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Variété de Mauricio Kagel par 2e2m

Concerts, La Scène, Spectacles divers

Champigny. Centre Gérard Philippe. 20-IV-2013. Mauricio Kagel (1931-2008): Variété, Concert-spectacle pour artistes et musiciens; mise en scène Karim Sebbar; création lumière, Anne-Marie Guerrero; création vidéo, Michaël Dusautoy. Vincent Lorimy, comédien/jongleur; Julie Tavert, danseuse/acrobate; Fanny Austry, Cascadeuse/magicienne; Damien Droin, danseur/trampoliniste. Ensemble 2e2m: Ghislain Hervet, clarinette/saxophone; Laurent Bômont, trompette; Véronique Briel, piano/orgue électrique; Vincent Limouzin, percussion; Elodie Soulard, accordéon; Frédéric Baldassare, violoncelle; direction Pierre Roullier.

Il y a des affinités électives entre l’univers de Kagel et l’ conduit par qui, après Le Tribun (Pièce pour orateur) au Théâtre de l’Athénée et Mare Nostrum à la Péniche Opéra, renouvelle l’aventure avec le compositeur argentin en donnant Variété, sous-titrée Fantaisie pour quatre acrobates et six musiciens. Il a sollicitié la collaboration du metteur en scène Karim Sebbar pour cette nouvelle production au Centre Gérard-Philippe de Champigny que l’on pourra revoir au Théâtre du Châtelet le 23 mars 2014.

« L’idée de départ pour la composition de ce Concert-spectacle, explique , était d’écrire une musique qui, tout en suivant l’exemple de certains genres traditionnels, expérimente d’autres types de liens entre les numéros d’artistes ». Sa vie durant, le compositeur argentin, précurseur de ce qu’il nomme le « théâtre instrumental » dans les années 60, et menant une réflexion critique sur l’enjeu politique de l’art, n’a cessé de rechercher, en matière de création sonore, des situations nouvelles qui questionnent le public et modifient ses habitudes d’écoute.

Variété, créé à Metz en 1977, est d’abord une partition pour 6 musiciens et onze numéros qui peut être entendue comme morceau de concert. En tant que Concert-spectacle, il pourra accueillir un ou plusieurs artistes de scène, Kagel laissant ici au concepteur du spectacle toute latitude pour accompagner sa musique: «[…] ce que l’on voit apparaître pourrait être décrit comme Musique-Théâtre » précise-t-il.

Le dispositif instrumental ne compte qu’un seul instrument à cordes, le violoncelle, et inclut l’accordéon, l’orgue électrique et un harmonica joué par le percussionniste. L’écriture musicale de Kagel semble emprunter les archétypes de la musique de cirque: pompes du piano, trompette bouchée nostalgique, ligne suave de saxophone, boucles mélodiques: autant de connotations sonores populaires qui s’inscrivent dans un flux émotionnel mais que Kagel conçoit dans une écriture très élaborée et un timbre singulier.

Les onze mouvements font alterner des temporalités très contrastées, du temps très long à la pulsation la plus nerveuse; s’y s’inscrivent les numéros des quatre protagonistes, sur scène au côté de l’orchestre dont on devinera toujours la présence, au sein d’un espace modelé par la création lumière très subtile d’Anne-Marie Guerrero.
Le ton est donné, entre humour, magie et grincement de dent – Kagel oblige – dès « le lever de rideau » (qui s’ouvre sur un autre rideau…), le ressort de la vidéo – celle de Michaël Dusautoy, vertigineuse parfois – permettant ici un trompe-l’oeil très spectaculaire. Après l’intervention un peu étrange du comédien/jongleur Vincent Lorimy, qui reviendra par deux fois lire des poèmes doux-amers de Jacques Prévert et – choix délibéré du metteur en scène – la magie opère entre les deux univers, visuel et sonore. Karim Sebbar fait naître un kaléidoscope de situations/émotions qui nous immergent dans un espace-temps toujours modifié: très poétique et intimiste avec le trampoliniste Damien Droin, plus physique et amusant avec les deux contorsionnistes Fanny Austry et Julie Tavert, tout en panache et en couleur avec la magie de Vincent Lorimy; il y a dans la salle beaucoup d’enfants que ce spectacle tout en facettes et en mouvement fascine tout autant!

Si la présence physique des musiciens sur scène est effacée au maximum, le geste du chef semble parfois se mouvoir en contrepoint avec celui des acrobates. L’, toujours très investi, entretient tout du long une tension de l’écoute vers la musique, aux sonorités parfois bruitées et au « grain » très spécifique, qui reste la trame conductrice sur laquelle se déroule, en surimpression et dans un équilibre bien senti, ce fabuleux spectacle de Variété.

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