Concerts, La Scène, Musique symphonique

Valentina Lisitsa débute avec l’Orchestre de Paris et Paavo Järvi

Plus de détails

Paris. Salle Pleyel. 08-I-2014. Eric Tanguy (né en 1968) : Affettuoso, “In memoriam Henri Dutilleux” (création mondiale). Franz Liszt (1811-1886) : Concerto pour piano n°1 en mi bémol majeur, S.124 ; Danse macabre (Totentanz), pour piano et orchestre, S.126. Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : Symphonie n°4 en fa mineur, op.36. Valentina Lisitsa, Piano. Orchestre de Paris, direction : Paavo Järvi.

DSC_2759 Gilbert FrancoisDécidément l’ joue de malchance ces derniers temps, accumulant les défections, puisque après Georges Prêtre, Pierre Boulez, et plus récemment Mikko Franck quelques minutes à peine avant le concert, c’est au tour du pianiste Boris Berezovsky coincé à Moscou par une vilaine grippe de déclarer forfait, cette fois avant le début des répétitions. C’est ainsi que la pianiste d’origine ukrainienne (voir sa récente interview pour Resmusica) reprit le flambeau avec le programme Liszt initialement prévu.

Le concert débuta avec un hommage à , disparu en mai 2012, composé par Eric Tanguy pendant l’été 2013. Cette commande de l’ était donnée ce soir en création mondiale. Si le compositeur cite volontiers Sibelius et Dutilleux dans ses admirations, reconnaissons qu’il en a bien digéré les influences et que sa musique ne ressemble à une copie ni de l’un ni de l’autre. Peut-être un peu prévisible dans son déroulement, rejoignant en cela bien des compositions récentes, elle réussit dans son tempo moderato à faire ressentir le caractère Affettuoso de son titre, ce qui était sans doute son but.

Perchée sur de hauts talons, la déjà grande dépassait d’une bonne demi-tête le chef , et mit d’ailleurs un petit moment à ajuster la hauteur de son tabouret à son grand gabarit. Une fois passées ces quelques secondes de suspens le Concerto pour piano n°1 de Liszt pouvait commencer Allegro maestoso comme il se doit. Toutefois cette œuvre où l’alternance entre les passages intimistes tournés vers l’émotion et les passages survoltés tournés vers le panache peinaient à trouver une parfaite unité comme une constance dans la réussite. Ainsi certains moments furent épatants alors que d’autres manquèrent de conviction. Compte tenu des circonstances on ne peut pas en blâmer complètement les artistes qui n’étaient pas placés dans les meilleures conditions possibles. Ce qui poussa peut-être la pianiste à essayer de compenser en forçant sur sa virtuosité, la conduisant à quelques imprécisions qui pénalisèrent son concerto alors que sa Danse macabre qui suivit fut au contraire impressionnante, avec une maîtrise de la sonorité du piano plus complète, permettant à la pianiste, fort bien secondée par l’orchestre, de trouver le ton et faire varier les climats toujours avec justesse. Le public fut emballé et se vit offrir un bis avec l’Ave Maria de Schubert-Liszt, puis un second, avec La Campanella de Liszt. Avant, qu’emportée par son élan et sa générosité, la pianiste se lance dans le Precipitato final de la  Sonate n°7 de Prokofiev qui sut équilibrer la précipitation demandée avec la clarté de l’articulation, propulsant hors de son siège une bonne partie du public pour une standing ovation.

Moment clé, parmi d’autres, pour savoir si un orchestre est au niveau ou pas, l’attaque des cors dans la Symphonie n°4 de Tchaïkovski. Et en cette soirée de mercredi, on ne peut que dire bravo tant cette entrée en matière avait fière allure. La suite aussi d’ailleurs, et il faut saluer une performance d’ensemble palpable d’un bout à l’autre et des solos tout aussi réussis. Tout nous sembla impeccablement fonctionner, des choix de tempo sans faute aux phrasés justement expressifs. Quelque chose nous fit toutefois défaut dans cette symphonie « du destin », cette sensation d’inexorabilité qui marque les meilleures interprétations et qui donne tout son sens à cet opus 36. Ainsi cette exécution impressionnante orchestralement ne nous sembla pas aller au bout du contenu expressif de l’œuvre, restant un poil extérieure pour totalement nous emporter avec elle.

Crédit photographique : Valentina Lisitsa © Gilbert François

Plus de détails

Paris. Salle Pleyel. 08-I-2014. Eric Tanguy (né en 1968) : Affettuoso, “In memoriam Henri Dutilleux” (création mondiale). Franz Liszt (1811-1886) : Concerto pour piano n°1 en mi bémol majeur, S.124 ; Danse macabre (Totentanz), pour piano et orchestre, S.126. Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : Symphonie n°4 en fa mineur, op.36. Valentina Lisitsa, Piano. Orchestre de Paris, direction : Paavo Järvi.

Mots-clefs de cet article

Banniere-ClefsResmu-ok

Lire aussi :

Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.