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Intégrale Bach sur les orgues Silbermann d’Alsace et de Suisse

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Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Intégrale de l’œuvre pour orgue. Ewald Koïmann, Ute Gremmel-Geuchen, Gerhard Gnann, Bernhard Klapprott. Orgues André et Jean-André Silbermann de Marmoutier (1709), Ebersmunster (1732), Saint-Thomas de Strasbourg (1741), Wasselonne (1745), Soultz-Haut-Rhin (1750), Arlesheim (1761), Bouxwiller (1778), Villingen (2002). 19 SACD AE-10761. Code barre : 4026798107611. Enregistré d’Avril 2008 à Juin 2011 par Christoph-Martin Frommen. Livret en couleur de 251 pages trilingue français, anglais, allemand, richement orné et documenté sur les œuvres et les orgues. Durée totale 24 h 12’ 21’’

 

Les Clefs ResMusica

Voilà bien une production qui marquera à jamais la discographie de l’œuvre pour orgue de . Quel impressionnant coffret ! Tout est ici mis en œuvre pour aboutir à une totale réussite, murie pendant plus de cinq années. Tout d’abord, l’œuvre elle même, magnifique, présentée ici dans sa plus absolue intégralité, avec les pièces d’authenticité controversée, et toutes les collections de chorals de jeunesse mises à jour depuis une trentaine d’année.

19 SACDs Multichannel au minutage plus que généreux, dépassant souvent les 80’, accompagnés d’un gros livret en couleur, avec une étude sur les orgues par le spécialiste Marc Schaefer, et les œuvres par Peter Wollny. Ensuite le choix des interprètes est exceptionnel. Au départ ce devait être , immense organiste hollandais, le seul organiste de cette intégrale, en étant déjà d’ailleurs à sa troisième ! Malheureusement, après l’enregistrement des huit premiers disques, cet artiste devait décéder brutalement en Janvier 2009 lors de vacances en Egypte. L’entreprise pouvait donc s’arrêter là, mais l’éditeur décida cependant d’achever l’ouvrage en faisant appel à trois élèves d’, pour cinq disques, pour quatre disques et enfin pour deux disques. Cette solution semble très cohérente, dans la mesure où l’on sent une continuité de style entre le maître et ses disciples. Ce qui caractérise le jeu d’, c’est la liberté, la poésie et la sagesse. Les tempi sont souvent retenus, permettant à chaque note de chanter, grâce à un toucher délicat, soutenu par une agogique de chaque instant, et un sens très subtil de la registration. C’est la leçon d’un grand maitre, arrivé au sommet de son art. Il suffit d’écouter un choral de l’Orgelbüchlein sur les flûtes de Marmoutier pour s’en convaincre. Ses élèves, sur ses pas, prennent le relai en douceur, tout en faisant à la fois éclater une énergie nouvelle, ce qui fait toute la magie de cette intégrale. La musique de Bach est géniale pour cela, chaque lecture apportant sa pierre, comme si nous entendions toutes ces œuvres pour la première fois, au travers du chant intérieur de chaque organiste.

Venons-en aux orgues : un parc de rêve ! De tout temps, l’Alsace fut célèbre pour ses orgues, par leur qualité et leur nombre. De nombreuses raisons historiques, religieuses et musicales ont fait qu’encore aujourd’hui, elle reste la région la plus riche en ce domaine. De grandes familles de facteurs d’orgue ont résidé et travaillé dans cette contrée bénie, dont au XVIII° siècle, les Silbermann dits d’Alsace, André Silbermann et son fils Jean-André, dont il reste encore quelques spécimen incontournables. On se souvient également de l’autre branche saxonne de cette famille qui fut glorieusement représentée à Dresde et sa région par Gottfried Silbermann, ami de Bach. Ce coffret propose judicieusement les plus beaux instruments conservés à ce jour, par ordre chronologique en commençant par Marmoutier, peut être le plus beau de tous. Dans cette écurie vient se glisser l’orgue suisse d’Arlesheim, lui aussi exceptionnel et largement connu des discophiles. A remarquer également la reconstitution en 2002 par Gaston Kern de l’orgue de Villingen, dont il ne restait que le buffet des Silbermann. Pour les autres orgues, nous restons aussi à un très haut niveau, avec le plus important en nombre de jeux : Saint-Thomas de Strasbourg restauré en son temps par Alfred Kern.
Que nous inspire l’écoute de ces disques ? Beaucoup de joie, de bonheur : ces orgues sonnent vrais, ils sont parfois un peu rustiques, avec de belles anches bien timbrées, surtout à la pédale, on remarque combien ces instruments sont à cheval sur les styles français et allemand. Voilà bien des orgues qui supporteraient bien la musique d’un Couperin ! Du coup nos organistes les managent bien en ce sens : de nombreux mélanges français, viennent soutenir le discours, grâce au jeu de cornet, jeu de tierce, cromorne, fond d’orgue, ou autre chœurs d’anche. Les anches à la française sont très polyphoniques, quel plaisir d’entendre ici telle fugue sur le grand-jeu, c’est une expérience rare. Les plein-jeux, plus germaniques, donc polyphoniques eux-aussi, sont d’une légendaire transparence. Ces interprètes là osent beaucoup de choses, toujours au service de la musique, trouvant des solutions pour rendre tout cela possible et original, et accrocheur. Cela nous change de beaucoup d’orgues modernes qui aujourd’hui peuvent parfois nous sembler « pasteurisés », voire aseptisés, et finalement tous se ressembler.

Notons enfin la prise de son tout à fait exceptionnelle d’équilibre et de vérité. Proposée en multichannel SACD, un plus tout à fait appréciable, ces disques sonnent déjà magnifiquement sur un équipement CD habituel.
Le disque fait œuvre d’art, à offrir ou vous offrir les yeux fermés, pour vous faire du bien, à l’approche des fêtes de fin d’année.

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Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Intégrale de l’œuvre pour orgue. Ewald Koïmann, Ute Gremmel-Geuchen, Gerhard Gnann, Bernhard Klapprott. Orgues André et Jean-André Silbermann de Marmoutier (1709), Ebersmunster (1732), Saint-Thomas de Strasbourg (1741), Wasselonne (1745), Soultz-Haut-Rhin (1750), Arlesheim (1761), Bouxwiller (1778), Villingen (2002). 19 SACD AE-10761. Code barre : 4026798107611. Enregistré d’Avril 2008 à Juin 2011 par Christoph-Martin Frommen. Livret en couleur de 251 pages trilingue français, anglais, allemand, richement orné et documenté sur les œuvres et les orgues. Durée totale 24 h 12’ 21’’

 
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