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Don Quichotte au Bolchoï : Le rêve du balletomane

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Moscou. Théâtre Bolchoï. 6-IV-2014. Ludwig Minkus (1826-1917) : Don Quichotte, ballet en un prologue et trois actes, d’après le livret de Marius Petipa, d’après le roman de Cervantes. Chorégraphie : Marius Petipa et Alexandre Gorski, nouvelle version d’Alexeï Fadeyechev. Costumes : Vasily Diyachkov. Avec : Ekaterina Krysanova, Kitri; Dmitriy Gudanov, Basilio; Maria Semenyachenko, la Reine des Dryades ; Dariya Khokhlova, Cupidon ; Anastasia Meskova, la danseuse de rue ; Andreï Merkuriev, Espada ; Anna Antropova, Danseuse gitane ; Maria Vinogradova, première variation ; Ana Turazashvili, seconde variation ; le Corps de Ballet du Théâtre Bolchoï. Orchestre National du Théâtre du Bolchoï, direction : Pavel Sorokin.

DQ 1Quel n’est pas le rêve de tout balletomane que celui de voir au Bolchoï ? Tout du moins, à un moment de sa vie, celui qui aime la jambe bien en-dehors et la cinquième bien collé, veut témoigner de cette expérience ; et force est d’avouer que confronter à la fois l’effroi stylistique dans le même temps que la griserie jouissive est bien attirante, et l’on se repentira de ce péché en allant s’ennuyer dans une grand-messe académique ou en allant se fourvoyer dans le déchaînement pulsionnel de danseuses nues sur du chant grégorien.
Toujours est-il que la joie qui anime dès le lever de rideau la scène lumineuse du Bolchoï (on ne répètera jamais assez combien la lumière fait le spectacle avant le spectacle lui-même ; et là-dessus, les moscovites semblent bien à l’opposé de leur grisaille climatique) est véritablement irradiante, sortant de la léthargie n’importe quel esprit fatigué. La construction du ballet est parfaitement équilibrée : entre les nombreuses danses de caractère, les scènes de mime, les pas de deux académiques, cette version est réellement excellente. Les décors et les costumes, brûlants de couleurs, s’accordent à un orchestre savamment rôdé, qui enchaîne avec intelligence les morceaux les plus lyriques au moment où l’action faiblit pour redonner une dynamique qui finalement ne cède jamais pendant les trois heures de spectacle (qui par ailleurs finit plus tôt que l’heure prévue, tant les tempi sont enlevés, voire même induits par le tourbillon dans lequel les danseurs semblent ne jamais être aspirés). est d’une majestueuse supériorité : avec emphase et avec une faconde jubilatoire, elle dégageDon Quichotte une énergie impressionnante à laquelle rien ne résiste ; ses qualités vont évidemment jusqu’à la construction d’une variation de Dulcinée absolument fabuleuse. On pourrait poursuivre en parlant de sa drôlerie dans le jeu avec Basilio au premier acte, sa chaleur dans la taverne au début du deuxième acte, et son insouciance tant elle indique qu’elle est l’évidence même dans ce rôle au troisième acte.
DQ 2On poursuivra en chantant les louanges du toujours très vaillant Dmitri Gudanov, qui ne connaît pas nécessairement le succès auquel ses talents l’aspirent ; mais il est tellement à l’aise dans son jeu de scène qu’en plus de ses réelles qualités s’ajoute son expérience au cours de ces dernières années, ce qui confère un Basilio très pondéré, juste ce qu’il faut dans ce rôle, pas timide mais pas superfétatoire non plus, comme le penchant de la facilité qu’appelle le rôle.

Ce qui est donc fabuleux de voir cette troupe dans ce ballet est de considérer cet ensemble comme un petit bijou, un petit souvenir rapporté de l’étranger où l’on fait de l’espagnolisme pour lutter contre le froid, la neige, la morosité ambiante. On voit des élèves de l’Académie du Bolchoï faire des petits Cupidon (et même jusqu’au troisième acte- pour bien signifier que ce qui est important dans cette affaire-là est autre chose que véracité philologique), un vrai cheval et un vrai âne pour amener Don Quichotte et Sancho Pansa sur scène (et par deux fois, ce n’est pas que pour l’esbroufe !), des danses de caractères qui instillent une ambiance en un rien de temps. Le rideau baissé, l’esprit reste embrumé et confus de tant d’éblouissement. Le balletomane n’est-il donc pas finalement ce Don Quichotte qui court après une Dulcinée qui, à peine saisie, s’évanouit déjà ? Rien que ça, et tout pour ça.

Crédit photographique : , © Damir Yusupov

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Moscou. Théâtre Bolchoï. 6-IV-2014. Ludwig Minkus (1826-1917) : Don Quichotte, ballet en un prologue et trois actes, d’après le livret de Marius Petipa, d’après le roman de Cervantes. Chorégraphie : Marius Petipa et Alexandre Gorski, nouvelle version d’Alexeï Fadeyechev. Costumes : Vasily Diyachkov. Avec : Ekaterina Krysanova, Kitri; Dmitriy Gudanov, Basilio; Maria Semenyachenko, la Reine des Dryades ; Dariya Khokhlova, Cupidon ; Anastasia Meskova, la danseuse de rue ; Andreï Merkuriev, Espada ; Anna Antropova, Danseuse gitane ; Maria Vinogradova, première variation ; Ana Turazashvili, seconde variation ; le Corps de Ballet du Théâtre Bolchoï. Orchestre National du Théâtre du Bolchoï, direction : Pavel Sorokin.

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