Accroche Note : pour les 30 ans de Musica

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

30 ans de création musicale
CD1: Christophe Bertrand (1981-2011): Madrigal; Philippe Manoury (né en 1952): Hypothèse du sextuor; Pascal Dusapin (né en 1955), Echo’s Bones; Philippe Hurel (né en 1954): Cantus.
CD2: Luca Francesconi (né en 1956), Time, Read and Imaginary; Alessandro Solbiati (né en 1956), Nora; Stefano Gervasoni (né en 1962), Due poesie francesi di Luca; James Dillon (1950), Redemption; Christophe Bertrand (1982-2011): Sanh. Offert en téléchargement: Jérôme Combier (né en 1971): Gone; Wolfgang Rihm (né en 1952): Eine Stimme; Salvatore Sciarrino (né en 1947): El Giardino de Sara.
Ensemble Accroche Note. 2CD L’empreinte digitale ED 13236; code barre 3 760002130248; enregistrements en concert; texte français/anglais; CD1 66′; CD2 60′.

 

3760002130248_600Ce double CD fête les 30 ans de Musica, manifestation incontournable dédiée à la création et à la musique d’aujourd’hui qui, chaque année à l’automne, et durant trois semaines, créé l’événement à Strasbourg. L’album met à l’honneur l’ensemble Accroche Note, partenaire historique du festival, qui compte à son palmarès plus de 80 oeuvres créées dans le cadre de Musica depuis 1983. L’enregistrement live des neuf partitions choisies est celui de leur création, dans les lieux mêmes de Musica. Exceptée celle de l’anglais (1996), toutes les pièces, dirigées ou non, appartiennent au XXIème siècle et se répartissent entre compositeurs français et italiens, laissant l’Allemagne voisine un peu en dehors des festivités (rappelons cependant qu’une oeuvre de est disponible en téléchargement). Un hommage appuyé est ici rendu au jeune tragiquement disparu en 2011; il était strasbourgeois et membre de l’ensemble Accroche Note; c’est avec deux de ses pièces que s’ouvre et se referme ce double album.

La voix est évidemment mise à l’honneur (dans cinq des neuf pièces ici présentes): celle, plurielle et virtuose de Françoise Kubler servant avec une extraordinaire intelligence les textes, et aux côtés d’instrumentistes merveilleusement complices, tout ce que les compositeurs d’aujourd’hui peuvent imaginer en matière de vocalité.

Madrigal de est une pièce truculente, pleine d’invention, qui exploite les potentialités de trois textes induisant chacun une action sonore particulière. Dans Echo’s Bones pour soprano, clarinette et piano sur les poèmes éponymes de Samuel Beckett (2008), fait naître une tension expressive très intense au sein d’une écriture toujours économe visant le rapport intimiste entre la voix et les deux instruments. Dans Cantus (2006) de (Hommage à Georges Perec), la voix est insérée dans l’ensemble instrumental (ici dirigé par Franck Ollu) et pulsée avec la même énergie; le texte (celui de Perec?) est distribué après coup, « centre et absence » de l’oeuvre, selon la formule boulézienne, puisque les mots, ici « traités », prennent une valeur plus phonétique que sémantique. Dans Time, Real and Imaginary (2009), s’empare des vers énigmatiques du poète anglais Samuel Taylor Coleridge qu’il a déjà mis en musique. Cet extraordinaire voyage dans le temps est porté par une vocalité somptueuse et un environnement instrumental aussi coloré qu’efficace pour mener la dramaturgie et traduire au plus près cette vision allégorique. On retrouve dans Due poesie francesi di Luca (2011) de Stefano Gervasoni (dirigé par Emmanuel Séjourné) sa manière distanciée et fantasque d’exploiter le texte poétique revêtu d’un habillage instrumental « taillé sur mesure ». Françoise Kubler souligne très judicieusement la théâtralité de ces deux pièces elliptiques et ludiques.

Le choix des pièces purement instrumentales creuse avec autant de pertinence la diversité des esthétiques, sollicitant l’exigence et la qualité d’un ensemble instrumental réactif sur tous les fronts.

Dans son titre Hypothèses du sextuor (2011), pointe les difficultés qu’ont les six instruments à élaborer un discours commun. On y entend rarement le sextuor au complet mais l’écriture concentrée et virtuose lui confère une dimension sonore impressionnante au sein d’une forme toujours puissamment architecturée. Dans Nora, (2006) explore l’univers sonore du cymbalum (Luigi Gaggero), au centre d’un espace de résonance que la flûte, la clarinette et les percussions viennent prolonger et ramifier. Dans Redemption de (compositeur écossais avec qui Musica a noué des liens fidèles et durables), les trois instruments investissent l’espace de jeu comme des personnages aux attitudes un rien fantasques qui confèrent à la musique une dimension plastique et narrative. Dernière pièce de l’album, Sanh de Christophe Bertrand signifie, en chinois, tout à la fois trois (le nombre des protagonistes) et éparpillé (leur situation dans l’espace); le compositeur met à l’oeuvre son imaginaire sonore servi par une écriture ciselée et exigeante pour créer des lignes de tension et des trajectoires sonores inouïes au sein d’une texture instrumentale en perpétuelle métamorphose.

L’enregistrement live, rare aujourd’hui et seul à pouvoir faire passer l’intensité du moment de la création, ne souffre d’aucune imperfection.

 

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