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Les Ballets de Monte-Carlo : Refuser la tiédeur, toujours

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Monaco. Opéra de Monte-Carlo. 12-VII-2013. Les Ballets de Monte-Carlo : Shéhérazade. Chorégraphie : Jean-Christophe Maillot. Costumes : Jérôme Kaplan. Lumières : Dominique Drillot. Musique : Nicolai Rimski-Korsakov. Avec : Mimoza Koike, Zobeide ; Gaetan Morlotti, le Sultan Shariar ; Leart Duraku, Sha-zeman ; Aurélien Alberge, le Grand Eunuque ; Alexis Oliveira, l’Esclave d’Or et la compagnie des Ballets de Monte-Carlo. Vers un pays sage. Chorégraphie : Jean-Christophe Maillot. Scénographie : Jean-Christophe Maillot et Dominique Drillot. Images d’après le tableau original de Jean Maillot. Costumes : Jean-Christophe Maillot et Jean-Michel Lainé. Lumières : Dominique Drillot. Musique : John Adams. Avec la compagnie des Ballets de Monte-Carlo.

 

Les , leur héritage glorieux, les fantômes de Diaghilev, de Nijinski, de Balanchine, de Lifar ou encore du marquis de Cuevas. a pris, en 1993, la tête de la compagnie.

Visuel Shéhérazade ballet monte carlo

Mais pas question pour autant de se la couler douce dans cet environnement privilégié : le chorégraphe a su, à la force du poignet, se forger une solide crédibilité artistique. Son style si personnel rayonne aujourd’hui sur le rocher et aux quatre coins du globe. En 2014, il collaborera avec le Bolchoï ; il sera le premier chorégraphe français à qui l’on demande de monter une création depuis Marius Petipa. Curiosité et ouverture sur le monde, un mode de pensée que le chorégraphe applique à sa compagnie : celle-ci compte plus de vingt-huit nationalités différentes. Car, comme il l’explique joliment : « C’est la seule compagnie au monde à n’être constituée que d’étrangers. Monaco est condamné — et c’est une magnifique condamnation — à s’ouvrir sur le monde ».

« L’Eté danse ! » à Monaco. Dans le cadre de cette manifestation estivale, le public est invité à redécouvrir deux œuvres phares du chorégraphe : Shéhérazade, qui se veut hommage à Fokine, et Vers un pays sage, ballet plus personnel.

L’idée de s’emparer du mythe de Shéhérazade a longtemps occupé l’esprit de Maillot. En 2009, le chorégraphe se jette à l’eau. Il prend ses distances avec l’héritage des Ballets Russes, en apportant une touche de modernité et une compréhension très intime de l’œuvre. La partition envoutante et complexe de Rimski-Korsakov est utilisée dans son intégralité, et c’est une première dans l’histoire de ce ballet (Fokine avait curieusement choisi d’amputer la suite symphonique de son troisième mouvement). La chorégraphie pensée par Maillot, avec ses gestes amples, voluptueux et souvent nerveux, met habilement en valeur l’atmosphère dionysiaque et les étreintes passionnées qui nourrissent le conte. Le ballet bénéficie d’une interprétation de haute volée (on saluera l’excellente prestation de , qui campe une Shéhérazade séductrice et gourmande à souhait). Si la troupe se montre particulièrement impliquée d’un point du vue dramaturgique, on relèvera toutefois une petite désynchronisation des ensembles de garçons dans la première partie du ballet.

Visuel Vers un pays sage ballet monte carloL’absence de décor est un parti-pris auquel l’on n’adhère que moyennement. Maillot a visiblement souhaité éviter l’écueil du clinquant, pour privilégier le mouvement, et lui seul. On notera que le ballet a été épuré en 2009, mais que dans sa première mouture, il comprenait des décors. On terminera en mentionnant les costumes particulièrement réussis de . Avec Shéhérazade, Maillot nous offre une fresque puissante. Il s’approprie un idéal féminin qui n’a pas pris une ride.

On change de ton et d’imaginaire avec la deuxième pièce qui nous est présentée ce soir : Vers un pays sage. Ce ballet, créé en 1995, occupe une place majeure dans le répertoire de la compagnie. La pièce se veut un hommage tendre et vibrant au père du chorégraphe trop tôt disparu. Le titre du ballet fait écho à l’exposition donnée par l’artiste-peintre en 1994. Par le mouvement, le chorégraphe souhaite redonner vie à Jean Maillot, un homme passionné par son art et amoureux de la vie. Dans cette pièce, le chorégraphe interroge le passé, mais sans jamais tomber dans une vaine nostalgie. Le résultat est une œuvre d’une énergie monstre, un condensé de fulgurance, de beauté et d’inventivité. Les danseurs électrisent, pendant vingt-huit minutes, la scène sur les accords du compositeur John Adams, figure marquante du mouvement minimaliste. Les corps sont sculptés et idéalisés dans une géométrie parfaite. Les portés sont audacieux. On saluera au passage le formidable travail des danseurs dans cette œuvre ô combien exigeante. Car ce ballet est également une ode au dépassement de soi, à la prise de risque. Refuser la tiédeur, toujours. Plus qu’une philosophie, Vers un pays sage se révèle une œuvre magistrale, la célébration du corps et de la vie, une quête ardente d’un certain idéal plastique.

Crédits photographiques :  Les

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Monaco. Opéra de Monte-Carlo. 12-VII-2013. Les Ballets de Monte-Carlo : Shéhérazade. Chorégraphie : Jean-Christophe Maillot. Costumes : Jérôme Kaplan. Lumières : Dominique Drillot. Musique : Nicolai Rimski-Korsakov. Avec : Mimoza Koike, Zobeide ; Gaetan Morlotti, le Sultan Shariar ; Leart Duraku, Sha-zeman ; Aurélien Alberge, le Grand Eunuque ; Alexis Oliveira, l’Esclave d’Or et la compagnie des Ballets de Monte-Carlo. Vers un pays sage. Chorégraphie : Jean-Christophe Maillot. Scénographie : Jean-Christophe Maillot et Dominique Drillot. Images d’après le tableau original de Jean Maillot. Costumes : Jean-Christophe Maillot et Jean-Michel Lainé. Lumières : Dominique Drillot. Musique : John Adams. Avec la compagnie des Ballets de Monte-Carlo.

 
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