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A Lyon, un jeune Rossini par de jeunes chanteurs pleins de verve

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Lyon, église Saint-Just, 8-VII 2012. Gioacchino Rossini (1792-1969) : La Cambiale di matrimonio, opéra en un acte sur un livret de Gaetano Rossi. Mise en espace : Stephen Grögler ; costumes :Véronique Seymat. Avec : Elisandra Melian, Fanny ; Alexandra Schoeny, Clarina ; Anthony Gregory, Edoardo Milfort ; Eugene Chan, Slook ; Job Tomé, Tobia Mill ; Matthieu Heim, Norton. 19e Académie baroque européenne d’Ambronay. Chef du chant : Inna Petcheniouk ; direction : Leonardo García-Alarcón

La Cambiale di matrimonio (Le mariage par lettre de change), composé en 1810, est le premier opéra qu’un jeune Rossini d’à peine 18 ans composa pour le Teatro San Moisé de Venise. Malgré son jeune âge, l’œuvre comporte toutes les caractéristiques des grands succès du musicien et montre une extraordinaire maîtrise des matières musicales, héritées de l’opéra baroque et classique. Marquée particulièrement par Mozart – outre le thème de mariage arrangé dans une pure tradition italienne – l’œuvre nous offre des mélodies rappelant par ci les Noces de Figaro, et par là des harmonies entendues dans Cosi fan tutte. Il n’est donc pas étonnant que l’ aborde cette œuvre avec des instruments d’époque (en partenariat avec le Festival d’Aix-en-Provence, présenté dans le cadre des Nuits de Fourbière).

La représentation eut lieu dans une église, ce qui posait quelque problème d’acoustique et de visibilité. Question d’acoustique : l’orchestre est placé derrière la petite scène surmontée qui traverse toute la largeur de la nef, avec le chef à l’extrême gauche. Autrement dit, les musiciens se dirigent dans cette direction, ce qui crée quelque déséquilibre sonore, même si c’est en grande partie imperceptible, surtout avec le chant. A cela s’ajoute l’acoustique propre au lieu qui, selon les endroits, rend les sons assez flous pour apprécier pleinement chaque nuance. Question de visibilité : aucune inclinaison vers la scène, empêchant les spectateurs à partir de certains rangs de voir physiquement les performances théâtrales des chanteurs, ce qui est fort dommage car celles-ci sont bien réussies.

La mise en scène de Stephen Grögler utilise efficacement l’espace oblong, et les meubles de style années 1980-90, incluent la lumière (des lampes-globes et halogènes manipulés par des chanteurs) rapprochent l’intrigue de notre quotidien, ou encore, du théâtre du boulevard. Là, il n’y a aucun élément qui choque, la situation est seulement modernisée mais reste tout de même dans le cadre classique du « salon ».

Parmi les chanteurs, la prestation du baryton dans le rôle de Slook est particulièrement remarquable. Bon acteur, il sait combiner habilement le chant (baryton puissant) aux gestuels, y compris l’expression éloquente du visage. La soprano est une grande colorature, mais avec un timbre posé et parfois grave, même si certaines notes aiguës laissent entrevoir la nécessité d’un contrôle accru. Barytons de grande qualité, Mattieu Heim (Norton) a une voix teintée plutôt vers le ténor, tandis que (Mill) s’impose par une largesse sonore. Le ténor semble approprié à ce genre de rôle, aussi bien par son jeu que par la sonorité de sa voix. Alexandra Schony (Clarina, domestique de Mill), qui a assumé le rôle d’ouvrir l’œuvre, n’est pas parvenue à donner toute la mesure de son talent au début, notamment dans le duo avec Norton où sa voix s’effaçait, avant de retrouver son naturel par la suite.

L’orchestre avec des instruments originaux constitue un avantage pour « créer une atmosphère théâtrale avec les couleurs et l’articulation innée de cette musique », dit . Il est vrai que le bel canto sonne mieux avec ce genre d’orchestre qui n’est pas encore totalement séparé de l’expression baroque et classique.

Cette représentation est un exemple réussi d’une « redécouverte » d’un opéra de la période classique et romantique. Que ces essais se poursuivent, dans une approche similaire, de préférence avec une mise en scène, ou faute de quoi une mise en espace, car ce type du répertoire a toujours été conçu pour le théâtre et non pour une salle de concert !

Crédit photographique : © Bertrand Pichene

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Lyon, église Saint-Just, 8-VII 2012. Gioacchino Rossini (1792-1969) : La Cambiale di matrimonio, opéra en un acte sur un livret de Gaetano Rossi. Mise en espace : Stephen Grögler ; costumes :Véronique Seymat. Avec : Elisandra Melian, Fanny ; Alexandra Schoeny, Clarina ; Anthony Gregory, Edoardo Milfort ; Eugene Chan, Slook ; Job Tomé, Tobia Mill ; Matthieu Heim, Norton. 19e Académie baroque européenne d’Ambronay. Chef du chant : Inna Petcheniouk ; direction : Leonardo García-Alarcón

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