Banniere-clefsResMu728-90

Lyon : Festival Chœurs en printemps

Festivals, La Scène, Musique d'ensemble

Lyon. Chapelle Paul Couturier. 16-IV-2013. Roland de Lassus (1532-1594) : 3 pièces à 4 et 5 extraits des Prophetiae Sibyllarum ; Carlo Gesualdo (vers 1560-1613) : Repons du Vendredi Saint ; Jakob Handl – Gallus (1550-1591) : 9 motets, extraits des livres I et II de l’Opus Musicum. Ensemble Musica Nova, direction : Lucien Kandel.

Depuis quelques années, l’Institut de Musique Sacrée de Lyon propose, au printemps, un festival de musiques ancienne et contemporaine avec des artistes confirmés, des jeunes du CNSMD de Lyon et des amateurs « éclairés » formés par ses soins.

Le premier concert de la session 2013 était assuré par Musica Nova, ensemble de musique ancienne fondé et dirigé par . En concert ou au disque, la qualité musicologique et musicale de leur travail est exemplaire. Leurs trois années de résidence à Royaumont ont abouti au CD Missa Prolationum d’Ockeghem. Presque une reconstruction de cette œuvre dont seules deux parties sur quatre étaient écrites !

Ce concert Ombre et Lumière s’est déroulé dans une chapelle peu connue des lyonnais. Restauré superbement, ce lieu à l’acoustique claire convenait parfaitement au petit effectif de Musica Nova.

était le premier compositeur du programme avec trois motets de pénitence, d’une polyphonie vivante, expressive. Une grande homogénéité vocale n’empêche pas une belle lisibilité du discours de chaque voix. La discrète battue de est attentive. Les quatre Prophéties des Sybilles sont tirées d’un recueil qui en comprend douze. Les nuances sont belles, l’interprétation colle au texte. Bref, cette musique n’est jamais ennuyeuse.

Suivent deux Repons du Vendredi Saint à 6 de Gesualdo. Atmosphère très différente, plutôt en demi-teinte. Sur un texte poignant, l’interprétation de Musica Nova n’est pas assez douloureuse. L’acoustique est sans pitié pour les chanteurs : la justesse de l’ensemble vacille dans Jesum tradidit impius.

est, sans aucun doute, le moins connu des compositeurs du programme. Né à Ribnica en Slovénie, formé à Rome et au monastère cistercien de Sticna, il fut maitre de chapelle à Olomouc et mourut à Prague. Bizarrement, il porta plusieurs noms ou pseudonymes. Son Opus Musicum, composé de 4 livres de messes, édité de 1586 à 1591, comprend 374 motets. Disposant d’effectif suffisant, il composa souvent pour 6, 8 et 12 voix. Et c’est cette polyphonie qui constitue la seconde partie du concert. Le Miserere mei deus à 6 est superbement chanté avec un vrai plus : la voix de qui ressort…agréablement. Une démonstration ! Les pièces suivantes sont en écho. On n’est pas encore à Venise mais ça y ressemble… Le Christus surrexit à 6, d’influence tchèque, n’est pas assez jubilatoire. Dans le Jesu nostra redemptio pour voix égales, Musica Nova restitue fort bien une ambiance sombre, tendue, mais vivante. Sans nul doute, la plus belle pièce du concert. L’Alleluia cantate Domino à 12 termine le concert : une dentelle de joie. Les spectateurs conquis par cette musique ancienne et par l’interprétation de Musica Nova ont longuement applaudi ce premier concert du Festival Chœurs en Printemps.

Le second concert Deo Gratias Anglia était donné par l’ensemble Céladon. Au programme, des pièces plus ou moins liturgiques en latin et des carols. Un mélange sacré-populaire très bien servi par ce trio : deux soprano et un contre-ténor. Celui-ci, , a impressionné l’auditoire par son timbre, sa puissance et son sens artistique expressif. Dommage que l’assistance ait été peu nombreuse.

Deux autres concerts ont suivis : d’abord deux formations de l’IMSL et, ensuite, en l’église Saint Bruno des Chartreux, les classes de chant, de continuo, de luth, de saqueboute et de cornet du CNSMD de Lyon. Le lieu a magnifié les prestations de ces jeunes et excellents artistes. On les retrouvera bientôt dans des ensembles professionnels pour le plus grand plaisir des auditeurs.

Oui, la musique ancienne est belle, surtout quand elle est bien servie par ses interprètes. Elle n’est pas ennuyeuse, elle vaut le détour. Alors, rendez-vous au prochain concert ?

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.