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Argerich et Abbado : la légende à Pleyel

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Paris. Salle Pleyel. 14-IV-2013. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Concerto pour piano et orchestre n°1 en ut majeur Op.15. Felix Mendelssohn (1809-1847) : Symphonie n°3 en la mineur op.56 « Ecossaise ». Martha Argerich, piano. Mahler Chamber Orchestra, direction : Claudio Abbado.

Incontestablement le duo composé de et de fait partie de la légende musicale des cinquante dernières années. C’est d’ailleurs à l’évidence ainsi que le public qui avait rempli à ras bord la Salle Pleyel a accueilli ces deux artistes et salué par d’instantanées standing ovations leur prestation sitôt la dernière note éteinte. Comme le rappelait le programme délicieusement vintage c’est le 12 novembre 1969 qu’eut lieu le premier concert parisien de ces deux artistes qui, s’ils se produisirent de nombreuses fois séparément dans la capitale, n’avaient jusqu’ici pas eu l’occasion de rejouer ensemble. C’était donc, en cette soirée d’avril, « seulement » le deuxième concert parisien de ce duo, occasion finalement rare et quasi historique.

Le programme choisi était on ne peut plus classique et tout aussi printanier que ce dimanche ensoleillé puisqu’on put y entendre le Concerto pour piano n°1 de Beethoven et la Symphonie « Écossaise ». de Mendelssohn. Le choix d’un effectif réduit basé sur les trente et une cordes du très international pouvait présenter un risque qui fut joliment maîtrisé par le chef et ses instrumentistes, même s’il retira sans doute une partie de son ampleur à la symphonie.

Mais avant d’en arriver là c’était bel et bien l’opus 15 de Beethoven qui resplendit du bout de la baguette précise et souple du chef mais surtout sous les doigts décidés de la pianiste, car il faut bien l’avouer, nous avons eu le sentiment que avait volé, en tout bien tout honneur, la vedette à son compère italien tant elle nous parut porter et transporter l’expressivité du concerto plus franchement que . Mais dans cette oeuvre de 1795, l’équilibre piano orchestre n’est pas encore celui de « L’Empereur » et ce choix expressif ne constitue nullement un handicap à condition que la pianiste assume. Et elle le fit avec son immense talent mais aussi avec toute son expérience, ce qui lui permit de rendre inoffensives les quelques petites hésitations digitales qui parsemèrent son jeu ce soir. Ce qui prouve une fois de plus que l’inspiration musicale prime toujours sur l’infaillibilité mécanique, cette dernière ne faisant jamais de la vraie musique. Car Martha Argerich donna du corps et une intensité à son jeu qui fit merveille dans l’Allegro con brio, en même temps que la motricité n’y était jamais mise en défaut, réussissant un premier mouvement sans doute proche de l’idéal. Rejointe par les solistes de l’orchestre, en particulier la clarinette et le basson d’ et de Laurent Lefèvre, la pianiste instaura un dialogue qui se développa tout au long du Largo avec un parfait équilibre avant que soit joyeusement lancé le Rondo final, a tempo dès l’énoncé du thème au piano, qui, s’il fut vif à souhait, donna un peu l’impression que tout était presque dit dès le début. Mais c’était tellement bien dit; ce qui souleva la salle de son siège pour applaudir le chef et son orchestre mais sans doute plus encore la pianiste qui dut revenir de nombreuses fois avant d’offrir au public un bis extrait des Fantaisiestücke op.12 de Schumann, qu’elle lança dans le brouhaha de plus d’un millier de personnes essayant de se rassoir en urgence.

Si nous n’avons pas détaillé l’accompagnement orchestral de Claudio Abbado dans le concerto, c’est qu’il y fut sans histoire, parfaitement dosé, d’une élégance discrète qui permit à la pianiste de s’exprimer pleinement. Il marqua plus nettement son territoire dans la symphonie de Mendelssohn qui suivit, creusant les contrastes, donnant à chaque mouvement sa couleur spécifique en conservant à l’ensemble une cohérence sans faille, faisant jouer ses pupitres avec une précision toute mendelssohnienne quasi idéale. Si cela a donné un fort belle interprétation, elle ne nous a pas complètement emporté dans l’enthousiasme général. Et sans doute pour deux « détails », l’un étant la retenue dynamique parfois au-delà du pianissimo qui frôla sinon atteignit la rupture du flux musical, l’autre étant sans doute due aux limites de l’effectif orchestral qui empêcha de distinguer les passages ff des sommets expressifs marqués fff réduisant à nos oreilles la puissance expressive de cette magnifique symphonie. Ce qui n’empêcha pas le public d’exploser de bonheur après cette interprétation ensoleillée qui ne fut pas suivie du bis manifestement espéré.

Crédit photographique : Martha Argerich (c) DR ; Claudio Abbado et Martha Argerich – DGG 1967

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Paris. Salle Pleyel. 14-IV-2013. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Concerto pour piano et orchestre n°1 en ut majeur Op.15. Felix Mendelssohn (1809-1847) : Symphonie n°3 en la mineur op.56 « Ecossaise ». Martha Argerich, piano. Mahler Chamber Orchestra, direction : Claudio Abbado.

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