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Quatre saisons tziganes et exotiques avec le Balkan Baroque Band

À emporter, CD, Musique d'ensemble

Antonio Vivaldi (1678-1741) : Les Quatre Saisons concertos op 8 N° 1-4, RV 269, 315, 293, 297. Balkan Baroque Band : Sharman Piesner, violon solo ; Mircea Ionescu, James Jennings, violons, Vassillis Tsotsolis, alto ; Lazar Zsombor, violoncelle ; Szörgyör Arpad, contrebasse ; Frederica Bianchi, clavecin ; Andrej Jovanci, théorbe ; Irene Beraldo, narrateur. Direction : Jean-Christophe Frisch. 1 CD Arion ARN 68829, code barre 3 325480 688294. Enregistré en décembre 2012 aux Gémeaux Scène Nationale de Sceaux. Notice bilingue Français, Anglais. Durée totale : 47’46’’.

 

Quatre saisons Balkans Baroque BandOutre l’empathie naturelle que l’on éprouve régulièrement pour les réalisations de avec son ensemble XVIII-21 Le , on ne peut refreiner une certaine hésitation, voire une crainte relative au moment de placer ce nouveau CD sur la platine : « Encore une version des Quatre Saisons, que peut-on dire de nouveau avec cette partition rebattue ? », se demande-t-on de façon inévitable, d’autant plus que les bonnes versions ne manquent pas, des explosions jubilatoires de Pinnock et Hogwood au début des années 80, jusqu’au bonheur contagieux d’Amandine Beyer avec ses Incogniti, en passant par la verve survitaminée de Fabio Bondi et son Europa Galante. Il faut dire qu’outre ces lectures ensoleillées, cette partition redécouverte au mitan du siècle dernier, résiste à tous les traitements, même les plus indignes.

La curiosité est toutefois attisée par la formation de l’orchestre et bien sûr la personnalité du chef qui nous fait voyager sur des chemins de traverse depuis de nombreuses années. Nous n’avons pas oublié ses expériences chinoises avec Un concert baroque à la Cité Interdite autour des travaux du jésuite Teodorico Pedrini (Auvidis Astrée-Festival Asie Occident de Saint-Florent-Le-Vieil 1996), ni la Messe des Jésuites de Pékin du père Joseph-Marie Amiot (Auvidis Astrée 1998), pas plus que son récent et formidable Schubert Klezmer (Arion 2012), qui présente un autre aspect fort aimable de l’ami Franz.

Fidèle à sa démarche de sauter les frontières, avec le formé en 2010, a fait le pari de réunir des musiciens croates, roumains, serbes, bulgares et grecs, dont les pays s’opposaient il y a peu, pour recréer le très riche et vivant creuset musical que fut l’Europe centrale pendant des siècles. Le projet se rapproche de la belle utopie de Daniel Baremboim avec son West Eastern Divan Orchestra, qui proclame que la musique sublime toutes les oppositions artificielles entre nations, religions et cultures. Avec des musiciens virtuoses aux personnalités marquées et aux sonorités affirmées, passés aux instruments anciens, JC. Frisch tient à démontrer que le cœur de la musique baroque bat toujours quelque part entre Venise et les Carpates.

Et cela fonctionne au-delà de toute espérance selon un chant épanoui à huit instrumentistes, qui laisse toute la place à la poésie narrative de Vivaldi. D’ailleurs, en regard des concertos, les sonnets originaux sont dits en italien, accentuant le côté champêtre et naturel de l’œuvre.

Si la sonorité de l’ensemble pourra sembler un peu verte à certains, on apprécie au contraire une musicalité vive, parfois mordante où la rythmique domine, même si la basse paraît parfois un peu envahissante. On est plus aux champs que dans un salon aristocratique vénitien, mais cela semble plus proche de l’intention vivaldienne. La direction très précise de Jean-Christophe Frisch laisse une grande expressivité aux musiciens qui ornementent avec souplesse et élégance. Tout est légèreté, équilibre, transparence avec de fortes dynamiques qui soulignent les fulgurances de la partition. Le violon solo de , abonné de longue date au , irradie d’heureuse luminosité.

Dans le plus pur esprit baroque, les musiciens retrouvent parfois certains accents de leurs musiques traditionnelles et l’on pourrait trouver que ça joue « tzigane » comme s’ils s’encanaillaient quelque peu. Ce n’est pas pour autant un Vivaldi en sabots, mais on retrouve la verve des comédies de Goldoni, associée à l’élégance des tableaux de Watteau.

Ce disque au minutage chiche (n’aurait-on pas pu ajouter l’un ou l’autre des innombrables et superbes concertos de Vivaldi ou d’un compositeur de cette Europe centrale baroque ?) est aussi la bande son du spectacle circassien Wu Wei par lequel Yoann Bourgeois et Marie Fonte font se rencontrer l’opéra de Pékin et le baroque italien. Il réveille avec intelligence notre conception d’une œuvre que l’on croyait trop bien connaître. Oui, la générosité de Jean-Christophe Frisch nous en persuade, la musique abat vraiment les frontières !

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