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Henri Rabaud imposant et attachant

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Henri Rabaud (1873-1949) : Symphonie n°2 en mi mineur, op. 5 ; La Procession Nocturne, op. 6 ; Églogue, op. 7. Orchestre Philharmonique de Sofia, direction : Nicolas Couton. 1 CD Timpani 1C1197. Code barre : 3377891411971. Enregistré du 4 au 6 mai 2012 au Bulgaria Hall de Sofia. DDD. Notices bilingues (français, anglais) excellentes. Durée : 64’36

 

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Le temps n’est pas si lointain où n’était connu que par sa Procession Nocturne (1910), même si ce beau poème symphonique fut – et d’ailleurs est toujours – pratiquement absent des programmes de concert. Dès mai 1928, Rabaud lui-même nous en avait légué une magnifique gravure 78 tours pour la Columbia française, mettant en évidence ses talents de chef d’orchestre, mais malheureusement entachée de deux brèves coupures, tandis qu’en janvier 1933, Albert Wolff nous la livrait complète chez Polydor – France (Timpani 4C4024). Le grand Dimitri Mitropoulos fut loin de bouder la partition, en lui consacrant chez CBS, en janvier 1950, une exécution d’une éloquence irrésistible à fleur de peau (Forgotten Records fr 693).

Alors que ses délicieux ouvrages lyriques tels que Mârouf, Savetier du Caire (1914) et Le Jeu de l’Amour et du Hasard (1948) étaient totalement oubliés, des esprits bien-pensants qui n’auraient jamais pu aligner cinq notes d’affilée de ces œuvres, décrétaient académique cette musique, façon lapidaire bien pratique d’en éviter toute analyse approfondie… Heureusement, de grands chefs comme Pierre Dervaux (EMI), Armin Jordan (Erato-Warner) et Leif Segerstam (Marco Polo) prirent la relève au temps de l’enregistrement stéréophonique, et Mârouf bénéficia même de deux enregistrements intégraux (Pierre-Michel Le Conte en 1964, et Jésus Etcheverry en 1976), alors que le Ballet de l’Acte III eut l’honneur du disque à plusieurs reprises.

C’est dire que la publication Timpani sous rubrique vient à point nommé pour compléter le portrait d’un compositeur qui, s’il est illusoire de le placer sur le même piédestal que ses compatriotes Debussy, Ravel ou Roussel, fait partie de l’imposante cohorte de musiciens sincères et inspirés, connaissant admirablement leur art, sachant bien dire ce qu’ils ont à dire, et sans lesquels le monde musical serait singulièrement appauvri. Une oreille un tant soit peu exercée constatera immédiatement que l’art d’, tout au contraire d’être académique, nous révèle une personnalité particulièrement attachante, qui s’affirme dès son obtention du Premier Prix de Rome en 1894. Les pages proposées ici datent d’ailleurs toutes de cette période.

La révélation de ce disque est évidemment le premier enregistrement mondial de la Symphonie n°2 en mi mineur op. 5 (1897) qui fait partie des envois de Rome et qui fut créée le 12 novembre 1899 sous la baguette d’Édouard Colonne. Plus qu’à César Franck, cette imposante partition de trois-quarts d’heure doit à Saint-Saëns et surtout au modèle beethovenien son expression particulièrement élaborée et sa structure en quatre mouvements traditionnels. Après un premier mouvement Allegro moderato assez répétitif, vient le cœur de l’ouvrage, un magnifique Andante d’un recueillement méditatif, suivi d’un Allegro vivace faisant office de scherzo, où se révèle toute la personnalité et la science orchestrale du compositeur. Un Finale particulièrement élaboré conclut l’œuvre, comme le dit très justement Jacques Tchamkerten dans son admirable analyse, « dans la lumière enfin conquise ».

La Procession Nocturne op. 6 (1898) et l’Églogue op. 7 (1895), plus modestes quant à leur dimension, encadrent directement dans le temps l’imposante Symphonie n°2. Inspirée des Bucoliques de Virgile, l’Églogue est une ravissante pastorale sans prétention où l’on retrouve l’évidente influence du professeur de composition de Rabaud, son maître vénéré Jules Massenet. Quant à La Procession Nocturne, nettement plus personnelle tout en étant influencée par le Parsifal de Wagner, c’est encore Édouard Colonne qui lui suggéra cet épisode du Faust de Nikolaus Lenau.

De la part du jeune chef français et de l’, on ne pouvait rêver de plus d’enthousiasme dans l’exécution de ce programme Rabaud, surtout de l’ample et exigeante Symphonie n°2 (violon solo Halina Hristova et hautbois magnifiques), et l’Églogue a des raffinements poétiques ravissants admirablement mis en valeur. La Procession Nocturne se déploie avec tout le panache requis, mais ici la concurrence est rude, avec notamment Rabaud lui-même, mais aussi Armin Jordan et Leif Segerstam qui prennent amplement le temps d’exalter le mysticisme extatique « parsifalien » de la partition (respectivement 15’11 et 16’41), alors que traverse l’œuvre en 13’59, avec des cuivres trop pressés qui ne décollent guère dans la procession proprement dite, et un Finale Molto più lento trop expéditif. La prise de son d’un certain Mihaïl Dichev, opaque et qui noie les bois dans les tutti par manque de transparence (surtout audible au casque), notamment dans la symphonie, n’arrange guère les choses, fait étonnant de la part de Timpani qui nous a très souvent habitués à mieux. Néanmoins, malgré ces légères réserves, ce disque est absolument essentiel dans l’approfondissement de l’œuvre d’un musicien-artisan français à ne pas oublier.

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Henri Rabaud (1873-1949) : Symphonie n°2 en mi mineur, op. 5 ; La Procession Nocturne, op. 6 ; Églogue, op. 7. Orchestre Philharmonique de Sofia, direction : Nicolas Couton. 1 CD Timpani 1C1197. Code barre : 3377891411971. Enregistré du 4 au 6 mai 2012 au Bulgaria Hall de Sofia. DDD. Notices bilingues (français, anglais) excellentes. Durée : 64’36

 
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