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David Hansen, une révélation pour le monde baroque ?

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Leonardo Vinci (1690-1730) : airs « In braccio a mille furie » extrait de Semiramide riconosciuta, « Sento due fiamme in petto », « Non è più folle lusinga » et « Taci o di morte » extraits de Il Medo, « Risveglia lo sdegno » extrait de Alessandro ; Leonardo Leo (1694-1744) : airs « Talor che irato e il vento » extrait de Andromaca, « Freme orgogliosa l’onde » extrait de Demetrio ; Antonio Maria Bononcini (1677-1726) : air « In te, sposa Griselda … Caro sposa » extrait de Griselda ; Riccardo Broschi : air « Son qual nave » extrait de Artaserse. Avec : David Hansen, contre-ténor. Academia Montis Regalis, direction : Alessandro de Marchi. 1 CD. Deutsche Harmonia Mundi. Code-barre : 888837 440127. Enregistré du 12 au 16 juin 2013 à l’Oratorio di Santa Croce de Mondovì (Italie). Notice de présentation trilingue (anglais, français, allemand) ; durée : 76’22’’.

 

David Hansen (Rivals)La rentrée discographique aura vu coup sur coup la parution de trois récitals de contreténor consacrés à la carrière d’un grand castrat du passé. Si le fringant et fougueux Franco Fagioli a choisi chez Naïve d’illustrer la carrière du grand Caffarelli – dans un programme consacré à des airs de Hasse, Vinci, Leo, Porpora, Pergolesi et autres Napolitains –, le suave et délicat Jaroussky, dans son hommage à Farinelli, a préféré s’en tenir exclusivement à des pages peu connues de Nicola Porpora. Le jeune Australien , qui ne manque pas de cran, n’hésite pas à intituler son album « Rivals », en apparence pour illustrer dans ses choix de répertoire – de nouveaux airs de Vinci, Leo, Bononcini et Broschi – la compétition à laquelle se livraient autrefois les grands chanteurs du XVIIIe siècle. D’où le sous-titre : « Farinelli & Co. ». Le petit jeunot parvient-il pour autant à soutenir la comparaison avec ses deux prédécesseurs ?

Dans les trois cas, la formule est rigoureusement la même. Proposant une succession d’airs da capo enregistrés pour la plupart en première mondiale, l’album bénéficie, d’un artiste à l’autre, d’un packaging particulièrement soigné. Les airs rapides à vocalises alternent systématiquement avec des morceaux élégiaques, tous destinés à mettre en valeur les capacités techniques du chanteur, autant dans la virtuosité époustouflante que dans l’expression et la tenue du souffle.

Disons-le d’emblée, la maîtrise vocale de Hansen n’est pas l’égale de celle de Fagioli, sans rival pour la maîtrise absolue d’un instrument exceptionnellement long, à la vibration délicieusement sensuelle et toujours parfaitement contrôlée. Et la musicalité de Hansen se situe bien en-deçà de celle de Jaroussky, dont les fines arabesques vocales, en dépit d’un timbre légèrement acidulé, atteignent des sommets de poésie inaccessibles à l’heure actuelle au jeune Australien. Ce qui manque au nouveau challenger, c’est avant tout la tenue d’un véritable legato, qui rendrait incontournables les sublimes airs élégiaques du Medo de Vinci. Il conviendrait également d’égaliser les registres et de soigner davantage les notes de passage afin d’homogénéiser les couleurs de la voix. Si le grave est d’airain, et si le médium bénéficie de belles composantes charnues, la tendance de Hansen à vouloir coûte que coûte tenir de longues phrases dans l’aigu dessert considérablement la qualité de sa prestation. Il y a un monde entre le fait d’atteindre une note extrême au sommet d’une vocalise et celui de vouloir soutenir, au moment des ornementations, une tessiture d’évidence trop haute pour l’instrument. Le corps de la voix de contreténor, on ne le dira jamais assez, se situe dans le grave, et cela quelles que soient les possibilités du chanteur à atteindre des notes plus élevées. Il conviendrait également d’améliorer la diction italienne, qui en l’état souffre d’une certaine mollesse.

On saluera néanmoins l’incroyable niaque d’une jeune artiste capable, avant nul autre, de rendre justice aux variations choisies par Farinelli en personne pour le redoutable « Son qual nave » de Broschi. Même Cecilia Bartoli avait préféré chanter cet air dans une version plus « sobre ». De façon générale, les airs vocalisés forcent le respect même si l’on ne peut s’empêcher d’espérer que la maturité apportera davantage de musicalité et d’expressivité à des pages qui finissent toutes par se ressembler. Sans soute est-ce la scène qui permettra un jour au jeune artiste de réaliser son véritable potentiel. En attendant, l’expérience a montré qu’il pouvait être le plus exquis des Chérubin… Quoi qu’il en soit, avec à la tête de l’énergique , aura trouvé un ensemble à la hauteur de son jeune tempérament.

Contre-ténors, vous n’avez qu’à bien vous tenir ! Le jeune bolide qui débarque pourrait bien un jour vous souffler la vedette, si toutefois il parvient à contrôler certains excès sans doute imputables à l’inconscience – mais certains diraient aussi « au charme » – de la jeunesse.

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Leonardo Vinci (1690-1730) : airs « In braccio a mille furie » extrait de Semiramide riconosciuta, « Sento due fiamme in petto », « Non è più folle lusinga » et « Taci o di morte » extraits de Il Medo, « Risveglia lo sdegno » extrait de Alessandro ; Leonardo Leo (1694-1744) : airs « Talor che irato e il vento » extrait de Andromaca, « Freme orgogliosa l’onde » extrait de Demetrio ; Antonio Maria Bononcini (1677-1726) : air « In te, sposa Griselda … Caro sposa » extrait de Griselda ; Riccardo Broschi : air « Son qual nave » extrait de Artaserse. Avec : David Hansen, contre-ténor. Academia Montis Regalis, direction : Alessandro de Marchi. 1 CD. Deutsche Harmonia Mundi. Code-barre : 888837 440127. Enregistré du 12 au 16 juin 2013 à l’Oratorio di Santa Croce de Mondovì (Italie). Notice de présentation trilingue (anglais, français, allemand) ; durée : 76’22’’.

 
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