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Richard Wagner et Louis II comme si vous y étiez

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Parsifal et l’Enchanteur. Nicola Montenz. JC Lattes, 299 pages. 19,500€. N° ISBN : 978-2-7096-3950-7. Dépôt légal : janvier 2013.

 

Parmi les multiples éditions qui fleurissent pour célébrer le bicentenaire wagnérien, en voici une, au titre en forme de métaphore, qui devrait intéresser, voire même passionner, tous les admirateurs du maître de Bayreuth, mais aussi ceux qui s’intéressent à ce roi de Bavière au destin tragique, et pourquoi pas aussi aux cinéphiles qui trouveront ici le verso historique de la vision artistique de Luchino Visconti dans son Ludwig ou le Crépuscule des dieux, le célèbre film et le présent ouvrage partageant l’histoire des relations entre Louis II – Parsifal avec son « enchanteur » .

Car c’est bien ces relations qui sont au centre de cet ouvrage. Rien n’a échappé à l’auteur, l’italien Nicola Montenz, qui s’appui sur de nombreuses sources, dûment citées, pour balayer tous les hauts et les bas par lesquels passa le compositeur que l’on voit ici, avec un réalisme sans fard, agir sans scrupules au seul bénéfice de sa propre grandeur et de son « petit » mais exigeant confort. Son gout du luxe apparait clairement en même temps que tous les moyens, pas toujours moralement défendables, qu’il mettait en œuvre pour aboutir à ses fins. Pas plus le souverain bavarois que ses amis ou relations n’échappaient à ses manipulations sinon même à ses sournois chantages. Ainsi le voit-on finalement se brouiller avec à peu près tous ceux qui l’ont approché, admiré et aidé, tel Franz Lizst, dont il épousera la fille après l’avoir volé à Hans von Bulow, sans doute son plus ardent défenseur qui devra avaler bien des couleuvres, jusqu’à son mécène adoré Louis II lui-même, miracle à lui seul qui sauva Wagner littéralement de la ruine sinon plus, qui finira par se lasser des mesquineries et des trahisons du compositeur à son égard.

Très instructif sur le personnage Wagner plus que sur le compositeur dont les œuvres ne sont ici placées qu’en perspective temporelle, le livre nous fait découvrir l’homme mur, débutant son histoire à la fin des années 1850, alors que Wagner est sous le charme de Mathilde Wesendonck et qu’il va se séparer de sa première femme Minna, qu’on ne fait qu’apercevoir dans le livre, et se lancer dans la composition de Tristan. Il nous emmène jusqu’à la fin de sa vie et la construction du théâtre de Bayreuth, dont on ne voit qu’assez peu les péripéties ayant conduit à son élaboration, seul petite frustration dans un récit par ailleurs fort complet. Mais entre temps on saura tout du mode de vie du compositeur qui d’ailleurs fit rapidement scandale chez les munichois, de ses relations avec les femmes, épouses et maitresses, sur ses exigences envers les chanteurs qui coutèrent peut-être sa santé et sa vie à Ludwig Schnorr von Carolsfeld, idéal créateur de Tristan, désespérant profondément Wagner qui voyait en lui son Siegfried. De l’autre côté du miroir, la personnalité du Roi Louis II de Bavière est fort bien mise en lumière, avec un regard juste dénué de l’ironie avec laquelle on traite habituellement le « roi fou » qui ne l’était pas tant que ça, mais peut-être plus tellement à sa place dans le monde déjà trop moderne de cette fin de XIXème siècle. On voit très bien se détériorer progressivement une relation au début quasi miraculeuse et idyllique, où le compositeur n’a pas toujours le beau rôle, y étant franchement le profiteur sans scrupule, alors que la sincérité du roi est totale.

Nicola Montenz aurait pu en faire un passionnant roman tellement il y avait matière, au risque de donner un caractère fictionnel à son récit. Il préféra à l’évidence éviter cet écueil et s’en tenir à un récit plus rigoureux d’historien qui se lit néanmoins avec facilité et plaisir. Évidemment cet ouvrage ne prétend pas être une biographie de l’auteur du Ring puisqu’il n’en traite que d’une partie et qu’il se focalise sur l’épisode Louis II, mais il le fait d’une façon complète, rigoureuse et documentée qui en fait un ouvrage, osons dire de référence, que tous les wagnériens, mais pas seulement, auront avantage à connaître.

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Parsifal et l’Enchanteur. Nicola Montenz. JC Lattes, 299 pages. 19,500€. N° ISBN : 978-2-7096-3950-7. Dépôt légal : janvier 2013.

 
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