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Encore une pépite Joseph Jongen

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Adolphe Samuel (1824-1898) : Symphonie n°6 en ré mineur, op. 44. Joseph Jongen (1873-1953) : Trois Mouvements Symphoniques, op. 137. Orchestre Philharmonique Royal des Flandres, direction : Martyn Brabbins. 1 CD Royal Flemish Philharmonic RFP006. Code barre : 5425008373157. Enregistré entre le 29 février et le 3 mars 2012 à la Kristus Koningkerk d’Anvers. DDD. Notices bilingues (anglais, néerlandais) bonnes. Durée : 57’59.

 

royalflemishphilharmonic_samuel_jongen_brabbinsLorsque les orchestres enregistrent sur leur propre label, pratique de plus en plus courante actuellement, il arrive qu’ils nous fassent découvrir un répertoire peu ou mal connu. Et c’est bien le cas ici où l’excellent Royal Flemish Philharmonic d’Anvers (Antwerpen en néerlandais) sous la baguette inspirée de son chef nous propose une page peu connue de , ses Trois Mouvements Symphoniques op. 137, et une œuvre qui l’est encore moins, la Symphonie n°6 en ré mineur op. 44 d’Adolphe Samuel. Bienheureuse association d’un orchestre flamand dirigé par un chef britannique dans des œuvres de deux compositeurs liégeois ! À quand un orchestre wallon défendant des partitions de compositeurs flamands qui sont légion et dont beaucoup ont écrit des chefs-d’œuvre (on pense notamment à Marinus de Jong et son admirable Hiawatha, ou et sa superbe Symphonie pour chœur ou sa merveilleuse cantate Primavera) ? Ce serait un bel exemple par l’art d’union d’un pays ridiculement divisé par les politiciens…

Cela dit, il s’agirait bien ici de deux premières mondiales en disque ; par ailleurs est certainement bien plus connu qu’Adolphe Samuel qui semble voir ici sa première apparition au CD. Après avoir étudié au Conservatoire de Liège alors sous la direction de Joseph Daussoigne-Méhul, Adolphe Samuel (1824-1898) suivit les cours de contrepoint et fugue de François-Joseph Fétis, directeur du Conservatoire de Bruxelles. Prix de Rome en 1845 pour sa cantate La Vendetta, Samuel ne composa pas moins de sept symphonies entre 1846 et 1894. La Symphonie n°6 en ré mineur op. 44 (1891) présentée ici est en fait la mouture définitive de la Symphonie n°4 op. 33 de 1863, elle-même seconde version de la Symphonie n°2 op. 9 (1847). Après toutes ces transformations, cette Symphonie n°6 est finalement devenue une œuvre à programme inspirée de l’Ancien Testament, comme en témoignent les titres des quatre parties : Genesis, Eden, Caïn, et Lux Luceat ! – Laus et Jubilatio. Fortement imprégnée de l’esthétique lisztienne et surtout wagnérienne, c’est le genre d’œuvre que l’on écrivait à profusion au tournant du XIXe-XXe siècle, et si elle est plutôt habilement conçue et agréable à l’audition, elle n’accroche pas vraiment, car on ne voit pas clairement le rapport avec le programme qui ne sert probablement que de support à l’inspiration du compositeur, et par ailleurs la partition ne semble pas témoigner, selon l’exigence de nos critères actuels, d’une forte personnalité musicale.

Par contre, l’œuvre de Joseph Jongen (1873-1953), là, chef-d’œuvre ! Les Trois Mouvements Symphoniques op. 137 constituent le testament musical orchestral du grand musicien liégeois. Après avoir écrit une Symphonie op. 15 en 1898, fort influencée par Richard Strauss, puis sa fameuse Symphonie Concertante avec orgue op. 81 en 1926 où son style est définitivement personnel (probablement son œuvre la plus connue), Jongen ne devait plus composer quoi que ce soit sous le nom de Symphonie, mais il devait encore écrire deux œuvres qui sont en fait des symphonies déguisées : un magnifique Triptyque pour orchestre op. 103 en 1935, dont Pierre Bartholomée a donné une excellente version chez Cyprès (CYP1635), et ces Trois Mouvements Symphoniques op. 137 ici présents. Ces deux œuvres témoignent éloquemment de l’art infaillible de Joseph Jongen, ce que d’ailleurs ses jaloux détracteurs moins doués lui reprochaient en décrétant qu’il ne ratait jamais rien !…

Et cependant, à l’époque de ces Trois Mouvements Symphoniques, son chant du cygne orchestral de 1951, commande de la Société Philharmonique de Bruxelles, Jongen se sentait annihilé, subissant les affres de la page blanche : « … Depuis deux ou trois ans, je suis complètement désemparé et n’ose plus me mettre devant mon papier à musique … J’ai mille, cent mille velléités de recommencer à écrire. Chaque matin, tout s’envole et c’est le vide et le découragement. » Mais soudainement l’inspiration revint, intacte, et il en résulta un chef-d’œuvre créé au Palais des Beaux-Arts le 25 juin 1952 sous la baguette du légendaire Franz André. Magnifique partition dans laquelle s’épanouit le style subtil et raffiné si caractéristique et personnel de son auteur, et dont les sous-titres évocateurs (Nocturne, Danses, Toccata) témoignent pour les deux premiers de son admiration envers Debussy et Ravel, tandis que le dernier rappelle le fabuleux organiste qu’il était.

L’excellent chef britannique (qui nous a notamment donné une magnifique référence William Walton), dirige tout ce programme liégeois d’une main experte et ferme à la tête du non moins excellent Royal Flemish Philharmonic d’Anvers, comme si ce répertoire lui était depuis toujours familier. Il faut bien reconnaître que dans les pays anglo-saxons, Joseph Jongen est particulièrement apprécié, et ce n’est que justice.

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Adolphe Samuel (1824-1898) : Symphonie n°6 en ré mineur, op. 44. Joseph Jongen (1873-1953) : Trois Mouvements Symphoniques, op. 137. Orchestre Philharmonique Royal des Flandres, direction : Martyn Brabbins. 1 CD Royal Flemish Philharmonic RFP006. Code barre : 5425008373157. Enregistré entre le 29 février et le 3 mars 2012 à la Kristus Koningkerk d’Anvers. DDD. Notices bilingues (anglais, néerlandais) bonnes. Durée : 57’59.

 
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