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A Rio, l’orchestre de Sao Paulo sous le signe du combat

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Rio de Janeiro. Cité des Arts. 25-VIII-2013. Camargo Guarnieri (1907-1993) : Symphonie n°4 « Brasilia » ; Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n°1 « Titan ». Orchestre Symphonique d’Etat de São Paulo (OSESP), direction : Marin Alsop

 

Marin AlsopDifficile de faire du gros œuvre au Brésil et obtenir par ce biais une aura internationale… Construit, ou réforme-t-on un stade de football, et tout le pays est dans la rue pour manifester sa désapprobation absolue ; et lorsqu’un complexe musical – une immense cité de la musique signée Christian de Portzamparc – est érigé à Rio de Janeiro, celui-ci, après une inauguration aussi pompeuse que vaine,  reste des années durant terriblement silencieux, devenant, comme un tag entourant l’enceinte l’avait si bien décrit, une cidade sem musica, une cité sans musique. Aussi, cette cité fantomatique a-t-elle fait l’objet de scandales politico-financiers dont la presse nationale s’est fait une joie de faire l’écho (ce qui, par ailleurs, est certainement la meilleure façon de rendre une salle de concert classique vraiment populaire…). Est-ce encore pour des raisons politiques, ou – contrairement à ce que tout le monde pense ici – simplement pour des raisons de de bon sens: la déjà ex-cité de la musique a changé son nom, et par la même occasion une partie de sa vocation. Elle est devenue la Cité des Arts et est enfin opérationnelle depuis quelques semaines. Ainsi, au mois d’octobre, elle accueillera la troupe de la comédie française pour une représentation du Jeu de l’amour et du hasard.

Son premier grand concert de prestige s’est déroulé le 25 août dernier : le public a pu entendre l’Orchestre Symphonique d’Etat de São Paulo dirigé par sa chef new-yorkaise . La première partie était consacrée à la Symphonie n°4 du compositeur brésilien . Intitulée Brasilia, cette symphonie aux allures de poème symphonique en trois mouvements a été composée en 1963, en vue de célébrer la nouvelle capitale du pays. Aux élans débordant d’énergie accompagnant l’édification de la cité futuriste – énergie qui n’est pas sans rappeler celle d’un Siegfried forgeant son épée – succèdent une longue plainte mélancolique confinant au désespoir : un spleen musical provoqué par les immenses paysages recouverts d’une voûte céleste sans fin. Le tout se termine par une grande fête aux accents et thèmes mélodiques auxquels les oreilles d’ici sont habituées, puisque l’on reconnaît les musiques du Nordeste, jouées lors des festas juninas, fêtes de la Saint-Jean, organisées continûment pendant tout la période hivernale (donc notre été à nous) à Rio.

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Grandiose et colossal sont deux adjectifs qui nous viennent à l’esprit pour décrire non seulement Brasilia, mais aussi Titan, source d’inspiration de la deuxième œuvre au programme, la Symphonie n°1 de . Les deux symphonies, malgré leurs origines multi-culturelles, forment ainsi deux volets d’un même combat: celui mené entre les cordes d’une part et les instruments métalliques et percussions d’autre part. Malheureusement pour notre plaisir d’auditeur, il y a eu victoire. Elle a été obtenue (presque par K.O.) par le deuxième groupe.

On le regrette, car même si les cordes ont connu une entrée en matière difficile avec des problèmes de justesse lors des notes très aiguës et tenues, difficiles à jouer, au début de la symphonie de Guarnieri, ces problèmes se sont rapidement résolus. On aurait donc voulu profiter plus de leurs qualités dynamiques et écouter plus profondément des pianissimi tout en subtilité que l’on pouvait, à certains moments, seulement deviner…Peut-être qu’il eût simplement fallu changer la disposition scénique des cuivres, qui jouaient en hauteur et face au public, pour retrouver un meilleur équilibre.

Ne boudons pas notre plaisir pour autant. L’enthousiasme du public à la fin (et pendant le concert, applaudissant entre tous les mouvements, poussant même l’hérésie à applaudir pendant un mouvement lors de la symphonie de Mahler) était grandement justifié. Le bis, Pé de Vento, du compositeur de bossa nova Edu Lobo, a été interprété sous forme de mini-concerto pour orchestre, ce qui a permis une nouvelle fois de mettre la virtuosité de chaque partie de la phalange paulista en valeur.

Un des organisateurs a pris le micro en début de concert pour annoncer fièrement que ce concert préludait une prestigieuse tournée européenne: « une  première pour un orchestre sud-américain professionnel ! » La première étape de la tournée qui a été signalée est l’étape parisienne, à la salle Pleyel, au mois d’octobre. Il sera intéressant de réécouter le concert, et de voir comment les problèmes de déséquilibre auront alors été traités.

 Crédit photographique © Grant Leighton

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Rio de Janeiro. Cité des Arts. 25-VIII-2013. Camargo Guarnieri (1907-1993) : Symphonie n°4 « Brasilia » ; Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n°1 « Titan ». Orchestre Symphonique d’Etat de São Paulo (OSESP), direction : Marin Alsop

 
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