Aldo Ciccolini, maître d’une soirée à Lille

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Lille, Nouveau siècle. 7-X-2013 : Edouard Lalo (1823-1892) : Le roi d’Ys, ouverture ; Camille Saint-Saëns (1835-1921) : Concerto pour piano et orchestre n° 5 « l’Egyptien » en fa majeur op. 103 ; Nikolaï Rimski-Korsakov (1844-1908) : Shéhérazade, suite symphonique op. 35. Aldo Ciccolini (piano), Orchestre national de Lille, Jean-Claude Casadesus (direction).

A ciccolini 3 - copieDevenu une légende vivante du piano, joue de son instrument avec une telle perfection et une telle force que l’on a du mal à croire qu’il a près de 90 ans (il est né en 1925).

Au début du monumental Concert Egyptien, le piano se détache nettement de l’orchestre par sa sonorité extrêmement claire et pure, créant une sorte de contrepoids, mais aussitôt, ils s’intègrent l’un dans l’autre en une fusion harmonieuse – et à côté de lui, , paraît un jeune homme. Un jeu sûr (car c’est l’un des concertos fétiches de Ciccolini), une dextérité intacte, une virtuosité avérée, tout est une succession d’étonnements, mais ce qui est surprenant, c’est que dans le second thème du premier mouvement à la main gauche, il fait « sonner » un silence ; au deuxième mouvement, après l’exposition du thème rhapsodique en forte, il donne à la mélodie à l’unisson en piano, dans la tessiture aiguë, une sonorité de clochettes plus ou moins étouffées, comme dans la partie « chinoiserie » et un autre thème « arabe » à l’unisson plus tard dans le même mouvement. Après nous avoir étonnés encore par son dynamisme dans le troisième mouvement, le maître du piano interprète deux bis, le Salut d’amour d’Elgar, dans un tempo très retenu, et Andaluza, extrait de Danzas Espagnolas, de Granados, très fiévreux avec des accents prononcés sur le deuxième temps à la main gauche pour le thème initial. Tout un style.

Auparavant, l’ propose en « amuse-gueule » l’ouverture du Roi d’Ys du compositeur lillois Lalo. Œuvre méconnue du public, mais un grand chef-d’œuvre de la musique française, avec une bonne dose d’influence wagnérienne. Son caractère dramatique est magnifiquement mis en avant sous la baguette de . Les musiciens semblent maintenant bien habitués à l’acoustique de la nouvelle salle, de sorte que la masse sonore, pourtant impressionnante, n’est jamais saturée, mais conserve un équilibre remarquable. Cette qualité est pleinement maintenue dans Shéhérazade, avec une très belle performance des percussions et de l’harmonie. Des rythmes effrénés, surtout à la fin, invitent les spectateurs à une fusion totale avec la musique, ce que l’orchestre, qui a gagné en profondeur et en densité, réussit sans conteste.

Le lendemain, l’ONL lance une nouvelle formule de concert, de 45 minutes environ à l’heure du déjeuner, avec un programme allégé par rapport à la soirée. Pour le premier concert, le Roi d’Ys et des extraits de Shéhérazade, que le chef commente brièvement avant chaque œuvre. Une salle comble, avec notamment beaucoup de jeunes et d’adolescents (sans parler du public scolaire), une source de joie pour beaucoup de mélomanes.

Photos : Ugo Ponte © ONL

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