement opératique pour entrer vraiment dans l’intimité suggérée par les chanteurs du Chœur de chambre de Stuttgart. Car si la sonorité qu’ils dégagent est un peu terne dans les passages massifs, elle offre un bel équilibre de couleurs, et une finesse tout à propos. Dommage que l’orchestre prenne parfois le dessus, venant alors submerger les subtiles nuances de chanteurs très concernés, et prêts à suivre leur chef dans les reliefs acérés qu’il donne à l’œuvre.

Aux tempi fort contrastés répond un le jeu des nuances tout aussi marqué, au point de faire sursauter certains membres du public fribourgeois venu en nombre (ce coup de timbale à réveiller un mort). Une vision investie de l’œuvre, qui, rassérénée, pourrait toucher au sacré au vu de la qualité indéniable des interprètes. Pourtant, soulignant avec verve l’effroi face au trépas, l’interprétation oublie de suggérer le réconfort que l’œuvre contient en creux ; elle donne à entendre un Requiem puissant, racé, mais volontaire et physique. En somme, trop humain.

Crédits photographiques : DR

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Fribourg, Eglise du Collège Saint-Michel. 8-VII-2012. Franz Schubert (1797-1828), Gesang der Geister über den Wassern. Johannes Brahms (1833-1893), Schicksalslied op. 54 ; Ein Deutsches Requiem. Kammerchor und Klassische Philharmonie Stuttgart. Direction : Frieder Bernius. Avec Birgid Steinberger, soprano ; Hans-Christoph Begemann, baryton.

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