L’orchestre de Wagner par Furtwängler, toujours surprenant

À emporter, CD, Musique symphonique

Richard Wagner (1813-1883) : Ouvertures et préludes : Le Vaisseau fantôme, Lohengrin, Tannhäuser, Les Maîtres-Chanteurs, La Wakyrie, le Crépuscule des Dieux. Orchestre philharmonique de Vienne, direction : Wilhelm Furtwängler. 1 SACD hybride Praga Digitals PRD/DSD 350 109. Enregistré entre 1949 et 1954 dans la salle du Musikverein, Vienne. Durée: 73:29

 

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Les pages orchestrales de Wagner dirigées par à la tête de l’ comptent parmi les grands classiques du répertoire discographique, et cette nouvelle édition proposée par Praga Digitals nous rappelle qu’elles n’ont rien perdu de leur valeur de référence.

Dans un son rendu plus clair et transparent grâce à des reports soignés, on est toujours surpris par la fraîcheur de cette direction, bien éloignée de l’emphase à laquelle les détracteurs de Wagner associent cette musique.

En 1937 dans des Entretiens sur la Musique, Furtwängler estimait que Wagner était « le plus méconnu de tous les maîtres », précisant « chez lui, en Allemagne, surtout » en raison du succès rencontré par le « matériau musical » que Furtwängler définit comme « ses harmonies, son orchestre, ses leitmotivs, la ‘mélodie infinie’, le geste musical accordé au geste scénique ». Pour le chef, « l’éclat irrésistible de son style dissimula et même déforma les traits du vrai Wagner ».

Ecoutez ainsi la Chevauchée des Walkyries, enregistrement effectué le 4 octobre 1954 dans le cadre de l’intégrale pour EMI de l’opéra La Walkyrie et qui sera le terme de sa carrière. Si vous avez en tête les images d’Apocalypse Now et leur imagerie de conquête par le feu et la destruction, et que vous écoutez Furtwängler, vous mesurez à quel point le malentendu autour de Wagner persiste. Furtwängler qui a fait le choix de rester dans l’Allemagne nazie pour y défendre les valeurs humanistes allemandes, et qui a laissé des enregistrements de Beethoven, Brahms et Bruckner à l’atmosphère proprement apocalyptique entre 1942 à janvier 1945 comme autant de protestations et de cris, ce même Furtwängler ne voit dans cette chevauchée aucune folie vengeresse ou destructrice, il met en œuvre des forces irrationnelles et poétiques qui parcourent l’éther de retour du champ de bataille.

Sur le plan interprétatif, on est constamment à l’opposé de la caricature du style wagnérien que dénonçait déjà Furtwängler avant-guerre et dont les traits grossiers n’ont fait que mieux s’imposer depuis. On vole très au-dessus des interprétations du plus orthodoxe des chefs allemands actuel, Christian Thielemann, qui peine lui aussi à dépasser l’éclat irrésistible du matériau musical pour atteindre à l’esprit wagnérien.

L’inspiration poétique et spirituelle n’est vraiment pas qu’une affaire de matériau et de style, Furtwängler nous le rappelle dans ses textes et nous le démontre dans ses enregistrements.

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