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Au TCE, Daniele Gatti divinement inspiré

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 29-IV-2013. Igor Stravinsky (1882-1971) : Petrouchka, version de 1947. Maurice Ravel (1875-1937) : Concerto pour la main gauche ; Daphnis et Chloé, suite pour orchestre n°2. Alexandre Tharaud, piano ; Orchestre National de France, direction : Daniele Gatti

Il est certaines soirées musicales où l’inspiration, telle une déesse protectrice, semble magnifier chaque note. Circulant d’un instrumentiste à l’autre, dispensant ses faveurs au chef d’orchestre comme aux musiciens du rang, elle embellit les phrases et leur donne vie ; grâce à elle, la musique se déroule, limpide, originale, moirée, un miracle qui laisse les spectateurs le souffle court.

Dans la salle aujourd’hui centenaire du théâtre des Champs-Élysées, dès les premières notes de Petrouchka et le dialogue introductif entre les violoncelles et les flûtes, la mystérieuse alchimie est à l’œuvre. La grande netteté rythmique, les sonorités étincelantes de l’orchestre, les imitations de l’orgue de barbarie ou de l’accordéon : tout fonctionne à merveille. L’œuvre est dense, tendue, captivante, dirigée avec la plus grande maîtrise par un tellement énergique qu’il en brise sa baguette de chef. Les quelques accrocs ou décalages – fatals dans une partition aussi complexe – ne rompent jamais le charme, alors que l’entretiennent au contraire les interventions magnifiques des solistes : retenons en particulier les pirouettes du piano, les appels hargneux de la trompette, ou la beauté du son de , premier violon solo.

Après une telle entrée en matière, le Concerto pour la main gauche pouvait-il ne pas décevoir ? Ne nous attardons pas sur la contre-performance d’ : sa mollesse et son imprécision proviennent certainement d’un léger manque de travail – mais qui peut se vanter d’avoir assez travaillé une œuvre qu’une carrière entière ne suffit pas à dominer ! Son afféterie, qu’il pourrait aisément corriger, l’empêche hélas de soigner l’expressivité des nombreux thèmes qui lui sont confiés, dont il escamote le lyrisme à force de mouvements superflus et de poses alanguies. Pour autant, la partie centrale, la plus strictement rythmique, est convaincante. Quant aux qualités de l’orchestre, que la structure de l’œuvre relègue inévitablement au second plan, elles demeurent intactes, et offrent au soliste un appui précieux : s’applique à nouer avec lui un dialogue attentif, qui donne à l’ensemble du concerto beaucoup de cohérence.

Le bis d’, un Prélude pour la main gauche de Scriabine, est une respiration bienvenue ; mais le public est prêt à plonger à présent dans la deuxième suite extraite de Daphnis et Chloé. Celle-ci est conçue tout d’une pièce (elle ne conserve que trois numéros du ballet original), mais la vision qu’en donne l’ est, ici encore, d’une prodigieuse clarté. Il est rare d’entendre des pupitres de cordes jouer d’une manière aussi unie, avec un son aussi chaud et une telle souplesse dans les lignes. Les solistes sont eux aussi à l’honneur : la flûte de la Pantomime est d’une expressivité parfaite. Et c’est ainsi que la Danse générale s’achève sur une triple liesse : celle de Daphnis et de Chloé, dont l’amour triomphe ; celle des musiciens, dont la fierté est palpable ; et celle, non la moindre, du public, qui rarement aura vu un orchestre déployer pour lui tant de couleurs et de sons.

Crédit photographique : Daniele Gatti © NR

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 29-IV-2013. Igor Stravinsky (1882-1971) : Petrouchka, version de 1947. Maurice Ravel (1875-1937) : Concerto pour la main gauche ; Daphnis et Chloé, suite pour orchestre n°2. Alexandre Tharaud, piano ; Orchestre National de France, direction : Daniele Gatti

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