Éditos

De l’audace, encore moins d’audace, toujours moins d’audace

 

Après l’assez peu aventureuse programmation de Salzbourg, festival qu’on a connu plus audacieux, l’été on-ne-peut-plus conventionnel prévu pour Aix-en-Provence, l’Opéra national de Paris a dévoilé sa saison depuis quelques jours. Et la chute est d’autant plus rude…

Exit la création contemporaine : rien n’est prévu. Aucune reprise non plus, ni des oeuvres créées in loco ces dernières années (au moins nous n’auront pas droit à un Fénelon de plus) ni des grandes créations faites sur ce début de millénaire : Alice in Wonderland d’Unsuk Chin, A Dog’s Heart d’Alexander Raskatov, The Minautor de Harrisson Birtwistle, Pinocchio de Jonathan Dove, etc. Aucune de ces réussites lyriques, produites par les plus grandes scènes européennes (Munich, Amsterdam, Londres) ne fera le détour par Paris. Le XXe siècle ne sera pas à la fête non plus : seul Leoš Janáček, devenu depuis quelques temps un classique, le représentera. Britten, pourtant compositeur majeur d’opéras du siècle dernier, est absent, malgré son centenaire très discrètement fêté. A propos de centenaire, il y a aussi celui de Maurice Ohana dont l’unique opéra « traditionnel », La Célestine, a été créé à Paris il y a 25 ans. Et jamais repris. Et toujours à propos d’anniversaire, Jean-Philippe Rameau (dont on fêtera le 250e anniversaire de la mort en 2014) sera aux abonnés absents.

L’originalité viendrait-elle du répertoire français ? Non plus : Alceste de Gluck, Werther de Massenet, et c’est tout. Alors des mises en scènes ? Robert Carsen, Olivier Py, Andrei Serban, Benoît Jacquot et Robert Wilson sont littéralement des artistes en résidence. Des raretés ? Un petit peu, car La Fanciulla del West ou I Capuletti e i Montecchi ne sont pas si souvent donnés. Mais ce ne sont pas non plus des opéras inconnus. Pour le reste, si on se réfère au site Opérabase, les opéras donnés à Paris en 2013/2014 seront parmi les plus représentés au monde : La Traviata (n°1), La Bohème (n°2), La Flûte enchantée (n°4), Madame Butterfly (n°7), Cosi fan tutte (n°11), etc. Quant à la multiplication des concerts symphoniques – huit au total, contre trois ou quatre avant – on peut logiquement en douter de la pertinence : l’offre symphonique à Paris est pléthorique. Et seront programmés des « chevaux de bataille » comme la Symphonie n°2 de Mahler, la Symphonie n°9 « La Grande » de Schubert (fautivement désignée comme « n°8 » dans le programme officiel) ou le Concerto pour piano n°3 de Rachmaninov. Quant aux concerts du choeur, pourtant désirés par Patrick-Marie Aubert, il n’y en aura pas.

Certes Aida méritait de revenir à Paris en dehors des superproductions de Bercy ou du Stade de France. Certes une programmation ne doit pas perdre de vue de capter son public, et donc de présenter assez de titre « accrocheurs ». Certes il faut « rassurer » ce même public par des metteurs en scène dont on peut prévoir une lecture assez « sage » des oeuvres. Mais cela doit-il absolument nous priver d’audace ? Les opéras de province, aux moyens bien plus modestes (de 3 à 30 millions d’euros de budget, contre 200 millions pour Paris) font preuve de plus d’inventivité.

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