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Thibaut de Champagne et les rois poètes

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Thibaut de Champagne (1201-1253). Le Chansonnier du roi, Amour courtois et chevalerie au XIIIe siècle. Alla Francesca : Vivabiancaluna Biffi, vièle ; Pierre Bourhis, chant et voix parlée ; Michaël Grébil, luth, cistre, percussion ; Brigitte Lesne, chant, harpe-psaltérion, harpe médiévale, percussion, Emmanuel Vistorky, chant. 1 CD Aeon-Outhere AECD 1221, code barre 3 760058 360217. Enregistré à l’Église Évangélique allemande de Paris du 18 au 21 octobre 2011. Notice en français et anglais. Durée totale : 63’58’’.

 

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Personnage intéressant que , ce roi de Navarre, qui fut aussi poète et trouvère dans la première moitié du XIIIe siècle. Il faut dire que sa lignée princière l’a fait naître dans un bouillonnement artistique remarquable pour l’époque. Fils de Thibaut III de Champagne et de Blanche de Navarre, il est le petit-fils de Marie de Champagne et l’arrière petit-fils d’Aliénor d’Aquitaine, qui furent toutes deux de grandes protectrices de la poésie et des arts. N’oublions pas qu’Aliénor était elle-même la petite-fille de Guillaume IX d’Aquitaine, qui n’est autre que le plus ancien des troubadours connus et fit école tant en France qu’en Angleterre. Au début du XIIIe siècle, la Champagne était considérée comme une terre d’élection pour la littérature et la poésie en langue d’oïl. Le prince a laissé une soixantaine de chansons conservées dans pas moins de trente-deux manuscrits, qui attestent de l’estime dans laquelle on tenait ses œuvres. Il est d’ailleurs fréquemment cité dans les Grandes Chroniques de France et Dante lui-même le classe parmi les « poètes illustres » dans son De vulgari eloquentia. Son style fait l’admiration des spécialistes de la littérature médiévale par une langue épurée et un jeu permanent sur les rimes et la métrique.

Si l’on ne peut transposer la maxime soixante huitarde « Faite l’amour pas la guerre », il est certain que ce seigneur, qui figurait parmi les plus puissants de son époque, était un guerrier farouche. Très jeune chevalier, Thibaut participa à la bataille de Bouvines en 1215, puis mena une vie politique pour le moins mouvementée, faite d’alliances, d’allégeances et de ruptures selon les règles de la féodalité. Il conduisit aussi la VIe croisade (1239-1240) avant de guerroyer aux côtés de Saint Louis. Mais au point de vue poétique, hormis quelques chansons de croisade, c’est l’amour qui inspire la plupart de ses textes, naturellement adressés à la dame de ses pensées (que certains ont dit être la reine Blanche de Castille après qu’il se fut rebellé contre elle du temps de sa régence), ainsi qu’une profonde dévotion la Vierge Marie.

On ne peut que louer que patient travail de recherche et de reconstitution d’ car les manuscrits sont pour le moins elliptiques quant à la musique et les indications mélodiques largement incomplètes, d’autant plus qu’il s’agit davantage d’un répertoire poétique que musical. Le travail sur les sources est aussi périlleux que fondamental car les notations musicales de l’époque exigent une grande part d’interprétation et l’on ne sait que très peu de choses sur la façon de chanter des trouvères. On sait qu’au XIIIe siècle, la notation de la monodie profane se rapproche de celle du plain chant liturgique. La notation dite carrée sur des portées de quatre lignes a succédé aux diverses formes d’écriture neumatiques pour une précision relative quant au phrasé et à l’ornementation mélodique, mais les indications rythmiques restent vagues.

Il s’agit donc de propositions où l’improvisation instrumentale prend une bonne part et les interprétations (au sens propre) des musiciens ne peuvent qu’être pétris d’humilité face à des textes dont la langue nous est aujourd’hui bien éloignée. D’ailleurs pour une bonne compréhension, les poèmes de ce chansonnier nécessitent une (belle) traduction que l’on doit à la plume d’Anne Paupert. Dans son texte d’introduction, justifie l’accompagnement instrumental improvisé et parle d’un tableau imaginaire de l’œuvre de .

s’efforce de restituer la dramaturgie des textes selon une belle réussite en traitant les dialogues à plusieurs voix. C’est ainsi que et délibèrent de la survie de l’amour après la mort dans le rare débat mixte Dame, merci, une rien vos demant (Dame, de grâce, je vous demande une chose). On trouve même une parole libre avec une veine satirique dans En talent ai que je die (j’ai bien envie de dire), de Hue de la Ferté, à deux voix masculines. Dans le registre plus léger de la pastourelle, avec l’Autrier par la matinée (l’autre jour au matin) une bergère résiste aux assauts amoureux d’un chevalier et , le narrateur de J’aloie l’autrier errant (Je me promenais l’autre jour), travestit sa voix pour interpréter tous les personnages.

Les instrumentistes ne sont pas en reste et l’on apprécie au plus haut point les doux entrelacs aux parfums orientaux improvisés de la vièliste et du luthiste , en soutien et en prolongement des monodies chantées.

Ce disque d’un abord a priori difficile est une belle réussite et l’on y revient avec un plaisir à chaque fois augmenté.

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Thibaut de Champagne (1201-1253). Le Chansonnier du roi, Amour courtois et chevalerie au XIIIe siècle. Alla Francesca : Vivabiancaluna Biffi, vièle ; Pierre Bourhis, chant et voix parlée ; Michaël Grébil, luth, cistre, percussion ; Brigitte Lesne, chant, harpe-psaltérion, harpe médiévale, percussion, Emmanuel Vistorky, chant. 1 CD Aeon-Outhere AECD 1221, code barre 3 760058 360217. Enregistré à l’Église Évangélique allemande de Paris du 18 au 21 octobre 2011. Notice en français et anglais. Durée totale : 63’58’’.

 
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