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C’est la guerre autour d’Alfredo Casella

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Alfredo Casella (1883-1947): Suite en do majeur, op.13. Pagine di guerra, op25bis. Concerto pour orchestre, op.61. Orchestra Sinfonica di Roma, direction: Francesco La Vecchia. 1 CD Naxos 8.573004. Code barre : 8573004 0747313300471. Enregistré à Rome en 2011. Notice détaillée en anglais et italien. Durée 69’58

 

Après l’abandon et l’oubli, le temps est venu de la surenchère ! Naxos annonce fièrement que son disque est composé de premières discographiques d’ par , mais avec quelques petits mois d’avance c’est Chandos et Gianandrea Noseda à la tête du BCC Philharmonic qui les ont devancés pour le Concerto pour orchestre de 1937. Ironie de la fortune : après avoir été méthodiquement ignoré par les chefs italiens depuis la fin de la guerre, instrumentalisé post-mortem par les nostalgiques du fascisme, et enfin pénalisé par l’indifférence des institutions culturelles italiennes à l’égard de la forme symphonique (lire notre entretien de Francesco La Vecchia), Casella voit tout d’un coup les chefs transalpins se disputer le titre de redécouvreur de sa musique.

Les trois œuvres proposées font le tour des styles du compositeur. La Suite en do majeur de 1909-1910 est parcourue d’influences de Richard Strauss (Ouverture) à son professeur Fauré (Sarabande) et à son maître Mahler (Bourrée), mêlée d’une joie baroque toute italienne.

Le Concerto pour orchestre est la pièce de consistance de ce programme, composée pour les 50 ans du Concertgebouw et dédiée à Willem Mengelberg. Néobaroque, dynamique, elle fait certainement preuve de la maîtrise structurelle et dynamique du compositeur.

Toutefois, c’est aux cinq Pages de guerre composées initialement pour deux pianos en 1915, alors que l’Italie entrait en guerre, et orchestrées en 1918, que vont notre préférence… toute subjective. Chaque pièce – on pourrait dire chaque scène – ne dure guère plus d’une à trois minutes et constitue une évocation de la guerre à partir des films d’actualité de l’époque. L’orchestration se fait massive et emportée quand elle recrée les charges de l’artillerie en Belgique ou celle des cavaliers cosaques en Russie, elle est recueillie pour les ruines de la cathédrale de Reims ou les croix de bois des soldats tombés en Alsace, elle se fait grandiose enfin pour vanter les cuirassés italiens maîtrisant l’Adriatique. Le Stravinsky violent et expressif du Sacre hante ces pages étroitement imbriquées dans l’Histoire de l’Europe, ce qui les rend d’autant plus accessibles et attractives. Autre ironie, leur brièveté est déroutante pour de tels sujets, et c’est ce qui les rend modernes, alors que précisément leur format bref s’explique par les limites techniques du cinéma de l’époque.

Sur le plan interprétatif, La Vecchia continue sur sa voie d’un travail qui cherche à servir l’œuvre au plus près, sans subjectivité exacerbée. Giananedra Noseda dispose d’une formation aux instruments plus individualisés, qui accroche plus l’oreille en premier lieu, mais ne laisse peut-être pas autant respirer la musique. Avantage à La Vecchia.

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Alfredo Casella (1883-1947): Suite en do majeur, op.13. Pagine di guerra, op25bis. Concerto pour orchestre, op.61. Orchestra Sinfonica di Roma, direction: Francesco La Vecchia. 1 CD Naxos 8.573004. Code barre : 8573004 0747313300471. Enregistré à Rome en 2011. Notice détaillée en anglais et italien. Durée 69’58

 
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