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Martha Argerich et Gidon Kremer, d’une seule voix

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Paris. Salle Pleyel. 24-XI-2013. Mieczysław Weinberg (1919-1996) : Sonate pour violon et piano n°5 op.53 ; Sonate pour violon n°3 op.126. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Sonate pour violon et piano n°10 en mi bémol majeur op.96 ; Sonate pour violon et piano n°8 en sol majeur op.30 n°3. Gidon Kremer, violon ; Martha Argerich, piano.

Paradoxal concert illuminé par le violon de Gidon KremerMettre en regard deux compositeurs dans le même programme est désormais habituel, et concernant la sonate pour violon et piano, comme d’ailleurs le quatuor à cordes, le couplage Beethoven-Chostakovitch est en passe de devenir un classique. et nous en ont offert une intéressante variation substituant au fameux compositeur russe un de ses compatriotes natif de Varsovie, Mieczyslaw Weinberg. Bonne idée.

Deux œuvres de chacun des deux compositeurs étaient ainsi jouées de chaque côté de l’entracte, avec à chaque fois Weinberg précédant Beethoven. Écrite en 1953, la Sonate pour violon et piano n°5 de Weinberg est d’ailleurs dédiée à Chostakovitch qui le fit venir à Moscou dix ans plus tôt. En quatre mouvements très classiques, elle ne peut masquer sa parenté avec la musique de son dédicataire ne s’en démarquant pas tellement sur le ton, la forme ou la gestion de la tonalité. D’emblée l’entente entre les deux musiciens sauta aux oreilles, chacun faisant preuve d’une attention réciproque sans faille en même temps que d’un évident accord sur la direction à suivre.
Très sérieux, concentré, transmettant une réelle tension dramatique, le discours musical épousait les différents climats des quatre mouvements de cette sonate avec un certain classicisme qui ne cherchait jamais à être démonstratif. Cette lecture mesurée nous sembla juste d’un bout à l’autre, même si quelque chose nous dit qu’elle aurait pu être plus expressive par moment.

Des deux Weinberg joués ce soir nous avouerons une préférence pour la Sonate pour violon n°3 que nous découvrions pour l’occasion. Écrite en 1979, d’une durée de près de 25 minutes, elle enchaîne d’une seule foulée sept parties à la manière d’un poème symphonique réduit ici au violon seul. Dans la notice d’accompagnement donne ce qu’il appelle lui-même une « tentative d’interprétation » qu’il est passionnant de suivre en l’écoutant progresser du « Portrait du père » introductif au « Dialogue avec l’éternité » conclusif. S’il est des concerts où le violoniste letton se montre moins virtuose que dans ses plus belles années, il montra ce soir une sureté d’archet et une superbe maîtrise de l’instrument qui permirent à cette difficile sonate d’emporter les suffrages, nous faisant penser qu’elle ne déparerait pas au répertoire de nos violonistes actuels.

martha argerich (c)DRAvec les deux sonates de Beethoven nous revenions en pays de connaissance, et si la Sonate n°10 jouée juste avant l’entracte nous parut de belle facture sans être aussi passionnante que prévue, la fin du concert consacrée à la Sonate n°8 nous sembla un cran au dessus dans l’animation, l’inspiration, l’évidence des phrasés, l’intensité commune des deux instrumentistes qui fusionnèrent ici mieux qu’auparavant pour nous offrir la deuxième pépite de cette soirée après la belle réussite de la sonate pour violon seul de Weinberg. L’Allegro vivace conclusif fut salué par un réel et spontané enthousiasme du public présent qui se vit offrir un tout aussi réjouissant finale de la célèbre Sonate « A Kreutzer » avant que la soirée ne s’achève sur une note plus nostalgique avec un tango de Piazzolla.

Crédit photographique : © DR ; Gidon Kremer © Sasha Guzov EMC Records

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Paris. Salle Pleyel. 24-XI-2013. Mieczysław Weinberg (1919-1996) : Sonate pour violon et piano n°5 op.53 ; Sonate pour violon n°3 op.126. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Sonate pour violon et piano n°10 en mi bémol majeur op.96 ; Sonate pour violon et piano n°8 en sol majeur op.30 n°3. Gidon Kremer, violon ; Martha Argerich, piano.

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