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Hommage superficiel de la Staatskapelle de Dresde à Sir Colin Davis

À emporter, CD, Musique symphonique

Hector Berlioz (1803-1869) : Requiem (Grande messe des morts) ; Ouvertures Le roi Lear et Béatrice et Bénédict, op.9. Felix Mendelssohn-Bartholdy (1809-1847): Symphonie n°3 Ecossaise et n°5 Réformation; Jean Sibelius (1865-1957) : Symphonie n°2 ; En Saga; Luonnotar. Johannes Brahms (1833-1897) : Symphonie n°3. Franz Schubert (1797-1828) : Symphonie n°8 Inachevée. Ute Selbig, soprano (Luonnotar); Keith Ikaia-Purdy, ténor (Requiem), Chœur de l’Opéra de Dresde, Staatskapelle de Dresde, direction : Sir Colin Davis. 1CD Profil PH13032. Code barre : 8 81488 13032 4. Enregistrements de concert entre 1988 (Symphonie n°2 de Sibelius) et 1998 (Mendelsshon/Brahms). Notice superficielle en allemand et anglais uniquement. Durée totale : 6h46

 

Colin Davis - Staatskapelle de DresdeQue la rende hommage à Sir , lequel dirigea cette formation de manière régulière de 1981 et jusqu’en mai 2012, rien de plus normal. C’était même un devoir : si le chef n’en a jamais été le directeur musical, l’orchestre l’avait élu chef honoraire à vie en 1991, en remerciement au soutien qu’il lui avait apporté à travers la période difficile de la fin de l’Allemagne de l’Est et de la réunification. En mai 2012, Sir Colin dirigeait cet orchestre lorsqu’une chute du podium – il put heureusement se retenir à la barre du pupitre et ne fut pas blessé –l’obligea à annuler la plupart de ses engagements. Son tout dernier concert, ô symbole, devait être un mois plus tard le Requiem de Berlioz avec le London Symphony Orchestra (un concert enregistré et publié par LSO Live).

De même, le choix des œuvres parmi les enregistrements réalisés par le chef et déjà édités par Profil ne souffre pas de contestation, la solidité typiquement germanique de l’orchestre, sa cohésion, son énergie donnant des résultats impressionnants dans Mendelssohn et Schubert, ainsi que – de manière moins idiomatique – dans Elgar, Berlioz et Sibelius (pour ce dernier, lire notre chronique). A l’heure des lamentations sur la mondialisation des orchestres, il est réjouissant de voir qu’un orchestre allemand dirigé par le plus aguerri des berlioziens garde sa pâte sonore saxonne, et qu’un Sibelius joué à Dresde ne sonne pas avec la transparence qu’on lui donne en Finlande.

Le bât blesse en revanche par la superficialité de la réalisation éditoriale.  A notre époque, alors que les abonnements en streaming frappent à la porte du mélomane avec toujours plus d’insistance, le disque a toujours sa chance à condition qu’il soit un objet rare, un acte d’amour, et pas une compilation où on vous fait les 6 disques au prix de 4. Au jeu du toujours moins cher, Naxos sera toujours gagnant.

A ne donner aucun détail sur les circonstances des enregistrements, comment comprendre et vivre la version du Requiem proposée ici ? Comment savoir qu’elle a été enregistrée en février 1994, en commémoration de la destruction de la ville par les Alliés en 1945 ? Un chef anglais, une musique française, des artistes allemands réunis pour chanter la destruction massive et la réconciliation, comment la notice peut-elle passer sous silence la force de ce geste ?

La notice évoque bien la relation particulière entre l’orchestre et le chef, mais seulement sur une demi-page (sic) du livret, et sans donner aucun détail substantiel. L’actuel directeur musical Christian Thielemann se fend quant à lui d’un hommage sur un quart de page (re-sic) qui commence comme suit : « Sir Colin était un homme incroyablement gentil et absolument pas prétentieux qui a conquis les cœurs de tous ceux qui ont pu connaître la chaleur de son âme ». Les limites du droit de citation empêche de reproduire davantage ce passionnant texte, l’extrait ci-dessus en représentant déjà le tiers, mais on peut tout de même révéler qu’il ne contient pas de commentaire sur le style de direction du musicien disparu.  Qu’un chef rende hommage à Sir pour son cœur d’or, c’est un peu comme si une diva célébrait la Callas pour le régime qui lui avait fait perdre cinquante kilos. Au minimum, c’est un peu court.

Ce coffret dédié par la à Sir Colin Davis est un hommage bâclé, élaboré selon une conception éditoriale qui ne devrait plus avoir cours aujourd’hui.

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