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Le Quatuor Artemis, Schubert subtil et raffiné

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Franz Schubert (1797-1828) : Quatuors à cordes n°13 en la mineur, D. 804 (op. 29) « Rosamonde » ; n°14 en ré mineur, D. 810 « La Jeune Fille et la Mort » ; n°15 en sol majeur, D. 887 (op. posth. 161). Quatuor Artemis (Natalia Prischepenko, Gregor Sigl, violons ; Friedemann Weigle, alto ; Eckart Runge, violoncelle). 1 double CD Virgin Classics 6025122. Code barre : 5099960251220. Enregistré entre le 27 mai et le 8 juillet 2009 à la Siemens-Villa Berlin. DDD. Notices trilingues (anglais, allemand, français) excellentes. Durée : 78’23, 51’35.

Franz Schubert (1797-1828) : Quatuor à cordes n°12 en ut mineur, D. 703 « Quartettsatz », avec son Andante (Fragment) ; Quintette en ut majeur pour deux violons, alto et deux violoncelles, D. 956 (op. 163). Quatuor Artemis (Natalia Prischepenko, Gregor Sigl, violons ; Friedemann Weigle, alto ; Eckart Runge, Truls Otterbech Mørk, violoncelles). 1 CD Virgin Classics 5021132. Code barre : 5099950211326. Enregistré du 26 au 30 août 2007 au Teldex Studio Berlin. DDD. Notices trilingues (anglais, allemand, français) excellentes. Durée : 62’50.

 

Les interprétations des chefs-d’œuvre schubertiens sous rubrique par le relativement jeune ne nous ont apporté que du bonheur. Après nous avoir légué une intégrale des quatuors à cordes de Beethoven qui d’emblée s’est située très haut dans la discographie (Virgin Classics 0708582), cette formation nous a gratifiés en 2008 d’une sensationnelle version du chef-d’œuvre chambriste absolu de Schubert, son Quintette en ut majeur pour deux violons, alto et deux violoncelles D. 956, et dont les références sont rappelées ci-dessus, à juste titre. Le réitère son exploit avec un double CD consacré aux trois derniers quatuors à cordes du compositeur viennois.

Basé à Berlin, le Quatuor Artemis a été fondé en 1989 à la Musikhochschule de Lübeck, et est aujourd’hui reconnu comme l’un des plus grands quatuors mondiaux. Parmi leurs mentors on compte notamment Walter Levin, Alfred Brendel, le quatuor Alban Berg, le Juilliard Quartet et le Quatuor Emerson. Conjointement à leur carrière de concert, les quatre musiciens sont professeurs à l’Universität der Künste (Université des Arts) de Berlin et à la Chapelle Musicale Reine Elisabeth de Bruxelles.

vénérait Beethoven, et il s’est attaché à léguer un héritage musical digne de son modèle. C’est peut-être dans sa musique de chambre, et surtout ses derniers quatuors et son quintette à cordes, qu’il a confié le plus intime de sa personnalité : si Beethoven, dans ses dernières œuvres dont ses ultimes quatuors à cordes, questionnait sur le sens de l’existence et la condition humaine tout en bâtissant son glorieux édifice musical, Schubert, lui, était plutôt tourné vers la confidence intime de sentiments souvent issus de la douleur, la mélancolie, la nostalgie, mais toujours avec une tendre pudeur, ce qui ne l’empêchera d’ailleurs pas, dans son ultime Quatuor à cordes n°15 en sol majeur, d’exploser en moments de révolte agressive peu communs. Par là-même, il s’adresse humainement à chacun de nous en nous touchant directement, dans une gamme de sentiments des plus subtilement variés.

Si Schubert se sentait particulièrement à l’aise dans la forme musicale si exigeante du quatuor à cordes, c’est qu’il l’avait pratiqué en famille dès sa prime jeunesse en tant qu’altiste, entouré de son père et de ses deux frères aînés. Toutefois, sans qu’il faille renier ses premières compositions dans ce domaine, ce n’est vraiment qu’à partir du Quatuor n°12 en ut mineur, le fameux Quartettsatz (Mouvement de Quatuor, 1820), au dramatisme passionné, dense et vigoureux, que se révèle le véritable génie personnel du compositeur.

Composés ensuite coup sur coup en 1824, les Quatuors à cordes n°13 en la mineur D. 804 (op. 29) « Rosamonde », d’une profonde mélancolie (la fameuse « Sehnsucht » du romantisme germanique), et n°14 en ré mineur D. 810 « La Jeune Fille et la Mort », au dramatisme souvent tragique, reprennent en leur mouvement lent des thèmes de compositions antérieures éponymes de Schubert en les métamorphosant, comme pour affirmer leur place essentielle dans son œuvre. Mais ces deux chefs-d’œuvre ont dans l’esprit de Schubert une autre fonction : « Je veux de cette façon me frayer la voie vers la symphonie », écrira-t-il en mars 1824 (il s’agit évidemment en l’occurrence de la Symphonie n°9 en ut majeur D. 944 « La Grande » de mars 1828). Ils prépareront également la voie royale au dernier et suprême chef-d’œuvre du genre, le Quatuor à cordes n°15 en sol majeur D. 887 (op. posth. 161) de 1826, de dimensions véritablement symphoniques.

Interpréter les quatuors à cordes de Schubert – comme d’ailleurs ceux de Beethoven – implique les plus hautes exigences artistiques de la part des exécutants, et leur ensemble doit se situer constamment au niveau des plus grands. Le jeune Quatuor Artemis répond admirablement à ces exigences, et les exécutions proposées témoignent à coup sûr qu’il est de la race de ses plus illustres prédécesseurs, non seulement par la transparence et la fraîcheur spontanée de leurs interprétations, mais également par leur juste densité, quand l’une ou l’autre sont nécessaires. Si cette formation envisage l’intégrale des quatuors de Schubert, elle risque bien d’être l’une des plus parfaites qui nous aient été proposées ; si elle s’en tient à ces seules réalisations schubertiennes, on ne peut de toute façon qu’applaudir à leur perfection.

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Franz Schubert (1797-1828) : Quatuors à cordes n°13 en la mineur, D. 804 (op. 29) « Rosamonde » ; n°14 en ré mineur, D. 810 « La Jeune Fille et la Mort » ; n°15 en sol majeur, D. 887 (op. posth. 161). Quatuor Artemis (Natalia Prischepenko, Gregor Sigl, violons ; Friedemann Weigle, alto ; Eckart Runge, violoncelle). 1 double CD Virgin Classics 6025122. Code barre : 5099960251220. Enregistré entre le 27 mai et le 8 juillet 2009 à la Siemens-Villa Berlin. DDD. Notices trilingues (anglais, allemand, français) excellentes. Durée : 78’23, 51’35.

Franz Schubert (1797-1828) : Quatuor à cordes n°12 en ut mineur, D. 703 « Quartettsatz », avec son Andante (Fragment) ; Quintette en ut majeur pour deux violons, alto et deux violoncelles, D. 956 (op. 163). Quatuor Artemis (Natalia Prischepenko, Gregor Sigl, violons ; Friedemann Weigle, alto ; Eckart Runge, Truls Otterbech Mørk, violoncelles). 1 CD Virgin Classics 5021132. Code barre : 5099950211326. Enregistré du 26 au 30 août 2007 au Teldex Studio Berlin. DDD. Notices trilingues (anglais, allemand, français) excellentes. Durée : 62’50.

 
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