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Etoiles montantes au Piano aux Jacobins

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Toulouse, Cloître des Jacobins. 10-IX-2014 : Récital de Teo Gheorghiu. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Sonate n° 18 en ré majeur, K. 576 ; Franz Schubert (1797-1828) Franz Liszt (1811-1886) : Valse-caprice n° 6 ; Franz Liszt : Première année de Pèlerinage : La Suisse.
11-IX-2014 : Récital de Sophie Pacini. Johann Sebastian Bach (1685-1750)/Ferrucio Busoni (1866-1924) : Choral « Wachet auf, ruft uns die Stimme » ; Franz Schubert : Sonate n° 16 en la mineur, D. 784 ; Frédéric Chopin (1810-1849) : Nocturne en ré bémol majeur, op. 27 n° 2, Scherzo n° 2 en si bémol mineur, op. 31 ; Robert Schumann (1810-1856) : Carnaval op. 9.
12-IX-2014 : Récital de Inon Barnatan. Johann Sebastian Bach : Toccata en mi mineur, BWV 914 ; César Franck (1822-1890) : Prélude, Choral et Fugue ; Samuel Barber (1910-1981) : Sonate op. 26 ; Franz Schubert : Sonate n° 22 en la majeur, D. 959.

Teo GheorghiuLe cloître des Jacobins révèle toujours quelque chose de magique, selon les caractéristiques de l’artiste qui y joue. Ainsi, pendant trois soirées, ses murs et ses colonnes ont vibrés très différemment, notamment sur le plan de la sonorité.   y a été grandiose.

Premier récital. Les sons de sont limpides dans les aigus, tout en gardant une certaine épaisseur dans les tessitures médium et graves ; ceux de sont extrêmement brillants sur tous les registres, ils sont si sonores que les notes se mêlent souvent dans les passages rapides, malgré la dureté et la sécheresse de son jeu. Quant à , sa sonorité correspond à sa conception de la musique, c’est-à-dire la clarté sur tous les plans : pas une seule note qui échappe à notre oreille ou qui en couvre d’autres, et tout sonne idéalement dans l’acoustique du lieu. Ce constat fait, chaque récital reflète la personnalité de l’artiste.

Après une Sonate de Mozart par endroit quelque peu maladroite, (né en 1992 à Zurich) explore tout son potentiel dans Liszt, d’abord par la transcription de la Valse caprice de Schubert, mais surtout dans la multiplicité des notes, des plans harmoniques et des lignes mélodiques des Années de pèlerinage – devant lesquels certains interprètes adoptent une solution « facile », celle de faire sonner l’instrument en permanence à l’aide de la pédale forte. Gheorghiu, lui, soigne les détails qui, d’habitude, peuvent être passés inaperçus, comme quelques appogiatures ou notes de passage qu’il met à nu, sans pédale, grâce seulement aux nuances subtiles aux doigts ; il confère ainsi à chaque pièce un visage très différent, en mettant en avant la poésie et le pittoresque qu’on a tendance à oublier au profit de la virtuosité. La sobriété (Vallée d’Oberman), ou même un aspect sinistre (Le mal du pays), revêtit ce caractère pittoresque et rêvé. Quel beau voyage en Suisse nous a-t-il proposé !

sophie-pacini c Susanne KraussLe lendemain (née en 1991 à Munich) offre un univers totalement différent. Energique, elle a une dextérité étonnante, une force digitale impressionnante : la rapidité des passages ne fait aucunement perdre cette force très virile, déterminée et franche qui dépasse souvent le contexte musical.

Au début du concert, dans Bach/Busoni et même dans Schubert, on entend avant tout quelque chose de lisztien, dans le sens technique du terme mais aussi pour l’exploitation sonore. Le tempo qu’elle adopte est souvent très rapide, même extrêmement rapide, à tel point que l’oreille a du mal à suivre. Le même constat dans deux pièces de Chopin. Mais on comprend, en entendant le Carnaval, dans la deuxième partie de la soirée, que sa qualité réside dans le fait que malgré ce tempo à vitesse grand V, et même si l’instrument sonne plus que nécessaire à cause, une partie, de l’acoustique de la salle, elle ne perd jamais le fils dans son discours. Pas de couac donc, ce qui est tout à fait admirable. Seulement, cette vitesse ne recueillera pas l’unanimité de la salle et plus d’un auditeur semblait préférer une interprétation plus reposée.

Barnatan c DREnfin, Inon Barnatan, récemment nommé « premier artiste en résidence » au New York Philharmonic, est un pianiste unique. Dès qu’il apparaît sur scène il dégage une atmosphère d’assurance qui fait dire à l’assistance que ce récital va être un grand moment.

Dans Bach et Franck, la limpidité classique rime avec la modernité, autrement dit, il respecte tout à fait le texte et le style mais ajoute une touche personnelle, quelque chose qui fait penser au jazz. Peut-être est-ce à cause de sa sonorité, transparente à tout moment, permettant à l’auditeur de saisir immédiatement la structure de chaque musique. Dans la Sonate de Barber composée en 1949, sa modernité bat plein. Ces pages complexes et difficiles à jouer, écrites sous la forme d’une sonate traditionnelle à quatre mouvements – d’une construction assez classique se terminant par une fugue, mais avec des séries dodécaphoniques et des motifs chromatiques savamment combinés – il les exécute sans difficulté apparente, tel un poisson dans l’eau. Il a bien sûr sa grande virtuosité, mais chaque note, chaque motif, chaque passage est toujours clairement énoncé, le sentiment de l’artiste est exprimé de manière palpable. Ce dynamisme américain va de pair avec le silence intériorisé de Schubert, pour la fin du récital. La violence et l’angoisse du compositeur viennois sont sublimées pour une sensation véritablement divine. Effectivement, les pressentiments du début étaient justes. On a passé, non pas un grand moment, mais un moment grandiose.

Crédit photographique : Teo Gheorghiu © Roshan Adhihetty ; Sophie Pacini © Susanne Krauss ; Inon Barnatan © DR

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Toulouse, Cloître des Jacobins. 10-IX-2014 : Récital de Teo Gheorghiu. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Sonate n° 18 en ré majeur, K. 576 ; Franz Schubert (1797-1828) Franz Liszt (1811-1886) : Valse-caprice n° 6 ; Franz Liszt : Première année de Pèlerinage : La Suisse.
11-IX-2014 : Récital de Sophie Pacini. Johann Sebastian Bach (1685-1750)/Ferrucio Busoni (1866-1924) : Choral « Wachet auf, ruft uns die Stimme » ; Franz Schubert : Sonate n° 16 en la mineur, D. 784 ; Frédéric Chopin (1810-1849) : Nocturne en ré bémol majeur, op. 27 n° 2, Scherzo n° 2 en si bémol mineur, op. 31 ; Robert Schumann (1810-1856) : Carnaval op. 9.
12-IX-2014 : Récital de Inon Barnatan. Johann Sebastian Bach : Toccata en mi mineur, BWV 914 ; César Franck (1822-1890) : Prélude, Choral et Fugue ; Samuel Barber (1910-1981) : Sonate op. 26 ; Franz Schubert : Sonate n° 22 en la majeur, D. 959.

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