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Fastes de la Renaissance, de Venise à Toulouse

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Toulouse 20 II 2014. Auditorium Saint-Pierre des Cuisines. « Venise sur Garonne ». Giovanni Gabrieli (v. 1554-1612) : symphoniae sacrae ; Cesare Bendinelli (v. 1542-1617) : improvisation sur une basse de trompette ; Giovanni Martino Cesare (1590-1667) : Canzon in eco à 3 cornets ; Cyril Chantelot (1975-) : Canzon à 8 dans le style vénitien ; Canzon primi toni à 8. Les Sacqueboutiers ensemble de cuivres anciens de Toulouse : Hélène Médous, Anne-Lise Chevalier, Christophe Geiller, Capucine Vergne, violons ; Jennifer Lutter, alto ; Jean-Pierre Canihac, Lluis Coll i Trulls, Marie Garnier-Mazullo, Régis Singlit, cornets à bouquin ; Daniel Lassalle, Fabien Dornic, Aymeric Fournès, Jean-Noël Gamet, Olivier Lachurie, David Loqueneux, Elias Touré, Xavier Coquelle-Sibra, Julien Miro, Hugo Liquière, sacqueboutes ; Philippe Canguilhem, Daphné Franquin, bassons ténor ; Laurent Le Chenadec, Barbara Bajor, bassons basse ; Yasuko Bouvard, Maiko Kato, Kaori Sakai, orgues. Direction : Jean-Pierre Canihac, Philippe Canguilhem, Daniel Lassalle, Jean-Pierre Mathieu.

Avec les jeunes du conservatoire (2)Les splendeurs polyphoniques de la Sérénissime au tournant de la Renaissance et de l’ère baroque constituent depuis bientôt quarante ans le cœur de répertoire des souffleurs toulousains réunis autour de et . C’est pour mieux jouer ce répertoire qu’ils se sont fait pionniers pour retrouver l’instrumentarium adéquat et qu’ils ont relancé avec le succès que l’on sait la pratique de la sacqueboute et du cornet à bouquin. De pédagogie en concerts et en enregistrements, les progrès ont été fulgurants et ils en sont à la troisième génération d’instrumentistes sur ces drôles d’engins. Ils ne cessent de redécouvrir des partitions et n’hésitent pas à se frotter à la création contemporaine en commandant des œuvres à René Clemencic, Patrick Burgan, Philippe Hersant ou .

C’est donc tout naturellement que pour ce nouveau programme consacré aux canzoni et Symphoniae Sacrae de Gabrieli, ils se sont associés avec le conservatoire à rayonnement régional de Toulouse et le conservatoire national supérieur de Lyon, invitant de jeunes instrumentistes à se joindre à eux. De même, David Locqueneux, Aymeric Fournès et Fabien Dornic, trombonistes à l’orchestre du Capitole, ne dédaignent pas de laisser leurs gros cuivres pour la plus ancienne et fine sacqueboute, ainsi que Hugo Blacher optant pour l’ingrate trompette naturelle.

Si l’auditorium Saint-Pierre des Cuisines ne possède pas les impressionnantes dimensions de la basilique Saint-Marc de Venise avec ses huit secondes de réverbération, il offre néanmoins un vaste espace propice à la spatialisation sonore. N’oublions pas qu’il s’agit d’une ancienne basilique funéraire du Ve siècle, devenue église paroissiale, puis prieuré appartenant à l’abbaye de Moissac avant de passer sous la tutelle des chartreux. Ce lieu emblématique de l’histoire toulousaine, où les comtes signèrent les chartes municipales, est la plus ancienne église de la cité, si ce n’est du sud ouest. Propriété de la ville, le site est devenu l’auditorium du conservatoire de musique et de danse en 1998 pour le plus grand bonheur des élèves et des mélomanes. Les nombreux ensembles vocaux et instrumentaux de la région apprécient vivement ses belles qualités acoustiques.

Gabrieli Sonate XX à 22 (2)

Le lieu est idéal pour faire sonner les canzoni et sonate de Gabrieli issues des Symphoniae Sacrae de 1597 et 1615, qui se répartissent en plusieurs chœurs et dont certaines requièrent jusqu’à dix sacqueboutes.

Ces pièces d’apparat sont rarement jouées car elles nécessitent un effectif important que l’on ne peut réunir que lors d’occasions particulières, tant à l’époque qu’aujourd’hui, même si San Marco était la chapelle princière qui participait à la gloire de la Sérénissime.

Haut en couleur, ce florilège de canzoni offre une diversité infinie grâce à de multiples et changeantes combinaisons instrumentales. En réunissant les instruments par familles, Gabrieli se fait précurseur de l’orchestre, mais il associe également de subtils mariages de timbres. Certaines pièces rassemblent jusqu’à trois violons et alto, quatre cornets à bouquin, quatre bassons et des sacqueboutes jusqu’à la dizaine avec le soutien de trois orgues positifs.

À ces monuments sonores, qui emplissent l’espace en se dissociant de deux à cinq chœurs, répondent des sonates chambristes plus modestes d’une égale perfection musicale. La superbe Spiratata à deux violons et deux bassons issue de la collection Raveri (1608) rivalise de beauté avec la Canzon prima à 5 pour deux violons, cornet, basson et sacqueboute, tandis que la Canzon in eco à trois cornets de Giovanni Martino Cesare constitue l’un des grands moments de la soirée, lorsque deux cornetti répondent en écho depuis coulisses à celui de sur scène avec le continuo.

Les sonorités se complètent et s’opposent entre la puissance des trombones et trompettes modernes des élèves du conservatoire dirigés par et le velouté parfois incertain de leurs ancêtres cornets et sacqueboutes. Mais les instruments d’aujourd’hui donnent leur pleine mesure dans deux canzoni en pastiche de Gabrieli composées pour l’occasion par le professeur toulousain .

Selon les diverses combinaisons et le nombre variable de chœurs, la direction alterne entre Jean-Pierre Canihac, Philippe Canguilhem et Daniel Lassalle, permettant à chaque combinaison instrumentale de s’exprimer au mieux.

C’est l’opulente Sonate XX à 22 répartie en cinq chœurs, d’une ample et solennelle beauté, qui referme ce recueil de splendeurs. À l’opposé de la débauche sonore attendue, on assiste à une succession d’échanges d’une grande douceur en forme d’incantation entre les différents chœurs.

Ce programme, fruit d’un riche amalgame entre des générations de musiciens et des familles d’instruments, doit être enregistré ce printemps pour une parution discographique à l’automne.

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Toulouse 20 II 2014. Auditorium Saint-Pierre des Cuisines. « Venise sur Garonne ». Giovanni Gabrieli (v. 1554-1612) : symphoniae sacrae ; Cesare Bendinelli (v. 1542-1617) : improvisation sur une basse de trompette ; Giovanni Martino Cesare (1590-1667) : Canzon in eco à 3 cornets ; Cyril Chantelot (1975-) : Canzon à 8 dans le style vénitien ; Canzon primi toni à 8. Les Sacqueboutiers ensemble de cuivres anciens de Toulouse : Hélène Médous, Anne-Lise Chevalier, Christophe Geiller, Capucine Vergne, violons ; Jennifer Lutter, alto ; Jean-Pierre Canihac, Lluis Coll i Trulls, Marie Garnier-Mazullo, Régis Singlit, cornets à bouquin ; Daniel Lassalle, Fabien Dornic, Aymeric Fournès, Jean-Noël Gamet, Olivier Lachurie, David Loqueneux, Elias Touré, Xavier Coquelle-Sibra, Julien Miro, Hugo Liquière, sacqueboutes ; Philippe Canguilhem, Daphné Franquin, bassons ténor ; Laurent Le Chenadec, Barbara Bajor, bassons basse ; Yasuko Bouvard, Maiko Kato, Kaori Sakai, orgues. Direction : Jean-Pierre Canihac, Philippe Canguilhem, Daniel Lassalle, Jean-Pierre Mathieu.

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