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Transitions : du classicisme au romantisme

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Jan Ladislav Dussek (1760-1812) : Sonate en fa dièse mineur op. 61 « Elégie Harmonique sur la mort de son Altesse Royale le Prince Louis Ferdinand de Prusse » ; Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Sept Bagatelles, op. 33, Sonate n° 32 en ut mineur, op. 111 ; Félix Mendelssohn (1809-1847) : Variations sérieuses en ré mineur, op. 54. Olga Pashchenko, pianoforte. 1 CD Fuga Libera. Réf : FUG 598 ; Enregistré du 1er au 3 août 2011 à Schloss Kremsegg (Kremsmünster, Autrich). Code barre : 5 400439 005983. Livret en anglais et en français. Durée totale : 77’05.

 

Ce disque regorge de surprises. Le programme, qui rassemble des œuvres représentatives servant de transition entre deux grandes périodes de l’histoire de la musique, classique et romantique, transmet des idées musicalement révolutionnaires qui bouillonnent sous une structure formelle plus ou moins rigoureuse. Dans ce sens, la Sonate « Elégie harmonique » que Dussek écrivit de 1806 à 1807 – à la fin d’une série de 35 sonates pour clavier solo – est à elle seule un trésor. La tonalité de fa dièse mineur, rare à l’époque, est la même que la Symphonie « Les Adieux » de Haydn ; construite en deux mouvements seulement, cela préfigure la dernière Sonate de Beethoven, qui se trouve également dans cet enregistrement. L’introduction du mouvement initial est remplie de modulations audacieuses, et le second mouvement, de chromatismes tout aussi inattendus. Ils rivalisent avec des idées beethoveniennes, tout en restant plus classique sur le traitement de matériel. Pour les Bagatelles, c’est l’idée de « pièces de caractère » si chères aux romantiques qui prévaut, tandis que Mendelssohn cherche, dans les Variations sérieuses, la rigueur de Beethoven (toujours !) et de Bach (l’une des variations est un choral), dans cette forme virtuose qui faisait rage au début du 19e siècle.

La pianiste russe – née en 1986 à Moscou – encore très peu connue en France, utilise deux pianofortes : l’un construit en 1812 par Donat Schöfftos (gendre d’Anton Walter), et l’autre, en 1826, par le célèbre Conrad Graf. Elle affirme les avoir choisis pour leur correspondance au répertoire de cette période. Le premier, avec une sonorité plus claire et ouverte, pour Dussek et les Bagatelles de Beethoven, et le second, plus sobre, et « dense mais aussi très vulnérable » selon la musicienne, pour la Sonate op. 111 ainsi que les Variations sérieuses de Mendelssohn, semblent un bon choix. L’interprétation, qui suggère son affinité avec ces deux instruments, est plus que convaincante, autant sur le plan technique que expressif, dans un subtil mélange de sauvagerie et de délicatesse.

La prise de son laisse modérément la résonnance, tout en faisant entendre les bruits de clavier (surtout sur des notes rapides), évoquant la mécanique de chaque instrument. Ce que nous apprécions grandement.

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