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La Colombe et Le Pauvre Matelot, contrastes à l’Athénée

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Paris, Théâtre de l’Athénée-Louis-Jouvet, 11-VI-2014. La Colombe, opéra de Charles Gounod (1818-1893), livret de Jules Barbier (1825-1901) et Michel Carré (1821-1872). Gaëlle Alix (Sylvie), Jean-Christophe Born (Horace), Sévag Tachdjian (Maître Jean), Lamia Beuque (Mazet). Le Pauvre Matelot, opéra de Darius Milhaud (1892-1974), livret de Jean Cocteau (1889-1963). Sunggoo Lee (le Matelot), Kristina Bitenc (sa femme), David Oller (son ami), Fernand Bernadi (son beau-père). Mise en scène, décors, lumières, conception des images numériques : Stéphane Vérité ; Costumes : Hervé Poeydomenge ; Conception et production des images numériques : Romain Sosso. Orchestre Lamoureux, Claude Schnitzler : direction.

OLYMPUS DIGITAL CAMERAPour le dernier spectacle de la saison 2013-2014, le théâtre de l’Athénée invite les chanteurs de de l’Opéra national du Rhin pour deux petits œuvres : La Colombe de Gounod et Le Pauvre matelot de Milhaud. Deux pièces totalement opposées, mais chacune est un « condensé d’humanité » selon le metteur en scène, .

Le plus impressionnant dans La Colombe, ce sont ces images numériques qui se projettent sur la toile de fond, images en haute définition, traitées de manière poétique, semblables à des décors peints. Au fur et à mesure du déroulement de l’intrigue, elles se transforment tour à tour en différentes sortes de murs — à fresque, avec fenêtre, en bois, doublé de grilles à l’instar d’une cage d’oiseaux, ou encore avec la peinture tombant en mille morceaux — mais aussi une sorte d’amphithéâtre antique en ruine. Les transformations sont continues et parfois si discrètes qu’un instant après le spectateur est face à un autre « décor » sans qu’il ne s’en rende compte. Sur chaque image, le jeu de lumière, tel qu’il se produit avec le mouvement du soleil, donne naturellement des rythmes à la scène qui, elle, est statique et ornée uniquement d’une table longue, d’un canapé et de deux chaises. Conçues par et et produites par ce dernier, ces peintures numériques sont elles seules une œuvre d’art à part entière. Mais devant ces magnifiques « décors », il faudra dire, malheureusement, que les quatre chanteurs ne possèdent pas le même degré de perfection. Tous manquent encore de maîtrise vocale, qui fait transparaître des défauts techniques parfois clairement audibles ; le jeu de certains est exagéré, à notre sens peu adapté au caractère de la pièce, leur dialogue (puisque c’est un opéra-comique) sans rythme…

OLYMPUS DIGITAL CAMERAEn revanche, pour Le Pauvre matelot, la performance vocale est largement satisfaisante. Parmi les quatre chanteurs, la soprano slovène dans le rôle de la femme du matelot se distingue particulièrement. Sa voix a une puissance dramatique évidente, avec un timbre clair. Elle est entourée de trois voix masculines homogènes, chacune ajoutant leur part de gravité à ce drame humaine cruel : la femme, ruinée, qui attend le retour de son mari depuis quinze ans, tue pour sa richesse un marin se prétendant être un ami de l’époux, qui n’était personne d’autre que l’homme tant attendu… Le décor, simple mais efficace, est constitué de deux parties symétriques qui se communiquent : coté cour le bar de la femme et de son beau-père, coté jardin la maison de leur ami. Il y a également des images numériques au fond de la scène qui ne changent guère, évoquant des caissons dans les eaux (contenant des trésors ?). Cette fois, on assiste surtout à des jeux entre l’ombre et la lumière, comme l’ombre et la lumière dans le cœur humain.

L’orchestre réduit, à un instrument à chaque pupitre, assume son rôle dans la fosse, mais sans éclat. Deux pièces pleines de contrastes entre elles et plein de contradictions à l’intérieur de chacune d’entre elles : l’idée d’associer les deux est fort intéressante ; nous l’aurions mieux apprécié si la prestation musicale de la première avait été plus flagrante.

Crédits photographiques : La colombe ; Le Pauvre Matelot © Stéphane Vérité

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Paris, Théâtre de l’Athénée-Louis-Jouvet, 11-VI-2014. La Colombe, opéra de Charles Gounod (1818-1893), livret de Jules Barbier (1825-1901) et Michel Carré (1821-1872). Gaëlle Alix (Sylvie), Jean-Christophe Born (Horace), Sévag Tachdjian (Maître Jean), Lamia Beuque (Mazet). Le Pauvre Matelot, opéra de Darius Milhaud (1892-1974), livret de Jean Cocteau (1889-1963). Sunggoo Lee (le Matelot), Kristina Bitenc (sa femme), David Oller (son ami), Fernand Bernadi (son beau-père). Mise en scène, décors, lumières, conception des images numériques : Stéphane Vérité ; Costumes : Hervé Poeydomenge ; Conception et production des images numériques : Romain Sosso. Orchestre Lamoureux, Claude Schnitzler : direction.

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