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Festival Aujourd’hui Musiques, une semaine de créations sonores à Perpignan

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Investissant désormais les somptueux espaces du Théâtre de L’Archipel, le Festival Aujourd’hui Musiques de Perpignan propose, du 17 au 24 novembre, un large panorama de la création à travers concerts et spectacles multi médias affichant l’éclectisme des orientations et la transversalité des genres d’une telle manifestation: théâtre, musique, danse, cirque, vidéo s’y déploient et interfèrent, mettant à l’oeuvre les nouvelles technologies où virtuel et réel se mêlent en des ambiguïtés troublantes comme dans Endless Eleven, cet hommage distancié à Kant imaginé par (voir notre chronique du 5/03/2012) qui ouvrait le Festival.

A l’adresse des petits, mais pas seulement,  la compagnie Art Zoyd – groupe de musique électronique – et son compositeur Gérard Hourbette ont initié le projet du conte fantastique A demiendormi déjà sollicitant la collaboration de la dramaturge Célia Houdart, du concepteur graphique François Oslislaeger et de Sébastien Roux pour la bande son. Ce spectacle tout en finesse et facéties, étrange  dans sa progression autant que fascinant par ses couleurs et le rythme de sa narration, convoque sur scène deux interprètes musiciennes: discrètes et efficaces, Nadia Ratsimandresy aux ondes Martenot et Yukori Bertocchi Hamada au clavier/sampler impriment sur la bande sons leurs interventions bruitistes ou prolongent d’échos mystérieux les situations fantasques et oniriques sans rien qui pèse dans cette fine correspondance du son et de l’image.

Au Carré, espace modulable et idéal pour les musiques électroniques, le percussionniste hors norme – et professeur au CRR de Perpignan – était seul en scène face à quatre tambours géants à fût métallique et membrane « sensible » dont Laura Bianchini et Michelangelo Lupone, tous deux italiens, ont exploité les potentialités résonnantes. Dans Terra pour « Feed drum » et vidéo de Laura Bianchini, la peau du tambour est mise en vibration par l’action d’un haut-parleur placé au-dessous de l’instrument. La partition sollicite tout autant le geste de l’interprète projeté sur l’écran que la matière agissant sur la peau: balais de métal, lamelles de bois, mailloches multiples, autant d’actions, de pressions et de circonvolutions pour articuler un matériau saturé, proche du lares, et faire « chanter la matière » dans une réinvention totale de l’instrument. Fit pour percussions et électronique de Michelangelo Lupone s’inscrit dans le genre plus « traditionnel » de l’oeuvre mixte, virtuose et spectaculaire. Muni d’un micro-lèvres, y percute en effet une matière riche et colorée mais doit en même temps « vocaliser » les sons électroniques qui se confrontent au jeu instrumental en une polyphonie spatiale d’une belle énergie. Après Canto di Madre, pièce acousmatique – projetée par les seuls haut-parleurs – du même compositeur, Philippe Spiesser revenait tout de blanc vêtu devant trois SkinAct, trois grands tambours suspendus munis de capteurs et superbement mis en valeur par les éclairages de . Dans Spazio Curvo de Lupone, le spectacle est total, tout à la fois sonore (réinjection dans les haut-parleurs spatialisés et en temps réel du son transformé par l’ordinateur), visuel et  chorégraphique, tant la prestation investit le corps tout entier de l’interprète.

Le concert du lendemain invitait le compositeur sur la scène du « Grenat » pour un concert monographique étonnant autant que chaleureux. Habitué du Festival qui a déjà programmé sa Messe un jour ordinaire, Cavanna, la soixantaine, poursuit sa mission de passeur avec un égal engagement et une verve inimitable. Son désir, toujours plus affiné, de lier, dans une même expression, son populaire et écriture savante rappelle Berio (l’humour en sus) et ancre sa musique dans le monde sensible, « social et réaliste », tel qu’il qualifie son Concerto pour accordéon. La soirée débutait d’ailleurs avec une pièce soliste de cornemuse, L’accord ne m’use pas la nuit, dont Lilian Perez, spécialiste du « sac de gemecs » catalan, donnait une version « couleur locale ». La seconde pièce du programme, sous la direction avisée de , mobilisait l’Ensemble polyphonique de Perpignan, les choeurs d’enfants du CRR, un ensemble instrumental avec orgue et clavecin où dominent les vents et les percussions, et une voix soliste – la mezzo Juliane Coizet très investie dans son rôle de prêtresse persécutée. Io est une sorte d’oratorio sur les traces de la Tragédie antique, écrit d’après un fragment du Prométhée d’Eschyle. Cette partition de jeunesse de Cavanna (1980, révisée en 2002), emprunte au modèle de l’Oresteïa de Xénakis: avec cette âpreté de ton du compositeur de Nuits, une violence sauvage dans la scansion du texte grec et les stridences et raucité des timbres dans les commentaires instrumentaux, Cavanna conçoit là une oeuvre forte dont soulignait la radicalité du geste et l’intensité crue des couleurs.

Le concert se terminait dans la flamboyance avec Karl Koop Konzert – sous-titrée « comédie pompière, sociale et réaliste » – invitant sur scène l’orchestre Perpignan-Méditerranée et  l’accordéoniste jouant alternativement l’accordéon-Musette et l’instrument de concert. L’oeuvre dédiée au grand-père, accordéoniste, de Cavanna – et à la mère de – met en vedette un instrument qui, dans le sens où l’emploie le compositeur, doit « faire battre le pouls du monde ». Cornemuses et trompes de chasse viennent rehausser les couleurs d’une pièce louvoyant entre légèreté badine (le Galop pompier du deuxième mouvement) et échos tragiques d’un univers en destruction. , impérial, en déploie toutes les facettes sonores aux côtés d’un orchestre galvanisé par le geste de Daniel Tosi. L’humour avait le dernier mot avec la Brève intitulée Peut-être de Jacques Rebotier que donnait en bis un Pascal Contet irrésistible!

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