Maison de fous, triomphe oublié des Ballets Suédois

borlin_dahlMaison de fous créé en 1920 par les sur une musique de Viking Dahl marqua d’une croix blanche la vie musico-chorégraphique moderne parisienne.

A la fin de la Première Guerre mondiale les tentèrent avec succès une percée parisienne véritable passeport pour la célébrité internationale à l’image de la réussite antérieure du Ballet russe. Leur intense activité s’étendit sur quelques années seulement, de 1920 à 1925, en plein cœur de la capitale française, précisément au Théâtre des Champs-Elysées. Ce projet à risque put se concrétiser grâce aux fonds mis à disposition par l’enthousiaste qui, en collaboration avec le chorégraphe Jean Börlin, assura un véritable renouveau de la danse.

Le nom de Viking Dahl (1895-1945) connut une renommée aussi puissante que courte, incomparable avec la lumière médiatique qui s’abattit sur le ballet dont il avait composé la musique : Maison de fous. Cet élève du conservatoire de Stockholm (orgue) choisit la composition et manifesta très tôt un vif intérêt pour la culture française (et russe). D’ailleurs, il écrivit une Suite orientale pour orchestre (1916-18) où l’on décèle une influence exotique proche de Debussy.

En décembre 1919, Viking Dahl se rendit à Paris et suivit des leçons de composition avec Paul Vidal. Au printemps 1920, à Paris, il assista à une première représentation dansée d’un autre jeune suédois Jean Börlin. Entré en contact avec son compatriote (et après avoir critiqué le choix musical du spectacle) il lui soumit des pages de sa propre musique pensée spécifiquement pour la danse. L’idée d’un ballet naquit et commande fut passée. Dahl travailla intensément durant le printemps et l’été 1920 et les répétitions commencèrent. La création se déroula pendant la saison des Ballets suédois le 8 novembre suivant.

Maison de fous triompha et marqua d’une croix blanche la vie musico-chorégraphique moderne parisienne.

Ce spectacle très innovant vint s’ajouter aux succès enregistrés précédemment par la Création du monde (Musique de Darius Milhaud), Les Mariés de la Tour Eiffel (Groupe des Six et Cocteau), sans compter les contributions plus traditionnelles de Debussy, Ravel, sans oublier les Suédois Hugo Alfvén et Kurt Atterberg.

Les décors et les costumes audacieux de Maison de fous ajoutés à l’argument (le ballet se situe dans un hôpital psychiatrique et met en scène des personnages bizarres et déjantés au cours d’une succession agitée de situations cocasses, loufoques, folles… Dahl parla d’ « une description symbolique de la folie humaine, du narcissisme, de l’érotisme, de l’envie, de l’orgueil etc. – une allégorie de la vie chaotique du monde actuel. »

Maison de fous provoqua des réactions nombreuses et violentes de la presse parisienne (défendant surtout une position conservatrice) provoquant l’attention du monde artistique. Des éloges s’exprimèrent aussi parlant de chef-d’œuvre.

Toutefois les qualités de la musique (une introduction suivie de 17 scènes d’une durée de 36’) produite par un jeune suédois de 25 ans passèrent presque sous silence. Néanmoins, Milhaud et Ravel soulignèrent les potentialités du jeune compositeur.

Mais bientôt Viking Dahl, à court d’argent, quitta définitivement Paris pour la Suède en mai 1921 afin de s’y établir et d’y gagner sa vie.

Là, il retomba dans l’ombre et l’anonymat, ne retrouvant jamais les recettes qui, trop modernes sans doute, avaient contribué au succès de Maison de fous à Paris. Sa musique qu’il voulait sans concession fut considérée comme trop moderne pour l’intelligenstia scandinave.

Son libre traitement des dissonances, son instrumentation influencée par les écoles russe et française, sa tonalité mélancolique, sa composition proche du collage, son absence de progression dramatique vers un acmé, son manque d’aboutissement du développement musical heurtèrent ses contemporains nordiques. « Tout le temps on attend quelque chose qui n’arrive jamais », regretta un critique.

Photo : Jean Börlin dans Maison de fous, 1920, ©BnF, Bibliothèque-musée de l’Opéra

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