Claudio Abbado (1933-2014)

abbado1Le 20 janvier disparaissait , un des derniers « monstres sacrés » de la direction d’orchestre et un des plus grands musiciens du XXe siècle. ResMusica rend hommage à cet homme d’exception.

est né le 26 juin 1933 à Milan dans une famille de musiciens. Le père, Michelangelo, est professeur de violon au Conservatoire de Milan (il en sera par la suite directeur adjoint), la mère, Maria Carmela Savagnone, est pianiste. Troisième enfant de la famille, son frère Marcello et sa soeur Luciana, tous deux aînés, feront carrière dans la musique (le premier pianiste, compositeur puis directeur du Conservatoire de Milan, la seconde un temps directrice des éditions Ricordi puis fondatrice du Milano Musica festival de musique contemporaine). Seul le cadet Gabriele choisira un autre voie, l’architecture.

Formé à la musique par le piano, Claudio Abbado se consacre aussi à la composition et évidemment à la direction d’orchestre. Diplômé du Conservatoire de Milan en 1955, il se perfectionne auprès de Friedrich Gulda et d’Antonio Votto avant de suivre les cours de Hans Swarowsky à Vienne. Pensionnaire à l’Académie Chigiana de Sienne, il travaille avec Alceo Galliera et Carlo Zecchi. Le couronnement de cette formation arrive en 1958 avec le Premier prix du concours Serge Koussevitzky de Boston, qui lui permet d’avoir ses premier engagements aux Etats-Unis. 1959 est l’année du retour en Italie, nommé directeur musical du Teatro Verdi de Trieste et invité à la Scala de Milan pour le tricentenaire de Scarlatti. Après quelques années passées à diriger presque exclusivement en Italie, il remporte en 1963 le Prix Mitropoulous de direction d’orchestre : sa carrière internationale est définitivement lancée. Les engagements s’accumulent : Philharmonique de Vienne, London Symphony Orchestra, Scala de Milan Opéra de Rome, Covent Garden, Metropolitan Opera, etc. Deutsche Grammophon lui signe un contrat d’exclusivité à vie.

En 1968, âgé d’à peine 35 ans, il est nommé directeur musical de la Scala de Milan. Un règne de 18 ans pendant lequel il va considérablement ouvrir le répertoire du théâtre (Œdipus-Rex de Stravinsky, Wozzeck de Berg, Moses und Aron de Schoenberg, etc.), renouer avec la création contemporaine (Al Gran sole sarico d’amore de Luigi Nono en 1975, Samstag aus licht de Stockhausen en 1984 – la dernière création à la Scala était Turandot de Puccini en 1926), inviter de nouveaux metteurs en scène  (Giorgio Strehler, Luca Ronconi, Jean-Pierre Ponnelle, Patrice Chéreau), accentuer la programmation symphonique avec des compositeurs peu joués en Italie comme Bruckner ou Mahler, ressusciter les opéras italiens du XVIIIe et repenser le grand répertoire italien en allant chercher les éditions originales de Rossini, Donizetti ou Verdi. Il lance aussi un projet novateur pour l’époque : des concerts décentralisés, destinés à fidéliser de nouveaux publics. Très critiqué par une partie du public et de la presse, Claudio Abbado et Paolo Grassi – le surintendant de la Scala – ont toujours eu le soutien sans faille de la municipalité. La Scala de Milan, sans directeur musical depuis 1956 (démission de Carlo Maria Giulini) était une institution vieillissante et poussiéreuse.

Ses activités ne se limitent pas à la Scala. Premier chef invité à Londres, Vienne ou Boston il devient en 1979 directeur musical du London Symphony Orchestra avec lequel il va enregistrer pour le label DG des versions majeures du répertoire symphonique. Un an avant il avait créé l’Orchestre européen des jeunes, embryon du Mahler Jungendorchester, de l’European Youth Orchestra et du Chamber Orchestra of Europe.

Sa démission de la Scala en 1986 a l’effet d’un cataclysme. Rien n’est simple dans le théâtre milanais (même maintenant). Ultime pied de nez, son mandat se termine avec Claude Debussy et non un compositeur italien. Après Milan c’est le Staatsoper de Vienne qui lui ouvre ses portes, puis toute la ville de Vienne dont il est le Generalmusikdirektor. Il continue en Autriche de défendre le répertoire du XXe siècle, fonde le festival Wien Modern, ressuscite Fierrabras de Schubert et dépoussière la scène avec les metteurs en scène déjà invités à la Scala auxquels s’ajoute Andreï Tarkovski.

1991 voit sa consécration ultime, son dernier grand poste de directeur musical : l’Orchestre philharmonique de Berlin, succédant à Herbert von Karajan, dont il est le premier chef non-germanique. Sa politique discographique, toujours avec DG, continue et il grave ainsi plusieurs versions de références du répertoire. Plus démocratique et plus ouvert que son prédécesseur, son arrivée est un véritable ballon d’oxygène pour l’orchestre, qui étend son répertoire aux compositeurs majeurs du XXe siècle, aux compositeurs russes, français ou italiens et à la création contemporaine. En guise de provocation sa première saison berlinoise s’est faite avec Prometeo, tragedia dell’ascolto de Luigi Nono. A Berlin il inaugure le principe des concerts thématiques autour de Faust, des mythes grecs, etc. Il ne délaisse pas pour autant le lyrique, avec le Festival de Salzbourg essentiellement, mais aussi à Venise, Aix-en-Provence, Vienne, etc.

abbado3Les ennuis de santé commencent en 2000. Affaibli, il quitte le Philharmonique de Berlin et le Festival de Salzbourg en 2002, après un concert couronné de plus de trente minutes d’applaudissements. Il ne se consacre plus qu’au Chamber Orchestra of Europe et au Mahler Chamber Orchestra, dont il est indirectement à l’origine. Invité au Festival de Lucerne, il y fonde son orchestre, formé du Mahler Chamber Orchestra, des membres de l’Orchestre philharmonique de Berlin et de solistes prestigieux (Natalia Gutman, Renaud Capuçon, Sabine Meyer, Kolja Blacher, le Quatuor Hagen, etc.). Avec cet orchestre de « stars » il poursuit son entreprise discographique avec DG dans son répertoire de prédilection. En même temps il fonde à Bologne où il s’est installé l’Orchestra Mozart, « son » orchestre, avec lequel il interprète Mozart, Beethoven, les compositeurs du XVIIIe siècle et tout le répertoire pour orchestre de chambre.

Claudio Abbado en présence du Président de la République italienne Giorgio Napoletano à L’Aquila en 2012

De plus en plus affaibli par le cancer, Claudio Abbado annule en nombre ses concerts ses dernières années. Il décède ce 20 janvier 2014, à 6 mois de ses 81 ans, couvert de gloire et d’honneur. Sénateur à vie du Sénat italien, Premium Imperiale de l’Empereur du Japon, Grand Croix de la Légion d’honneur, Prix Ernst von Siemens, citoyen d’honneur des villes ou il a le plus dirigé, etc.  Musicien fidèle, Claudio Abbado s’est souvent entouré des mêmes noms (Maurizio Pollini, Martha Argerich, Natalia Gutman, Salvatore Accardo, Giorgio Strehler, …) tout en recherchant les talents de demain. Il laisse à la postérité un leg discographique considérable, une vision philologique et musicologique des oeuvres abordées, plusieurs chefs d’oeuvres du XXe siècle de Stockhausen ou Nono ainsi que toute une série d’orchestres créés à son initiative.

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