La Scène, Spectacles divers

Amour d’une jeune femme selon Tamasaburo Bando

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Paris, Théâtre du Châtelet, 16-II-2013. Le Pavillon aux Pivoines, opéra classique chinois Kunqu d’après l’œuvre de Tang Xianzu (1550-1616). Mise en scène : Tamasaburo Bando ; Décors : Go Maeda, Lumières ; Tomoya Ikeda. Avec : Tamasaburo Bando (Du Liniang), Yu Jiu Lin (Liu Mengmei), Shen Guo Fang (Flagrance, suivante de Du Liniang), Tang Rong (Le juge Hu), Tao Hong Zhen (La nonne taoïste), Zhu Hui Ying (la mère de Du Liniang), Lü Fu Hai (Le Dieu des rêves). Musiciens de la trope de l’Opéra-Théâtre Kunqu de Suzhou-Jiangsu.

Forme très ancienne de théâtre traditionnel, le Kunqu se qualifie d’opéra de par ses chants et danses accompagnés de musique. Né au 15e siècle, cet art est élevé en 2001 au rang du patrimoine mondial culturel de l’Unesco. Avec la troupe de l’Opéra-Théâtre Kunqu de Shuzhou-Jiangsu (sud-est de Chine), le maître de Kabuki , nommé l’année dernière « trésor national vivant » dans son pays, au Japon, réinvente Le Pavillon aux Pivoines, pièce très populaire du répertoire et certainement la plus connue dans le monde.

La déclamation très particulière, avec des voix extrêmement aiguës, la musique toujours à l’unisson, les costumes parfois extravagants, les mouvements du corps attachés au sol… la tradition de l’opéra chinois semble totalement à l’opposé de celle de l’Occident, et en raison de ces « bizarreries », nombre de personnes pensent qu’il est difficile à comprendre. Mais est-il vraiment si différent ? En fait, on peut trouver de nombreux parallèles avec l’opéra baroque occidental. La voix aiguë pour la déclamation, appliquée aux personnages jeunes et nobles, dans la plupart des cas les héros de la pièce, ne s’approche-elle pas de la notion de castrat ? Les costumes aux couleurs vives, très ornés, souvent associés à des masques (pour les dieux et esprits) sont similaires à ceux de l’opéra baroque. Si les mélodies sont toujours doublées à l’unisson par des instruments à cordes ou à vent, la notion de polyphonie, ou même d’harmonie, intervient dans le rythme et dans l’intensité sonore des percussions. La danse dans le Kunqu est assez calme, de même que la musique, mais insiste sur l’élégance du mouvement, les détails dans le regard ou dans l’attitude de la main, comme le ballet à l’époque de Louis XIV se souciait entre autres de l’élégance du port des bras ou des mains. Et l’alternance du parlé et du chanté se réfère à l’opéra-comique, né à cette période…

réétudie à fond cette tradition vieille de 6 siècles, réintroduit le rôle féminin interprété par un homme, disparu au début du 20e siècle – il joue lui-même l’héroïne Du Liniang, une jeune fille de 16 ans éperdument amoureuse du jeune homme qu’elle a vu dans un rêve et pour lequel elle meurt. Avec les musiciens du Théâtre, il effectue également un important travail de réadaptation de la correspondance entre musique et théâtre. A ce propos, le maître raconte dans une interview : « Le Kinqu possède sa propre forme, et les membres de la troupe n’en étaient pas très conscients, ou peut-être n’en avaient-ils pas vraiment compris le processus de formation. Nous avons donc commencé par décoder toutes les formes les unes après les autres.

Au bout de huit années de gestation et de travail concret, cette nouvelle version du Pavillon aux Pivoines, contenant les 9 tableaux fondamentaux au lieu de 55, a enfin vu le jour et remporté immédiatement un franc succès dans plusieurs villes chinoises (dont Shanghai lors de l’Exposition universelle) et à Tokyo. Les représentations parisiennes au Théâtre du Châtelet, du 10 au 16 février dernier, ont constitué les premières européennes.

Tamasaburo (appelons-le par son prénom comme le font avec affection les Japonais), né en 1950, est d’une élégance indicible dans la peau de cette jeune fille de 16 ans. De ses gestes émane une grâce évoquant la féminité idéale. Sur le plan de la déclamation et du chant, c’est également parfait : lui qui ne connaît pas un seul mot de chinois a appris tout à l’oreille et prononce comme un Chinois. Yu Jiu Lin, dans le rôle de Liu Mengmei (l’amoureux de la belle Liniang) dégage toute la fraicheur voulue, Shen Guo Fang, qui joue Flagrance, la suivante de Liniang, est admirable dans l’expression de son dévouement envers sa maîtresse. Le caractère d’autres personnages plus ou moins surnaturels, comme Dieu Amour, la nonne taoïste ou le juge Hu (gardien du 10e cercle des Enfers), est très précisément rendu, ce qui donne une grande clarté à l’histoire.

Ces acteurs et les musiciens de la troupe, de concert avec Tamasaburo Bando, ont transformé ces représentations en un événement phare de la saison musicale de la capitale. On ne peut que les féliciter de la qualité hors pair de leur art et de leur professionnalisme.

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Paris, Théâtre du Châtelet, 16-II-2013. Le Pavillon aux Pivoines, opéra classique chinois Kunqu d’après l’œuvre de Tang Xianzu (1550-1616). Mise en scène : Tamasaburo Bando ; Décors : Go Maeda, Lumières ; Tomoya Ikeda. Avec : Tamasaburo Bando (Du Liniang), Yu Jiu Lin (Liu Mengmei), Shen Guo Fang (Flagrance, suivante de Du Liniang), Tang Rong (Le juge Hu), Tao Hong Zhen (La nonne taoïste), Zhu Hui Ying (la mère de Du Liniang), Lü Fu Hai (Le Dieu des rêves). Musiciens de la trope de l’Opéra-Théâtre Kunqu de Suzhou-Jiangsu.

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