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Sérénades d’Europe centrale par le Trio Elysée

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Seihl (31) Orangerie du château de Rochemontès. 2 II 2014. « Trois musiciens, trois compositeurs, trois sérénades ». Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Trio à cordes N° 2 en ré majeur op. 8 « Sérénade » ; Franz Schubert (1797-1828) : Trio à cordes N° 2 en si bémol majeur D 581 ; Ernö Dohnányi (1877-1960) : Sérénade pour trio à cordes en ut majeur op. 10. Trio Élysée : Laurent Le Flécher, violon ; Adeliya Chamrina, alto ; Igor Kiritchenko, violoncelle.

Allegro Trio à cordes N° 2 SchubertDe Vienne à Budapest, c’est le voyage romantique en Mittel Europa que proposait le pour ce 9e concert à l’Orangerie de Rochemontès, qui poursuit sa troisième saison atypique.

Constituée de Laurent Flecher au violon, Adeliha Chamrina à l’alto et Igor Kiritchenko au violoncelle, cette formation peu courante bénéficie de l’agrégation de trois écoles nationales. La clarté de l’école française est augmentée par la grande tradition viennoise du Quatuor Amadeus à laquelle s’ajoute l’esprit à la fois rigoureux et très expressif de l’école russe. Avec des œuvres peu fréquentées comme le  Trio N° 2  de Beethoven à l’élégance fantasque, la séduisante sérénade du  Trio N° 2  de Schubert et la  Sérénade op. 10 de Dohnanyi, colorée et lyrique, les trois musiciens proposent un programme aussi délicat qu’original.

Il ne s’agit pas franchement du Top 50 des tubes de la musique classique, mais c’est justement l’intérêt de ces concerts intimes, qui permettent des chemins de traverse et d’appréciables découvertes dans l’immense répertoire de la musique de chambre.  Toutes trois font partie des œuvres de jeunesse de leurs auteurs. Il faut toutefois se méfier de cette expression pour Franz Schubert qui a commencé très jeune son impressionnante production et composait des chefs-d’œuvre dès l’âge de 16 ans, pour disparaître à 31 ans. On ose à peine imaginer la somme monumentale qu’il nous aurait laissée s’il avait vécu plus longtemps…

Par leur appartenance géographique et temporelle à l’ancien empire austro-hongrois, par leur style et leurs références les trois œuvres choisies sont liées par une filiation parfois avouée avec le grand Joseph Haydn, dont on ne reconnaîtra jamais assez le génie. Si le XIXe siècle l’oublia pour que son étoile n’illumine à nouveau qu’au milieu du XXe, il n’en fut pas moins, malgré son état de « domestique », le compositeur le plus célèbre et adulé dans l’Europe de la fin du XVIIIe siècle.

Avec ses dix mouvements, qui s’ouvrent et se referment sur une marche allegro, la forme libre de la sérénade de Beethoven est encore très proche du divertissement du XVIIIe siècle. Après un menuetto allegretto de toute beauté, une polonaise instille un parfum de danse populaire, tandis qu’un thème et ses variations évoquent clairement le souvenir de Haydn auprès duquel le jeune Ludwig étudia un temps. Pour autant, nombre d’idées que Beethoven épanouira avec génie par la suite, semblent présentes en germe avec imagination, vie et humour.

Dès les premières notes, on apprécie une cohésion parfaite entre les instrumentistes qui s’écoutent et éprouvent un vrai bonheur à faire de la musique ensemble. Cette impression ne se démentira pas tout au long du concert.

Le Trio N° 2 D 581 de Schubert est l’œuvre d’un jeune homme de vingt ans, qui ne l’entendra pourtant jamais comme nombre de ses chefs-d’œuvre. On y trouve toute la finesse et la poésie de ses Lieder avec une permanence du chant et la rêverie du Wanderer. Après une confidence lyrique de l’alto dans le menuetto, l’esprit de Haydn plane encore sur le rondo final dans une joyeuse conversation entre les trois instrumentistes.

Ce programme original s’achevait par la Sérénade d’Ernst von Dohnanyi en cinq mouvements composée en 1902. Pièce rare même s’il s’agit de son chef-d’œuvre en matière de musique de chambre, qui se souvient des exemples des grands anciens comme Mozart et Haydn encore. Contemporain de Bartok, qu’il rejoindra en exil aux États-Unis après la seconde guerre mondiale, Dohnanyi était aussi un pianiste de renom qui vouait une grande admiration à Brahms. Bartok disait d’ailleurs de lui que l’on pouvait résumer la musique hongroise à sa seule personne. Si elle adopte un style classique, cette Sérénade n’en possède pas moins une personnalité affirmée, riche d’invention tout en s’inspirant de mélodies populaires dans la romance, avant de développer une fugue dans le scherzo. Le rondo final rend un hommage très lisible à Haydn en citant le thème du célèbre rondo all’ ungarese de son 39e trio en sol, dit Zigeuner Trio.

Acclamés pour leur originalité, leur engagement et leur belle cohésion, les musiciens offraient en rappel une autre œuvre de jeunesse, l’un des trois trio de Borodine, imprégné d’une douce nostalgie, qui convenait à la nuit tombée.

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